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Parole d'Éditrice !

Mois par mois, mes expériences d'éditrice en herbe.

 

février-mars : Une petite sente dans le cerveau.

 

Année 2008

« Tu es devenue très bisenesse »

 

Année 2007

Parole d'automne

21 septembre

Slam de Mers-les-Livres

Rapport de stageS

Les Éditions L'iroli fêtent leurs deux ans

Dernier printemps des poètes

Bonne nouvelle

Sacrés auteurs !

 

Année 2006
Dans la cour des grands

Cherchez le poète...

48 heures dans la vie d’une éditrice

Impressions imprimeur

De la réserve à la vitrine

Comment je vois mon métier en tant que femme...

Les coulisses du Concours de Micronouvelles

... Et d'Imaginaire et de "Bons contes"...

 

 

Année 2005
Où il est question d'Imagination et de "Bons comptes"...

Un jour j'aurai un diffuseur !

Ce n'est pas toujours la même chanson...

La question du Pourquoi

"Je n'arrive pas à trancher" ou pourquoi il faut parfois se laisser assaillir par le doute

"Il n'y a qu'un mot à changer" et autres frissons

Premier rendez-vous... 

"Vivir del Cuento" ou comment Vivre de la Petite Histoire...

 

 

 

Janvier 2008

« Tu es devenue très bisenesse »

  

Alors c’est vrai ? Cinq livres vendus par jour en 2007 ? Eh oui. Avec des problèmes de diffusion la moitié de l’année et les retours inclus, ces terribles retours qui, sachez-le, éditeurs débutants, plombent le métier. Vous imaginez-vous en train de rendre, même pas périmés, des yaourts achetés au supermarché ? Et repartir avec vos euros ? Eh bien pour les livres, sachez qu’il arrive que les libraires achètent et puis retournent. Il faut alors faire un avoir : l’argent rentré ressort aussi sec et les projets, les embauches, les investissements en cours en prennent un coup. Drôle de logique commerciale (si peu sage, si peu monotone…) où même une vente ferme n’est pas acquise. Nous ne faisons plus de dépôts, ingérables pour tout le monde ; nous pratiquons la vente ferme avec les libraires ouverts aux petits éditeurs… Oui ça existe.

 

Allons bon. Tu fais ce métier pour de l’argent ? TOI ? Pas juste pour le plaisir de faire des livres ? par amour pour les auteurs ? Nous pensions que cela t’amusait follement (lire la revue Panorama Chrétien de Beauvais, de mai dernier), que ça t’occupait ! Décidemment tu es devenue très bisenesse. Tu as changé… (On me regarde du coin de l’œil, je ne cille pas). Apprenez-le une fois pour toutes : dans ce métier il s’agit de vendre des livres. L’iroli est une entreprise à but lucratif. Et je ne suis pas une travailleuse bénévole même si pour le moment…

L’autre jour quelqu’un m’a dit (la même semaine, comme quoi) : il n’y a pas que le commerce dans la vie, isabel. C’était à une réunion sur l’économie du livre. Et bien qu’encore un peu endormie je ne rêvais pas.

 

Cinq livres par jour en 2007, j’en suis fière mon frère ! Mille six-cents et des poussières ! Dans un marché qui ne croît pas… et auquel on ne croit pas beaucoup. Alors là...

Toujours la même semaine, première de janvier, on me demande d’écrire un article sur ma « passion ». Je dis bon. Mais on ajoute vite : Et pas de logique commerciale, hé ?!... Je vous le dis une fois pour toutes au cas où vous auriez des doutes : la logique commerciale (et la logique financière) ne-sont-pas-incompatibles avec le livre bien fait. C’est l’un dans l’autre. Et même que l’un aide l’autre. C’est parce que je veux vendre que je me débrouille pour faire parler du livre. Cela tombe bien : l’auteur a besoin d’être lu. Et pour le défendre il faut que j’y croie... Titre et couverture inclus ! Et c’est parce que j’y crois et que j’aime ce que je publie que je choisis le bon papier, les rabats, les coutures… sans exagérer : le fond est tout de même plus important que la forme, le contenu que le contenant. Je ne suis pas une richissime éditrice blanchisseuse d’argent ! Voilà pourquoi aussi je suis exigeante (et ch…) et même que je change, hé oui, je change d’avis car j’ai le droit et le devoir de changer. Mais j’aime ce métier et je me laisserais arracher toutes les pattes plutôt que d’arrêter.

 

L’éditeur n’est pas un imprimeur. Si vous voulez votre recueil à la virgule près : faites-le de grâce à compte d’auteur… Ou photocopiez-le dans votre quartier avec une petite queue de cochon. Pour offrir à vos amis et tout le monde sera content. On m’a appelée paternaliste, man ! Parce que je demande à voir. Le droit de regard de l’éditeur ce n’est pas de la censure, que je te dis, c’est du dialogue ! Je veux du texte bien écrit, on m’a appelée tatillonne. Et je ne supporte plus qu’on m’envoie des rimes c… (coeur/bonheur/douceur) : ça réveille mes instincts sadiques. Et même que… Je me demande… Si je ne vais pas aller à l’essentiel. L’essentiel n’est pas du jeu mais du vrai. Suivez mon regard… Des textes pour les enfants ? Et pas seulement parce que ça se vend. Parce que c’est du sérieux. Et si vous ne me croyez pas, regardez-les donc jouer, les enfants… et participez à notre anthologie Haïku à paraître début deux mille neuf.

Et je vous annonce qu’en 2010 L’iroli lance une collection jeunesse.

 

Tu es devenue très bisenesse, qu’on m’a dit. Et j’ai pensé à la définition de « negocio » (business en espagnol). Negación del ocio = négation du temps libre. Et alors je dis oui, je suis devenue très business car je n’ai plus le temps, le seul vrai temps qui compte : le temps pour écrire.

 

                    … Et Bonne Année 2008 !

  © isabel Asúnsolo, janvier 2008

 

 

automne 2007

Il faut que je vous donne des nouvelles des Editions L’iroli. Voici des nouvelles de la mare de Plouy Saint-Lucien, siège des éditions et source d’inspiration de servidora ... Les roseaux ont beaucoup grandi, des employés des espaces verts sont venus avec un treuil en enlever une partie : ils mettaient en péril l’habitat des canards, tortues et poissons. Tâche difficile car il a fallu arracher leurs pieds sous l’eau. Il sont en fleur, les roseaux, leurs inflorescences pluchent toutes dans le même sens, toutes vers le sud. Le mâle et la femelle canard colverts sont de plus en plus gros. Au début ils ne mangeaient pas de pain, ils ne semblaient pas le connaître. Aujourd’hui ils l’acceptent mais sont de plus en plus affamés. Cela met Michelle, bouquiniste et amie, hors d’elle : il ne faut pas leur donner du pain, ils ne le digèrent pas, et c’est antiécologique ! Entre temps, un autre canard est arrivé. Sauvage ? Bagué. On l’a bien regardé changer de couleur avec l’automne puis il a disparu, un beau jour. Maintenant je suis sûre de son nom : Canard pilet (Anas acuta) Les colverts immenses disputent la pitance à la seule poule d’eau qui reste de la portée du printemps. La cane est la plus rapide. La poule d’eau, minuscule, ne fait pas le poids et laisse tomber sa proie. Mais tout à l’heure, la poulette a réussi a s’échapper dans les roseaux avec son bout de biscuit… Les deux canards continuaient à la courser alors qu’elle n’avait plus rien dans le bec. Début novembre, la mare était gelée ; elle brillait au petit matin sous la lune… J’entends d’ici la cane qui ricane.

Hier, c’était mon atelier d’écriture du lundi. Femmes en voie d’insertion. Lettres administratives, lettres de rupture, lettres de réconciliation, lettre pour aider quelqu’un dans la détresse. Fausses biographies. Racontez une histoire qui vous est vraiment arrivée et une autre qui ne vous est pas arrivée, d’abord à l’écrit puis à l’oral ; qu’on ne sache pas laquelle est laquelle. Barbara raconte si bien que l’on pleure de rire et de peur et on ne trouve jamais laquelle des histoires est fausse. On les croit toutes les deux vraies et d’ailleurs elles le sont : vraies. Corine écrit des histoires incroyables, sans orthographe ni syntaxe mais avec un rythme hallucinant. Vous voyez que ça aide de savoir écrire, sans compter le plaisir d’inventer… Nous avons écrit des slams à deux, sur des thèmes qui leur tenaient à cœur. Toujours du terrible, pas de la fiction. Hommes qui quittent et battent. Nous avons bien ri aussi. Séverine va se marier pour la troisième fois mais elle se demande comment sera son homme une fois qu’ils vivront ensemble. Elle n’arrive pas à écrire une seule phrase tendre. Toutes ont élevé seules leurs gosses, elles n’ont que le revenu minimum d’insertion.

Mon dernier cours, je me demandais comment il allait finir… J’ai lu un passage d’Etty Hillesum (« Une vie bouleversée, Journal 1941-1943 »). Grand silence. Puis : là oui ça nous plaît, des histoires vraies, pendant la guerre. Ça on lirait bien.

En partant de Saint-André Farivilliers, le jour tombait. Je suis passée devant des éoliennes en cours d'érection. Immenses et belles dans la campagne picarde. Voilà les nouvelles.

 

 © isabel Asúnsolo, novembre 2007

 

 

21 septembre 2007

 

J’allais démarrer moteur morose, tout n’est pas au rose… fixe mais, en ce premier jour d’automne, il y a décidément trop de choses bonnes : le bruit des branches du bouleau pour que j’entende ses feuilles : exagérément, le soleil dans mon dos pendant que j’écris pour que j’écrive : chaleureusement, la silhouette penchée - avec ses deux petites mains et sa houppette : adorablement, de l’écureuil croisé ce matin, sur mon chemin. Et aussi…

 

Premier jour d’automne

dans la chatière la tête…

de la poule rousse !

 

Crânement ! Heureusement car la saison n’est pas à la poésie : baisse plus que significative des ventes, diminution plus qu’extrême des commandes, échanges plus que pénibles avec mon diffuseur qui me laisse entrevoir une possible rupture, report de projet annoncé avec un futur probable auteur qui planchait sur un éventuel « romanel » pour la fin de l’année et puis… brouillage mémorable avec mon auteur numéro une, auteur-membre-fétiche et fondateure ! Je ne publie pas ici sa lettre, évidemment, mais elle se résume ainsi : tu fais trop travailler tes auteurs, tu leur en demandes trop, et puis tu les mènes dans un sens puis du jour au lendemain tu les mènes dans l’autre et tu les épuises… Tout cela bien torché, les pieds comptés et tout ! Mais il ne fallait pas que tu le prennes au pied de la lettre ! (tu veux bien me rappeler dans quoi je travaille ? Carrément que je le prends au pied de la lettre). Un vrai de vrai de chagrin qui m’a ouvert les yeux... J’oubliais et j’arrête là le tableau noir de la rentrée : pas un seul bon manuscrit dans ma boîte aux lettres ! C’est peut-être ça le pire de tout. Encore que j’ai(e ?) décidé de n’envoyer que des lettres type. Finies les appréciations personnalisés. Quoi ? Elle n’aime pas ce que j’écris ! D’autres ont dit que c’était bien, cette éditrice n’y connaît rien. C’est bon. C’est fini.

 

Je suis donc retournée trois journées entières à mon vice préféré cultivé depuis ma tendre-et-maladive-enfance-grâce-à-Dieu-sans-ordinateur : lire au lit. Zola, Bukowsky, lettres de Colette à sa fille… et je reviens d’attaque. Ça me fait penser à une adorable histoire que je viens d’inventer et que je vous mets en bas, avec un dessin. Non, franchement (y a trop d’adverbes ici, ça ne va plus du tout ) vous avez compris que la rentrée littéraire me fout le cafard. Rentrer dans une librairie me produit à peu près le même effet que de rentrer dans un sex-shop. Et ça n’est pas nouveau. Ça vient de loin : j’ai toujours été timide avec les livres, j’ai besoin d’intimité... Les bibliothèques c’est limite limite (pourquoi qu’ils parlent tout bas ??)…

 

La petite éditrice savait que la troisième rentrée et la troisième année qui va avec serait difficile… Elle savait ! Parfois ça aide, d’être conscient. Mais la plupart du temps ça n’aide pas. La plupart du temps personne ne peut vous aider. Les gens ils veulent de votre enthousiasme alors vous êtes obligés d’en fabriquer. Allez, j’avoue que c’est difficile de reprendre goût au travail sans mes deux adorables stagiaires Mathilde et Alys. Pourquoi donc avoir un bureau nickel, dites-moi, à quoi ça sert ? Le fax n’envoie plus rien, le téléphone ne sonne plus, la voiture du facteur est moins jaune… Pour continuer ce vaste chantier il me faut de l’aide ! Malheureus… (!) je me suis prise trop tard pour chercher/trouver un€ apprenti(e) (vous voulez m’expliquer pour quoi word transforme la paranthèse/e/parenthèse en EUROS !!!) et je me retrouve seule. Avantage : c’est pratique pour lire au lit… ce n’est pas pratique du tout pour ma petite entreprise. Je vais donc avoir une vraie employée cet automne pour aller séduire les libraires : elle ouvrira les yeux, elle, bien grands face aux rayons pléthoriques. Elle assumera, elle assurera… Elle gérera, ELLE !

 

Mais revenons aux chiffres, car je vous connais… Vous allez dire que je m’épanche/panse et que je ne suis pas objective. Un long coup de fil téléphonique à un éditeur renommé de nouvelles (parfaite…aïe, adverbite aigüe, vous avez bien lu, word arrête de souligner n’importe quoi, tu n’es pas au courant que l’orthographe a changé !) m’a informée de ceci que je suis allée vérifier ensuite chez Google : en petite édition, 10% à peine des livres gagnent de l’argent et plus de 90% en perdent. Bonne nouvelle : L’iroli ce serait plutôt 80% et 20%. Vous avez bien lu : 4 livres sur cinq ont gagné de l’argent et dépassé le seuil de rentabilité (en 2006). L’iroli n’est pas une association, voilà pourquoi je veux vendre et je me démène et énerve et demande aux auteurs d’être actifs/à la hauteur ! Et un bon auteur avec un manuscrit excellent qui sonnerait à ta porte ?… mais qui serait un non-communiquant ? Je dis non, désolée. Il y en a d’autres, des éditeurs ! Je ne suis pas indépendante, moi, je vis des ventes et non des rentes ! J’ai besoin d’auteurs-actifs. (J’ai pas dit d’auteurs-lascifs) J’ai besoin de vous et je regrette amère(… !) de vous avoir appelés les Autres ! Que serais-je sans vous, hein !?

 

Allez, il y a de bonnes nouvelles : Diálogos con una montañera feliz de Françoise Jaussaud alias « Paquita » lance L’iroli à l’international. Psychologies Espagne lui consacrera deux doubles pages en novembre… Mais aurons-nous d’ici-là réussi le tour de force de la distribution dans ce pays où chaque provincia fonctionne comme au temps des petits règnes maures-taïfas ??

Merci l’auteure d’être si enthousiaste car de ton enthousiasme… j’en ai bien besoin, tu sais !

Dessin de l'éditrice

 
 © isabel Asúnsolo, septembre 2007
 

 

Août 2007

SLAM DE MERS-LES-LIVRES

 

Ecrire avant que ça s’en aille,

écrire avant que ça s’efface…

Le « salon » de Mers-les-livres hier,

Les falaises et l’affiche,

les casetas ( ?), les enfants qui passent et s’arrêtent

devant les bonbons-appâts planqués entre les livres…

Ils s’en vont et reviennent, avec les mamans,

qui se penchent en avant.

Je vous lis un poème ? inspiré par mes enfants,

même qu’on peut les lire aux enfants.

Je me dis qu’il n’y a rien de meilleur que ça

L’ENFANT QUI ECOUTE
et qu’il faudrait faire ça

(peut-être ne faire que ça ?) :

des livres pour enfants, (et pour mamans)

des contes, des histoires magiques…

Peut-être même seulement ?…

 

Le barnum sous une pluie fine

dans la grosse cafetière en inox du café,

il faut rouler les bords des barnums très haut,

à trois sans faire de pliures,

c’est Hervé qui l’a dit, heureusement Xavier est grand.

Je me hisse et profite

pour regarder le logo de la Somme que j’ai sous le nez,

si beau avec ses enjambements de « m »

qui font comme des falaises reflétées dans la mer.

Merveille de caractères…

les livres l’iroliens prennent une table entière,

bien sûr ils sont un peu plus écartés que les autres,

bien sûr qu’on se pousse un peu.

Très vite des gens arrivent, le soleil aussi, il y a de la place,

de l’air,

pas comme une salle fermée, 

Pas de piège, pas de précaution,

rien n’est fait cauteleusement :

je te lis si tu veux,

tu écoutes si tu veux,

ta main glisse sur la couverture un peu,

et même dessous et tu l’arrêtes,

les enfants écornent un peu,

c’est bien bon ! Tu feuillettes,

tu écoutes, je te parle.

Ou tu pars. Pas de peur.

 

A table, les auteurs parlent un peu des éditeurs,

je ferme un peu mes oreilles…

Ah les auteurs…

Faut-il qu’ils se défendent

Faut-il en plus qu’ils sachent se vendre ?

Quizás, quizás, quizás, (air de Tango)

  

Il y a Pierrick Bourgault et Isabelle Rossignol,

si belle Isabelle (que ferais-tu

si tu n’étais pas écrivaine, 

peut-être éteindrais-tu des feux avec un gros casque brillant,

est-ce qu’il t’arrive parfois d’éteindre tes yeux ?…)

J’ai aimé ton livre les Petites morts

(ahhhhfff et si bien édité…)

et je regrette

de pas l’avoir acheté - le réflexe bête :

je suis là pour vendre et pas pour acheter,

la prochaine fois : je le ferai.

Fascinée par ton histoire amoureuse des insectes.

Je pensais que c’était vrai, si scientifique, si bien inventé…

(extrait : http://membres.lycos.fr/unroman/text/rossigno.htm)

 

Ah mais les auteurs perdent leurs droits, les auteurs il ne leur reste rien !

Ah les auteurs…

Faut-il qu’ils se défendent

Faut-il en plus qu’ils sachent se vendre ?

Quizás, quizás, quizás…

 

Un bon moment, vraiment bon

Quand on me dit vos livres sont BEAUX

 

Des moments vraiment bons

à parler de nos auteurs,

du futur livre d’Eric Gilberh

Merci Cécile de m’avoir donné des noms

d’auteurs de SF anglosaxons, 

je ne connais pas Matheson,

bon courage pour ton DEA au Canada !

Merci merci mille fois Blandine pour avoir acheté TROIS livres…

 

Et ce gars torse nu tatoué (le cri de Munch…)

qui a lu D’amour et de vins nouveaux

debout pendant presque une heure

et qui n’avait pas d’argent pour acheter

et qui parle de ses trois enfants qu’il voit toutes les semaines

et à qui il veut donner « le goût des livres »

et qui s’en va après m’avoir offert une cannette.

Et madame Cozette… si belle Marylin…

(C’est peut-être vous, planquée à Mers les Bains ?),

si belle en blanc, depuis tout ce temps

qui avez lu D’amour…

et même que j’en suis là,

moi qui suis difficile eh bien je passe un bon moment.

Je lis une fois tout et je recommence,

je veux comprendre tous les mots et je les cherche…

c’est à cause du Scrabble.

Merci à deux lecteurs si différents :

Lui tatoué, elle tout en blanc

Elle le caniche, lui la cannette…

 

Eh Pierrick, souviens-toi

de la belle qui ne s’est pas laissé attraper :

à son balcon avec son débardeur turquoise

de la même couleur exactement que la céramique

du mur : elle se penchait, sortait, rentrait… te narguait

(sans le savoir ?… Comment savoir ?)

juste en face de toi.

Et même pas photo.

 

Et Loïc, alors qu’on range tout,

Toi scénariste et éditeur malin

- Aux Éditions Charrette -

qui veut me filer tableaux et tuyaux

pour que je calcule le point zéro

et les offsètes

à placer de suite,

que je comprenne vite :

et j’accède, enfin, au smic

avec ton T-shirt noir de bédéiste,

tu sais tu m’as un peu foutu les boules…

ça roule.

 

Et les vagues, Michelle, la falaise vue des vagues

très très loin de la côte parce que la marée est basse,

ces vagues si grises, la falaise jaune,

vues de dedans

Ton bonnet, tes grains d’beauté.

Se laisser rouler pour rire parce que je t’avais dit

Est-ce que tu as ton maillot de bain ?

parce que je savais que tu l’aurais

rouge, acheté à Abbeville, en chemin, 

et que tu ne demandais que ça :

te baigner longtemps.

 

Parce que tu vois, il y a

définitivement

deux

genres de femmes

bouquinistes, éditrices, pompières

est-ce que cela est clair :

d’une part celles qui se baignent dans la mer

DèS qu’elles la voient et puis… toutes les autres.

Et même que nous, hein :

Nous on fait partie des meilleures.

Se laisser rouler et rire.

Longtemps, longtemps.

Et oublier tout.

 © isabel Asúnsolo, août 2007

 

 

Juin 2007

Rapport de stageS

J'avoue j'avoue, pas trop le temps d'écrire ces temps-ci. Mais pourquoi donc ! Alors que nous avons un diffuseur qui devrait me permettre de me concentrer en me délivrant des tâches ingrates (comme par exemple, rappeler les libraires-pirates qui nous disent avoir toujours le même nombre de livres en dépôt, rien vendu donc... ) Mais quelle idiote, il suffirait de ne pas donner le bon chiffre... Exemple : " Je vous ai laissé 11 exemplaires" ."Ah, eh bien il nous en reste (justement... tiens) ONZE". "Hé hé, répondrais-je alors, perfide, je vous en avais mis 13 ! Je vous envoie la facture ! (Raccrocher, vite). Enfin, vous l'aurez compris : le dépôt c'est finiiii ! Paraît que les libraires achètent ferme. Eh non, tous ne le font pas (et tous ne sont pas... comme plus haut, hein !).

Le problème d'avoir un diffuseur c'est que nous ne savons plus à quel libraire nous vouer. Tout est un peu flou. La seule chose de sûre c'est que les revenus n'augmentent pas. Quel métier, direz-vous et pourquoi donc rester en "Entreprise" alors qu'il y a tant de charges à payer et que finalement l'iroli est, autant qu'une entreprise solidaire une entreprise qui ressemble BEAUCOUP à une association avec des tas de gens CONTENTS d'aider ! Voilà ce que je me disais ce matin au réveil... Attention à ceux qui me sortiront la phrase célèbre : "Arrête d'étaler tes états d'âme" car je leur répondrai : Cette rubrique est faite pour ça ! Hago lo que me da la gana... J'ai le droit, dans ma petite entreprise (pas encore bénéficiaire) de m'exprimer ! Ce n'est pas que je voudrais gagner plus pour dépenser plus, non non... C'est que je voudrais CON-TI-NU-ER !!! Ah........

J'ai une bonne blague. Les petites entreprises sont parfois retorses, voire même truandeuses et madrées. Aussi déjouons-nous la vigilance de la senecefe (sncf est imprononçable, on dirait un éternuement) et surtout de La Poste, héhé. Bon, pour le transport de livres, il y a un moyen tout à fait périlleux et pas cher d'assurer la livraison dans une autre ville. On donne le colis à une personne sympa qui le déposera au destinataire à l'arrivée lequel aura été prévenu, etc. Le voyageur transporteur sympa gagne un livre avec l'opération. Cela s'appelle "®confie-colis". J'expliquais tout ceci à Mathilde, stagiaire numéro un dans l'ordre d'arrivée et elle me répondit, très sérieuse :" Mais la personne pourrait partir avec les livres !". Pourquoi faire ? lui répondis-je, distraite ? Et Mathilde, reine des Maquettes au royaume d'indesign, de rétorquer tout aussi sérieuse : Mais pour les vendre !" Juste ciel. Vive les stagiaires de 20 ans et les fous rires : Merci Mathilde et Alys j'ai cru tout ce temps que j'avais... 19 ans ! QUOI, les vendre ??? Mais innocente, viens que je t'explique... vendre des livres c'est quelque chose de presque imposs... !

Y en a eu d'autres, des fous rires, qui m'ont ramenée à l'âge où on croit encore aux contes... (sans le m !, sans le p !)!. Ah Alys, tu te souviens quand tu as appelé plusieurs fois le Conseil général de l'Oise pour avoir leur logo et que tu as demandé le Service "Consommation" ? Et quand nous sommes allées chercher les affiches chez l'imprimeur Doubitch... et que j'avais oublié son vrai nom? et la fois où... et puis... ? J'ai ri et j'ai eu mal au ventre comme on n'a JAMAIS PLUS mal au ventre PLUS TARD (ahhhhhrrrrggggghh, je sens que je vais me mettre à écrire comme Eric Gilberh dans Tordu, son prochain livre...) La liste des choses que vous avez faites : Logo Lirécrire, couverture de Cinq sens, couverture de Tordu, (voir ici !), demande de devis en français et en espagnol, réception de camionneurs, nouveau catalogue et pubs diverses à l'intention de nos amis les libraires, invitations, envoi de contrats, affichages dans les rues de Beauvais, dépôts légaux et moins légaux, mise en place d'expos, envois de services de presse, référencements sur Google Books, livraisons pour que Monsieur L'Auteur ("l'Auteur c'est l'Autre") ait ses bouquinets à temps pour son vernissage, brainstorming sur un coin de la table de la cuisine (avec encore de la confiture) du Plan Com de Tordu avec des axes dans tous les sens (Folie/mort/tendresse/humour) juste après des calculs féroces de pourcentages pour essayer de comprendre si être diffusé permet de gagner quelque chose... au point que vous avez compris que la patronne était la plus démente de tous, décidément folle (mais sympa...) Sans oublier les marches - eh Mathilde ! - vers Rieux à la recherche de haïkus dans le colza en fleur (c'était quoi déjà ?... Colza en fleur / deux papillons blancs / soudain un troisième...) sans oublier les réunions à la Culture du Conseil Régional... et quand nous avons vérifié un par un les 750 livres venus de Bulgarie... Sans oublier... que vous avez même VENDU, vendu oui, (oui !! si !!!) VRAIMENT des livres en tenant la caisse ! (au Festival de Plouy...)

Me revoilà toute seule. Snif, c'était bien bon !

© isabel Asúnsolo, juin 2007

 

 

Mai 2007

Les Éditions L'iroli fêtent leurs deux ans.

Interview de Jean-Pierre Hanniet, des Adex, publiée dans la revue Expressions de juin 2007.

 

Les Éditions L’iroli de Beauvais fêtent leurs deux ans d’existence. Quel est le bilan ?

Même si en 2006 il n’y a pas de revenu comptable dégagé, le bilan est positif : un catalogue a été créé avec bientôt un dixième livre, une traduction à l’espagnol et toute une dynamique autour du concours de nouvelles. Sans compter le site Internet dont s’occupe Xavier, mon mari. Bien sûr, il faut travailler beaucoup, se débrouiller avec des logiciels sans aucune formation et faire aussi quelques erreurs… Et je sais très bien que la troisième année va être très difficile.

Pourquoi ?

C’est une année charnière. Le travail augmente, notre diffuseur nous demande de publier quatre livres par an et il faut consacrer de plus en plus de temps à tout ce qui entoure le livre, la communication autour… Ça ne me fait pas peur mais pour faire face, il faudrait une embauche à temps partiel et elle engloutira le peu de revenu dégagé. J’ai décidé d’abandonner tout ce qui me permettait d’apporter des fonds, ma journée de cours hebdomadaire par exemple. Le jeu en vaut la chandelle.

Crois-tu que tu vas pouvoir vendre des livres encore alors que le marché du livre stagne et que l’édition électronique est en lice ?

C’est vrai, mais tout ce qui est intéressant est difficile ! Et je crois que contrairement à d’autres maillons du métier du livre, il faudra toujours des éditeurs capables de mettre en lumière les textes qui méritent de l’être, quel que soit le support. C’est un peu le travail du jardinier patient sans lequel rien n’est mis en valeur. Il faut parier sur de nouvelles voix et faire qu’on les entende. Ce que seul un éditeur ayant mis son travail personnel et son argent peut faire.

Quels types de livres cherches-tu à publier ?

J’aimerais faire connaître des auteurs espagnols que j’aime et inversement. Pour le moment je cherche de bons récits d’expériences et de nouvelles, le roman ne me tente toujours pas. Ce que j’aime dans les nouvelles, c’est le rôle créatif de l’éditeur. Il faut une vue d’ensemble et une structure qui mène quelque part. J’aime les recueils qui peuvent se lire comme un roman ou buissonnièrement. Le lecteur aussi parvient à créer quelque chose. Je m’intéresse aussi à la poésie très courte dans l’esprit du haïku, d’où la collection « haïkus & co » inaugurée ce printemps avec Figues, des textes co-écrits avec André Cayrel. Un jour peut-être, je publierai des contes.

Ecris-tu encore ?

Oui, un peu, mais je laisse ça pour plus tard. J’ai expérimenté d’être l’auteur qui cherche un éditeur et je préfère jouer l’autre rôle ! Je remercie encore les auteurs qui m’ont fait confiance pendant ces deux premières années…

© isabel Asúnsolo, mai 2007

 

Avril 2007

Dernier printemps des poètes.

La question s’était posée à l’automne : la poésie est-elle en train de mourir ?

J’ai tapé dans Google « je n’aime pas la poésie » et j’ai trouvé 1060 pages.
J’ai tapé « pourquoi je n’aime pas la poésie » et j’ai trouvé une page. Curieux. Il serait pourtant intéressant d’essayer de répondre à la question.

C’est quoi la poésie ? (mis à part un genre inconnu dans les rayons des librairies...)
Un jeu de mots plus ou moins réussi et amusant ? Un jeu tout court ? Un joyeux compromis entre le «fond» et la «forme» ? De la chair à concours ? Un élancement du cœur ? Un épanchement de l’âme ? Une façon de chercher la Vérité (?) qui devient alors une autre religion ? Un délire mystique ? Un plaisir solitaire ? Une façon de témoigner du monde, de le dénoncer, de donner à voir, de reconnaître ce qui est ?...

Pessoa a dit que les bons vers finissent toujours par faire surface.
Vous pouvez lui faire confiance.

Mais C'est quoi un poète ?
Le poète ne prend pas les mots pour des pions.
Le poète travaille ses textes et accepte même de les retravailler.
Le poète ne se croit pas au-dessus de la mêlée. Il se mêle au monde.
Il s’intéresse aux autres espèces notamment à l’espèce humaine qui l’entoure.

Le poète ne se la pète pas.

Le poète est un être patient, il a tout son temps.
Il ne fait pas une crise de nerfs quand on ne le publie pas.
Il respecte les contrats qu’il signe avec son éditeur.
Il comprend qu'on ne fait pas un livre en deux mois, ni en six.
Et qu'être publié ne veut pas dire être poète. Et réciproquement.
Le poète n’avance pas d’élogieuses préfaces parce qu’il aurait trop la honte !

Le poète est généreux, compréhensif et indulgent.
Il reconnaît ses erreurs.

Le poète ne pleurniche pas.
Et si ses vers ne sont pas pris, il continue d’écrire sans oublier de vivre.
Le poète est actif, n’attend pas la becquée. Il décuple ses forces pour participer au monde.
Il fait mille choses dans la vie. Et s’il a le spleen, c’est que sa poésie est mauvaise et l’empêche de regarder autour.

Le poète donne son temps sans compter.
Le poète partage. Il n’arnaque pas, ne pratique pas le racket.

Il sait que le chemin est long et la vie courte.
Il ne gaspille pas ses forces en pensées négatives.

Le poète sait que le chemin compte bien plus que l’arrivée !

Le poète ne sait rien ! Il tire sa force de ce qu’il s’interroge sans cesse.
Le poète qui croit savoir est un mort vivant. Il fout la trouille… (D’ailleurs la plupart du temps, quand le poète est vraiment mort il est très bien : il épargne au monde ses malheureux traits de caractère !)

Il est celui qui comprend que ses livres ne se vendront pas, qu’il ne deviendra pas célèbre, ni riche et qui en rit...

Car le poète a le sens de l’humour : le poète se rit du tout et surtout de lui-même.
Sa compassion est sans limites parce qu’il ne croit pas qu’il puisse y avoir forme de vie supérieure (à une autre).

 

Le poète est zen. Il fait la fête à la première hirondelle et veille sur  la dernière abeille...

Nous cherchons des poèmes très courts, ni imposants ni rimbombants (1), en très petite quantité, très travaillés, non abstraits, avec beaucoup d’air autour... Cela s'appelle des haïkus.

 

(1) En espagnol : "rimbombantes".

                                © isabel Asúnsolo, avril 2007

 
 

Février 2007

BONNE NOUVELLE...

Nouvelles du printemps à Plouy Saint-Lucien

Bonnes nouvelles du printemps : ça vient.

Même si l’hiver n’était pas particulièrement froid cette année ou peut-être à cause de ça, le printemps a un peu de mal cette année mais il vient... Dans la mare de Plouy Saint-Lucien, il y a des lames vertes qui sortent de l’eau, les roseaux déglingués commencent à se redresser et j’ai déjà aperçu, un jour de février et de fièvre, la rousserolle acrobate… Le printemps arrive et les nouvelles pour le concours aussi. Le thème « cinq sens » mérite un délai supplémentaire parce qu’il est difficile.

Comme nous aimerions recevoir encore quelques bonnes nouvelles avant le 28 février… voici quelques conseils.

Une nouvelle doit raconter une histoire. Le danger du thème « cinq sens » était de tomber dans le poétique ou le philosophique, c’est à dire, ne rien raconter du tout. Un instant ébloui, une cogitation existentielle, ça n’est pas une nouvelle…

Dans la nouvelle, il doit se passer quelque chose même si ce n’est pas grand chose. On a une situation de départ (avec peu de personnages, trois au maximum ?...) et un événement, même petit, qui va changer la donne : le ou les personnages ne seront plus les mêmes à la fin de l’histoire, il y aura eu une transformation. La chute est donc indispensable, même si une absence de chute peut en constituer une. La nouvelle est réussie si pour le lecteur non plus, rien ne sera plus pareil, après lecture. L’événement peut être minime : une conversation entendue, une rencontre, un malentendu, pas forcément quelque chose de transcendant. La nouvelle se distingue du conte justement parce que l’événement central n’a rien de magique ni de trop fantastique à première vue… Donc pour que l’histoire fonctionne il faut le célèbre « élément perturbateur », le célèbre « Mais ». « Monsieur Z se rendait tous les jours à son travail, Madame Y semblait très heureuse dans son pavillon… MAIS ». Voilà, il va se passer quelque chose. Si on était dans un roman (je pense soudain aux Tribulations d’un Chinois de Jules Verne) on aurait une cascade de « Mais » et le lecteur irait de surprise en surprise…

Il y a des trucs pour que le lecteur soit pris et surpris. Soigner le style pour que le texte court ait de la force. Alléger un maximum, reprendre le texte crayon en main et enlever tout ce qui n’est pas indispensable. Les adjectifs trop nombreux, les adverbes, à la poubelle. Le roman peut se permettre des descriptions et des transitions, pas la nouvelle. Le choix des mots est important pour que le lecteur tombe des nues. Fuir les phrases toutes faites : « tomber des nues » par exemple ! Ce que l’on a déjà vu ou lu est à éviter : « Beau comme un Dieu », « longues jambes fuselées » et tout ce qui donne envie au lecteur de bâiller. Il est bon de créer un contraste entre le fond et la forme. Exemple : une nouvelle qui parlerait d’un fait divers tendre (quelqu’un trouve un bébé devant sa porte) devrait adopter un langage un peu dur pour compenser (et même un personnage aux antipodes…) Imaginez une gentille grand-mère à chats qui trouve un bébé devant sa porte et que l’histoire est racontée avec des accents câlins et que tout baigne dans la douceur et dans les larmes de joie jusqu’au bout... L’horreur.

La forme des phrases est importante. Une phrase très courte au milieu d’autres plus longues ça crée un contraste et du sens… Et il faut de l’air… des espaces entre les paragraphes pour respirer et pour le suspense. Ecrire une bonne nouvelle c’est tenir le lecteur en suspens. On peut enfin s’amuser à semer des indices qui permettront au lecteur de se dire : « Ah, je savais bien !… » Mais il est plus amusant encore de semer des indices que la chute viendra contrarier. Ah, lecteur, tu ne savais rien du tout !

© isabel Asúnsolo, février 2007

 

Janvier 2007

SACRES AUTEURS !

J’ai dit une fois que la publication de poésie est, pour un éditeur, une histoire d’amour avec l’auteur. Je confirme. En poésie, on est loin des « réflexes économiques » de l’édition classique pour la simple raison qu'elle ne se vend pas et que l’éditeur a peu de chances de récupérer sa mise. La plupart des éditeurs demandent une participation financière aux auteurs ou se font acheter des exemplaires avec une remise variable. Cela ne garantit en rien le travail d’édition pour mettre en valeur des textes choisis. De notre côté - qu’on se le dise - nous faisons un vrai contrat avec nos auteurs, avec des droits d’auteurs. (Voir notre contrat d'édition). Les auteurs nous achètent la plupart du temps des exemplaires qui couvrent une partie des frais d’impression mais ne rémunèrent pas notre travail d’édition : sélection des textes, conseil, maquette sur mesure, réalisation des illustrations s’il le faut, couverture, etc. Pour accepter un manuscrit en poésie, il faut non seulement qu’il nous emballe en nous donnant à voir quelque chose de neuf mais aussi que l’on ait suffisamment d’atomes crochus avec l’auteur. Ce dernier point est plus que subjectif. On demande à l’auteur(e) d’être actif/ve et présent, de réveiller ses réseaux, de se bouger sur la Toile et en personne. En échange, nous passons du temps dans les salons à défendre leurs livres. En 2007, nous serons présents au Marché de la Poésie place Saint-Sulpice. Ce travail, ce temps donné, si ce n’est pas de l’amour, ça lui ressemble.

Voilà pourquoi nous publions très peu de poésie. Voilà pourquoi nous continuons à publier de la poésie !

Mais le vrai travail de l’éditeur est loin de là : faire des livres qui se vendent et tâcher d’en vivre. Il n’y a pas d’amour là-dedans, il y a des calculs à la virgule près, du travail pour chaque heure et des bilans à présenter au banquier et des campagnes de com’ à présenter au diffuseur… Avec les auteurs, sacrés auteurs, il a une lutte parfois âpre, et des engueulades s’il demande de changer un titre au dernier moment, par exemple. Une question où l’ego joue son rôle parce que l’éditrice en herbe a le sien vachement développé (du fait qu’elle est auteure elle-même ?) A ce qu’il paraît, je serais parfois trop autoritaire… Mais pensez-vous vraiment que l’on puisse défendre bec et ongles un auteur en étant douce et gentille ?

Dans ce métier il faut aussi aimer la solitude. L’éditeur est un drôle d’agent triple, quadruple, jamais malade (ni triste) qui travaille pendant des mois avant de toucher un sou pour le fruit de son lent travail de tissage. Il doit comprendre chacun de ses auteurs pour qui le prochain livre est la seule chose qui compte, le tranquilliser sur ce qui va suivre, l’encourager, répondre à ses mails dans la journée… Moi j’aurais bien aimé qu’un éditeur s’occupe de moi comme ça. Je suis devenue éditrice parce que j’aime ce travail avec l’auteur.

Auteur : le plus beau métier au monde. Merci aux nôtres pour l’année qui vient de s’écouler. Vous avez fait plus que de nous confier vos manuscrits : vous avez essuyé les plâtres de notre inexpérience et du manque de diffuseurs jusque-là. Pour votre immense patience et votre sens de l’humour, merci ! Vos livres pourront retrouver une deuxième jeunesse si vous continuez à écrire et à publier. Car un auteur n’a pas le droit d’arrêter d’écrire…

Pour 2007, l’éditrice en herbe fait le vœu de trouver dans sa boîte aux lettres le plus beau des manuscrits.

© isabel Asúnsolo, janvier 2007

 

 

Décembre 2006

Dans la cour des grands.

A l’attention de nos chers auteurs, imprimeurs, libraires, lecteurs…

Dix-huit mois après sa création, L’iroli a la joie de vous annoncer que nous venons de signer un contrat avec POLLEN DIFFUSION. A partir du mois de février 2007, nos livres seront présents dans quelque 650 librairies en France et en Belgique. Le rêve de tout petit éditeur : entrer dans la catégorie des éditeurs professionnels, jouer dans la cour des grands.

Bonne nouvelle : nous perdons une certaine indépendance. Car, si nous restons maîtres de nos choix, nous ne pouvons pas tout à fait faire ce que bon nous semble. L’indépendance - si jamais cet état existe… - voudrait dire que nous ne dépendons pas du marché et que nous avons nos propres ressources ce qui n’est pas le cas. Les Editions l’iroli ne peuvent pas se permettre d’être indépendantes parce qu’elles doivent gagner de l’argent pour vivre. Elles sont heureuses de vous annoncer qu’elles acceptent de devenir un maillon de la chaîne du livre… de la petite chaîne du livre bien sûr.

Quelques chiffres. Lors du colloque sur la petite édition au salon du Livre de Paris on a entendu que les petits éditeurs n’y connaissent rien aux chiffres et qu’ils ne savent pas combien de livres ils vendent… j’étais trop timide à l’époque pour protester, époque révolue. Jugez plutôt : nous vendons 5 livres par jour et nous avons besoin d’en vendre un minimum de 15 (25 serait bien mieux). Voilà les chiffres : le libraire, ce lascar ou cet ange prend 35%, le diffuseur-distributeur 25%, l’auteur 10% (il comprend parfaitement qu’il ne peut pas demander plus et il lui arrive, adorable, d’en demander moins ! ), l’imprimeur 15%... Dans ce cas précis, il reste 15% à l’éditeur : le minimum pour lui assurer un revenu (faible) en échange de son travail (réel) une fois les charges (sociales, sécu, retraite… frais de déplacement, frais de publicité et autres) déduites. Quinze pour cent, bien sûr, lorsque tous les exemplaires du livre sont vendus. Ce qui peut prendre un certain temps, voire des années. Le seul point compressible dans ces calculs ce sont les frais d’imprimeur. Pour que la part de la fabrication reste raisonnable, il faut des tirages « importants » pour un petit éditeur. A moins de 1000 exemplaires, ça coince sérieusement…

Autre point non négligeable (et triste) : les retours. Quand l’éditrice en herbe voit arriver par la fenêtre le Calberson jaune cela signifie : que des livres n’ont pas été vendus dans les six mois, que des livres reviennent dans un état invendable et… qu’il va falloir faire un « avoir » au libraire. Ce fastidieux travail de gestion de retours sera aussi celui du diffuseur. Mais attention, si les retours dépassent un certain taux (25 pour cent généralement) le diffuseur augmente son pourcentage de remise. Il y a donc tout intérêt à viser juste en termes de livres à placer. Ajuster les tirages et le tir !

Un casse-tête ? un défi plutôt ! A nous de faire en sorte que la communication autour du livre crée la demande… Et il paraît qu’un bon livre a plus de chances d’être chroniqué par un journal important si son éditeur joue dans la cour des grands. En 2007, tous les espoirs sont permis.

© isabel Asúnsolo, décembre 2006

 

Octobre 2006

Cherchez le poète...

On ne publie pas de la poésie pour gagner de l'argent. On peut juste limiter les dégâts... La poésie est toujours une histoire d'amour.

Et voici que ce 4 octobre j'ai eu affaire à quatre "poètes". J'avais rencontré B. il y a deux ans. Lunettes noires, elle riait à l'époque où elle fréquentait les soirées poésie; la dernière fois, elle a pris la porte parce qu'on ne l'écoutait pas assez attentivement. Ses enfants sont dans des centres d'accueil et elle a été agressée une nuit qu'elle était à la rue. Maintenant elle est à l'hôtel mais elle se sent toujours persécutée, "et si vous me faites faire un scanner, vous verrez, on trouvera une puce magnétique... Comment expliquer sinon que si je vais acheter un billet de train, une patrouille de CRS me tombe dessus"... Elle ne veut rien, dit n'avoir besoin d'aide de personne. Elle ajoute avec un petit sourire roublard : "Mes poèmes, vous savez, mes 300 poèmes que je vous avais montrés, je les ai déchirés et la diskette aussi..." Elle m'avait appris un mot : "je t'alpaguerai".

Un peu plus tard, place du marché, je tombe sur JC. "Tu sais que j'ai essayé de me flinguer. Plus de boulot, rien, même pas comme intérimaire. Ce qui me fait vivre en ce moment : la lecture et le théâtre. Je vais au théâtre et Adjani m'a reçu dans sa loge. En ce moment, dans ma vie, il y a Adjani, Huppert et..." Allez, tu viendras samedi au Café de la Paix ? ça va te plaire, tu vas voir, il y a une poète célèbre qui vient !

Coup de fil de P. Sa voix laconique : J'appelle pour me désister. Le recueil sur lequel nous travaillions depuis trois mois ne se fera donc pas. J'aimais ses textes, comme un jardin visité par le merle. Mais il y a eu la préface, celle qu'un poète belge a écrit à sa demande et qu'il m'a envoyée par la poste, sans un mot d'accompagnement. Le lendemain : "J'ai mon mot à dire, maintenant..." J'ai compris ! Il pense mériter un plus grand éditeur. Moi je n'ai pas eu le courage de lui dire que la préface, je la trouvais bien élogieuse... De toute façon, je n'aime pas les préfaces.

En ville après la pluie, le soir, j'aperçois Jean-Luc qui marche, sac à dos, un livre à la main. J'avais fait sa connaissance au Printemps des poètes dernier. Il me redonne son adresse, bâtiment F, tour X, porte Z, 10è étage. Il n'a pas de téléphone et il est déjà reparti quand je réalise que je ne connais que son prénom. Mais cette fois-ci, je viendrai à la soirée, me dit-il, les autres fois j'ai eu peur. Il est déjà loin, longeant la place des Maréchaux, ignorant les voitures qui le frôlent. Rilke ouvert à la main semble le guider.

© isabel Asúnsolo, octobre 2006

 

Septembre 2006

48 heures dans la vie d'une éditrice.

La rentrée littéraire. Les vitrines tapissées de couvertures. À chaque fois qu’elle croise une librairie, la petite éditrice presse le pas en retenant sa respiration, les yeux mi-clos : exactement comme si elle voyait de près le gars à l’imper ouvert... Quant à la presse spécialisée, les couvertures gallimardesques et les visages poupins des auteurs en médaillon la rebutent.

6 septembre 14h30. Rendez-vous à Paris avec un diffuseur. Pire qu’un rendez-vous amoureux, je suis plus qu’à l’heure. Il fait chaud. Je m’arrête au coin de la rue pour revoir la disposition du contenu de ma sacoche et de mes dossiers car il s’agit de vendre non seulement des livres mais une image de marque. Tous les petits éditeurs du monde recherchent un diffuseur et il y a très peu d’élus. Je sais que je ne dois pas rater cette étape cruciale dans la vie de L’iroli. La presse nationale ne fera jamais un bon papier si vous n’avez pas de diffuseur. Être diffusé et distribué, être visible dans les librairies, faire partie de la « chaîne du livre » c’est rentrer enfin dans cette profession dont j’ai fait mon métier. Je me suis donc renseignée sur le fonctionnement de plusieurs diffuseurs, comparé leurs contrats, appelé longuement les maisons d’édition pour avoir leur retour. Justement, il s’agit souvent des retours : la plupart des diffuseurs augmente les commissions avec le taux d'invendus. Le petit éditeur se voit pris à la gorge ou... contraint aux gros succès.
Ça tombe bien. Je vais présenter nos gros succès et nos futurs gros succès. J’ai avec moi les articles sur Je marche seule (première édition autodiffusée épuisée), la maquette de notre prochain livre, l’enregistrement de France3 sur les Perce-oreilles... et mon baratin. Je mets le paquet. Face à face : deux pros qui ont créé une entreprise qui doit marcher. J’ai trois quarts d’heure pour le convaincre. Je comprends soudain une chose : il faut absolument caler la sortie d’Amour et de vins nouveaux de Pierrick Bourgault sur la diffusion qui ne pourra avoir lieu qu'en 2007.

17h30. Cocktail au Sénat pour la remise des prix des Trophées Oenovidéo. Pierrick m’y attend. J’ai préparé des cartes de visite avec la maquette de la couverture de son livre au dos. Les petits fours sont bons mais il s’agit surtout de mettre la main sur des gens du monde du vin qui pourraient être intéressés par notre livre. Pierrick et moi sommes bien synchronisés : à chaque fois que l’un de nous deux commence la présentation du livre, l’autre le rejoint.

7 septembre au matin. Rencontre avec une célèbre poète outre-atlantique que je ne connaissais pas en personne. Nous devions faire un premier recueil ensemble mais au dernier moment elle avait choisi un autre éditeur. Elle me propose un deuxième recueil et là c’est moi qui lui ai dit que je ne vais pas pouvoir assurer, à cause des délais. Elle est venue en France avec son mari, je la sens gênée, la conversation ne prend pas. Soudain... elle s’effondre dans mes bras : Je voudrais tellement un livre avec toi... Diantre !

7 septembre, p.m. Je dois annoncer à Pierrick que l’on va retarder de trois mois la sortie D’amour... Ce sera en février pour la Saint-Valentin. Or il a déjà annoncé la sortie en novembre avec le Beaujolais nouveau et les souscriptions commencent à arriver. Pendant une heure au téléphone (un des plus difficiles de ma vie d’éditrice) j’essaie de le convaincre du bien-fondé de ma décision. Je sais que j’ai raison. Le livre se vendra mieux s’il est diffusé et si les chroniques arrivent au moment où le livre est en place. Je ne peux pas me permettre de gâcher la parution d’un tel livre, ce serait ne pas lui faire honneur et je ne veux pas rater cette occasion de faire progresser L’iroli !

7 au soir. Un ami m’envoie une photo de la célèbre librairie de Banon, Le Bleuet. Je crois à un montage (or non ! Voir la photo). J’ouvre bien les yeux : à côté du Da Vinci, de Marc Lévy et de Sarkozy : le livre de notre auteure phare et fière marcheuse solitaire Françoise Jaussaud alias Paquita !

© isabel Asúnsolo, septembre 2006

 

Été 2006

Impressions imprimeur.

Indispensable étape, l’impression. Encore plus cruciale pour l’éditrice débutante que je suis. Le tout premier livre édité par L’iroli - Je marche seule de Françoise Jaussaud - est arrivé un après-midi d’août 2005, il y a exactement un an. Photos du camion arrivant sur la place de Plouy, photos du camionneur, photos de la palette. Roulement de tambour, battement de coeur... et cutter pour ouvrir un des cartons et vérifier que les pages tiennent ensemble, que tout y est, qu’elles peuvent se lire. Le livreur est sympa, il voit tout de suite que je ne suis pas très habituée aux livraisons alors il dit qu’il a tout son temps. La première chose que je vois : la couverture qui m’a tellement fait transpirer et, dessus, la photo de la marcheuse en premier plan mais... non, ce n’est pas possible, elle est toute rouge, la marcheuse ; l’auteure elle est toute rouge ! Ce n’est plus un livre sur les bienfaits de la marche solitaire mais une publicité pour alerter sur les dangers du soleil ! Du coup, c’est moi qui rougis... Non, je ne peux pas accepter cette livraison, il y a quelque chose du drame antique ou rural, ça ne se passera pas comme ça ! Attendez, monsieur le livreur, un petit moment...

Je téléphone à l’imprimeur, furieuse. Je me fais recevoir. Vous êtes du métier n’est-ce pas ? Sa voix un peu ironique. Alors vous saurez que les "Ben Day" et les "Pantone" et les "Chromalin" (je comprends  "gros malin") ce n’est pas la même chose, que les couleurs elles changent, c’est d’ailleurs une photo de nuit, nous aurions préféré avoir l’original. Vous voyez les chaussettes de la dame ? Allez voir sur les épreuves de couverture ! Je monte au bureau, les épreuves étaient sur du papier brillant et la couverture est mate, les couleurs ne sont pas les mêmes, les chaussettes effectivement... Mais regardez les cuisses ! Elles sont toutes rouges, bien plus rouges, etc. Le hic c’est que j’aurais dû réclamer d’autres épreuves de la couverture, je le sais, mais j’étais en Espagne les deux semaines avant... Une erreur à faire une seule fois. Je n’accepte pas la livraison, le livreur repart avec la palette à Rungis. J’aurai plusieurs fois l’imprimeur au téléphone pendant les prochaines 48 heures. Je n’en mène pas large. Jamais je ne pourrai vendre un livre pareil ! Je ne peux pas donner cette image de marque pour un premier travail, je suis désespérée, je refuse les explications de l’imprimeur qui essaie tous les registres, d’abord rassurant (Vous verrez, vous les vendrez en 6 mois, vos 600 exemplaires !) pour finir par me parler de tribunaux...

Deux jours plus tard, je propose une solution : des stickers avec la photo moins rouge à coller sur la couverture. L’imprimeur est d’accord, il va envoyer ça à ses frais. Je les ferai coller par les enfants, 600 ça devrait aller assez vite... Mais lorsque l’auteur voit son livre, elle s’exclame : Mais c’est très bien, ça me plaît bien le rouge ! Elle gardera les stickers pour coller sur ses invitations et ses enveloppes à la place de l’expéditeur.... Et le pronostic de l’imprimeur s’avèrera assez proche de la réalité : je vendrai le premier tirage en 8 mois. Maintenant, pour un tirage important, je vais chez l’imprimeur assister au calage de la couverture. Et même s’il y a des imprimeurs en Espagne un peu moins chers, je n’en changerai pas... à cause de nos belles engueulades qui ont créé des liens. Et puis la fidélité a un prix !

© isabel Asúnsolo, août 2006

 

Mai 2006

De la réserve à la vitrine.

Tu vois, Roger(1) , les libraires c’est comme les goûts : il y en a de toutes les couleurs.

On ne sait jamais ce que ça va donner, un rendez-vous avec un libraire. Ça peut être debout entre les rayons, debout dans la remise, assis sur un carton, assis autour d’une table… Parfois on t’accueillera sans rendez-vous et d’autres tu devras employer quelques ruses pour l’obtenir. Il y a autant d’aventure humaine et d’imprévu dans ton métier actuel que dans tes galopades au Tadjikistan. Un petit éditeur, de province, publiant des nouvelles d’un auteur inconnu dont c’est le premier livre… c’est une traversée du désert ! Ne va surtout pas dire que nous ne faisons que de la littérature : joue toutes les cartes. Nous faisons de la littérature ET du pratique, tu auras plus de chances de rentrer, un livre dans chaque main : Je Marche Seule à droite (à mi-chemin entre le guide et la réflexion philosophique sur la solitude en montagne, se vend très bien dans les librairies de voyages, la Ministre espagnole de la Santé a écrit qu’il y avait plus de santé dans ce livre que dans douze pharmacies…) et Les Perce-oreilles d’Éric Gilberh (nouvelles haletantes sur des ados, excellentes critiques, regardez les articles et la vitrine qui lui est consacrée…) dans la main gauche. Sûr que le libraire (ou la libraire) va pencher d’un côté ou l’autre… Pendant qu’il balance, ajouter : L’auteure de Je Marche Seule prépare la suite sur ses rencontres avec les gens en montagne et, côté bonnes nouvelles, Entre deux, soleil voilé de Claude Chabel paraît le 16 mai, les Versets Erotiques de Pierrick Bourgault sont prévus pour le 16 novembre, jour du Beaujolais nouveau. Les Editions L’iroli, bref, tu enchaînes… France 3 Picardie et bientôt France Télévision, les journaux régionaux et bientôt les journaux nationaux, un concours de nouvelles par internet, un Festival de la Micronouvelle le 18 juin prochain…

De toute façon ce sera dur.
J’ai fait la tournée jeudi dernier. Eté voir trois librairies dans trois petites villes différentes. Toi, dans Paris, tu peux en voir plus dans une journée mais en même temps tu auras plus de mal à trouver des libraires aussi disponibles qu’à Creil, par exemple. Essaie d’avoir des rendez-vous à l’ouverture des magasins. Première librairie pour moi, Compiègne, un gars pas très causant, il a acheté un Perce-Oreilles, j’ai bien vu que c’était de la pitié mais tant pis. Il a quand même souri à la fin, son air grognon n’était qu’une façade. A Senlis, petite ville adorable, libraire adorable, j’ai eu droit à l’arrière-boutique debout. Elle a pris en dépôt deux JMS et deux PO. C’était l’équilibre, je n’en revenais pas. Après un petit somme sur un banc de pierre, troisième étape : Creil. J’ai été reçue par deux sœurs qui tiennent la librairie depuis trois ans, Anne et Claire. On a parlé pendant une heure ! Debout près de la caisse, une heure entière pour parler de littérature, du format, du papier de l’interligne des livres, des bons livres. Leur activité ne tient qu’au scolaire… Elles ont acheté trois Perce-Oreilles et deux Je Marche Seule. Bilan de la journée : six livres vendus et quatre en dépôt.

Tu auras des surprises. En une semaine, le gros libraire de notre ville nous a fait passer de la remise à la vitrine sans transition. En parlant de remise, reste en dessous de 35%.  Parle surtout de livraison ultra-rapide sans « proforma » (facture préalable), et aussi de réassort: en cas de non-vente, nous remplaçons les invendus par les nouveautés ! Refuse tout paiement au-delà de 90 jours (c’est le délai que nous accorde notre imprimeur).

Tu verras, en général, les libraires aiment les livres et leur travail malgré leurs difficultés. Et ils lisent encore lorsqu'ils ne sont pas trop épuisés. Il faut leur dire :  si vous arrivez à lire-au-lit nos livres sans vous endormir, c'est qu'ils sont bons. Et si le libraire aime, alors Roger, tous les espoirs sont permis !

    (1) Pour des raisons évidentes, le prénom de notre Commercial L'iroli sur Paris n'a pas été changé. Tant mieux si on le reconnaît!                              

© isabel Asúnsolo, mai 2006

 

Mars 2006

Comment je vois mon métier en tant que femme... voici la question à laquelle je dois tenter de répondre pour préparer la table ronde organisée par la Ville de Beauvais du 8 mars.

Editer c'est marier Imaginaire et Imagination. Contenu et forme. L'intuition et le bon sens. Le cœur et la raison.

Editer c'est écouter, inventer, donner vie et faire vivre.

C'est donner forme au croisement d'un rêve et d'une envie. Le rêve de l'écrivain se matérialise enfin. On parle alors technique, grammage de papier, formats, couverture, finances, publicité...

Editer c'est donc aussi faire redescendre l'auteur sur terre. Le ramener vers la réalité. Son plaisir d'écrivain tout seul ne suffit pas : il faut qu'il pense à son lecteur, au plaisir que le lecteur aura.

Editer c'est parvenir à trouver une voix (celle de l'auteur) et lui trouver des voies dans un monde où la concurrence est rude. Car il s'agit bien de donner envie de lire et d'acheter. Le livre ne peut en aucun cas être abandonné à son triste sort : il faut l'élever.

Est-ce qu'une femme est plus à même de réunir les qualités nécessaires pour exercer ce métier ? je ne crois pas car ce sont des qualités qui relèvent surtout de l'humain. Editer est avant tout une aventure humaine.

Mais l'Editrice est sensible à certaines voix ; elle a une responsabilité en tant que citoyenne et en tant que femme dans ses choix. Et ce n'est pas anodin si le premier auteur (auteure ?) des Editions l'iroli est une femme : Une femme heureuse dans le monde et dans son corps capable de renoncer à son amour de la solitude pour partager un bout de chemin avec les autres (*).

(*) Je marche seule par Françoise Jaussaud, L'iroli 2005.

© isabel Asúnsolo, mars 2006

 

Février 2006

Les coulisses du Concours de Micronouvelles.

 Il s'agissait de choisir quinze nouvelles parmi les 258 reçues par courrier ou e-mail de 13 pays différents. Le jury, composé de trois hommes et de trois femmes d'horizons très divers devait lire toutes les histoires et les noter sur 20. Les nouvelles devaient répondre au thème Un fait banal transformé par un regard nouveau... et ne pas dépasser 2000 mots. Si ce deuxième critère n'a posé aucun problème, celui du "fait banal" était moins évident, la définition du banal ne faisant pas toujours l'unanimité. C'est ainsi, qu'en raison du contexte et des personnages, le jury a accepté une nouvelle ayant un meurtre pour chute !

 Voici la méthode employée pour aboutir au choix des 15 lauréates.

 Première étape : nous avons sélectionné les dix nouvelles les mieux notées par chacun des membres du jury. Quarante nouvelles ont été ainsi pré-selectionnées, certaines étant communes aux différents membres.

 Deuxième étape : nous avons retenu les 25 nouvelles possédant la meilleure moyenne parmi les quarante.

 Troisième étape : Le jour de la délibération (le 11 février) chaque membre du jury s'est vu attribuer une édition des 25 nouvelles pré-sélectionnées qu'il devait relire sur place. Il s'agissait de les noter en fonction des critères suivants : "fait banal", "style" et "originalité". Cette nouvelle notation devait permettre d'estomper les éventuels écarts de notation dus au temps écoulé entre les premières lectures (en août 2005) et les dernières (en janvier 2006). Chaque membre du jury a proposé ses quatre nouvelles préférées ce qui nous a permis de retenir sans problème les 15 lauréates.

Quatrième étape. L'attribution des trois premières places a été l'objet d'un débat qui a duré tout l'après-midi. A ce stade, nous avons oublié la notation pour défendre becs et ongles nos coups de cœur (le vin d'Espagne aidant). Il faudra attendre le 15 mars pour connaître les 15 micronouvelles du recueil dont la parution est fixée au 18 juin 2006. Un détail ? La parité la plus absolue a été respectée, le hasard faisant bien les choses...

© isabel Asúnsolo, février 2006

 

Janvier 2006