Parole d'Éditrice !
Mois par mois, mes expériences de petite éditrice.
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Année 2009
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Année 2008
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Année 2007
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Année 2006
Dans la cour des grands
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48 heures dans la vie d’une éditrice 48 heures... PDF
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Les coulisses du Concours de Micronouvelles Les coulisses... PDF
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Année 2005
Où il est question d'Imagination et de "Bons comptes"...
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Un jour j'aurai un diffuseur ! Un jour j'aurai... PDF
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La question du Pourquoi La question du... PDF
"Je n'arrive pas à trancher" ou pourquoi il faut parfois se laisser assaillir par le doute Je n'arrive... PDF
"Il n'y a qu'un mot à changer" et autres frissons Il n'y a... PDF
Premier rendez-vous... Premier rendez-vous... PDF
"Vivir del Cuento" ou comment Vivre de la Petite Histoire... Vivir del Cuento... PDF
Face à face avec le saule, mon café, mon gâteau chinois sans gluten, un crayon trop dur, un lundi. Je me demande si j'aimerais La fonction du balai s'il ne parlait pas d'édition. Tout le reste, amitiés, amour, maison de retraite avec grand-mère-échappée-belle c'est archiconnu et prévisible... Mais pourquoi faut-il que je replonge, maladie, obsession, la gueule si tendre de l'auteur (D.F. Wallace) en 2ème de couverture (Au diable Vauvert éditions) : suicidé alors que son histoire respire l'humeur positive, la buena onda, smooth, aimable. J'avais envoyé l'article à Eric Gilberh qui lui ressemble en lui souhaitant le même avenir. Le succès littéraire, pas le suicide. Mon auteur, qui ne me donne pas de nouvelles, serait un des remarquables de la rentrée 2010. Ah si c'était vrai ! Je te le souhaite Eric... Aie une pensée pour moi le jour où tu décrocheras un gros prix littéraire.
Du crayon trop dur à une main je suis passée à l'écran-clavier (esclavier ?) à deux mains. Ce n'est pas la même chose, est-ce que l'on écrit avec les deux hémisphères à la fois ?
Je croyais qu'on ne pouvait pas, que leur fonction était différente, voire antagoniste ? Ce que je dis à mes élèves de l'atelier : tu ne peux pas te lâcher et contrôler en même temps, c'est une chose après l'autre. Tu fouilles dans l'immensité de ton imaginaire, tu attrapes le fils rouge et tu tires, et après (seulement) tu affûtes...
Donc je disais que j'aime qu'on me raconte des aventures éditoriales. Et dans le livre de Wallace, un des personnages, éditeur, raconte à sa copine pour lui plaire les histoires qu'il a piochées dans les manuscrits reçus... parce que lui même est incapable de rien, de tout, c'est à dire : incapable d'inventer. Curieusement, en ce moment je reçois beaucoup moins de manuscrits à croire que les gens passent leur temps à jouer (des deux mains ?) aux jeux sur internet au lieu d'écrire... J'aurais aimé que les histoires du manuscrit « Dérapages » reçu ce mois-ci finissent bien, que le matou roux Marcel retrouve sa vieille ama (maîtresse) dans la maison de retraite où elle est enfermée et d'où elle s'échappe pour chercher son compagnon la nuit... Pensez un peu aux succès littéraires, que ce soit Schmidt ou le hérisson (aussi nul), les histoires finissent toujours bien !
Je suis sans doute un peu pessimiste ce matin 2 novembre parce que la tournée chez les libraires de vendredi fut... (suis nulle en adjectifs) et aussi parce que ce n'est pas encore Eric G. qui aura le Goncourt. Et pourtant, paraît que j'ai pas mal d'optimisme dans l'action. A Paris, nous y sommes allées à deux, ma collègue et bras droit Isabelle et moi. Je pensais pouvoir lui apporter quelque chose...
Finalement, c'est elle qui me l'a appris : que je suis insupportable. Mais tu as vu comment t'es tendue ? (Non car on ne se voit pas, on ne sait rien de nous mêmes). Dans la librairie en question, rue Saint Maur, j'ai en effet vu rouge, syndrome du Momiji-en-octobre... Isabelle a repris alors les choses en main et j'ai fait semblant de m'intéresser aux livres d'architecture qui traînaient dans le sous-sol où on devait nous recevoir... C'est pour des dépôôts ?... Euh, non, nous passions vous présenter nos nouveautés, les livres que vous avez déjà pris vous les avez déjà payés donc c'était de l'achat ferme, donc on vient voir si ça marche, si vous les avez vendus, sinon on peut envisager un échange, nous aimons avoir un lien privilégié avec les libraires, on est professionnels... La tête de la libraire (à deux têtes) quand elle a entendu ça. Payés ! Les livres ont été payés ! (comme si on lui arrachait un des quatre bras). Elle(s) pensai(en)t à du dépôt donc elle(s) avai(en)t planqué les livres quelque part et pourtant, mot que je déteste, inexplicablement (tous les adverbes aussi) il s'en était vendu cinq sur neuf. Un genre de miracle pour qui croit au haïku. Moi je ne disais plus rien ; Isabelle, si douce et compréhensive m'a dit en sortant qu'elle comprenait tout, comme une révélation : que lorsque je demandais au libraire s'il aimait la couverture d'un livre c'était comme si je demandais si on aimait la tête de mon enfant pour qu'il fût choisi et sauvé et que je souffrais trop et que ça se voyait. La souffrance ça ne fait pas pro. Et moi qui pensais que ça ne se voyait pas ! Je suis sortie de là un peu honteuse mais aussi un peu reconaissante, enfin comprise ?
Notre journée de vendeuses s'est poursuivie. A la Fnac des Halles, nous avons entendu (mon bras droit et moi n'en croyions pas nos quatre oreilles) que le livre mis en rayon il y a trois mois venait tout juste d'être retiré car (catalogué, classé, tamponné ?...) en fin de vie mais que cela est vraiment incompréhensible parce que E.M. est un poète qui tient très bien son rayon et qu'il ne ferait pas ça à un livre... Mais il est en vacances de Toussaint (il fête les livres morts ?), alors repassez.
Sur la liste yahoo-fr où je m'épanche/panse, Rob écrit pour me consoler que la patience des livres et celle des éditeurs est éternelle. Merci Rob ! Et avec son accent flamant :
fin d'octobre
un libraire sans client
remue les feuilles
Je le crois sur parole : dehors le saule fait pareil.
Mais l'histoire n'est pas finie, Enfindevie n'aura pas le dernier mot !
Ce vendredi 30 octobre fut une belle journée car nous avons partagé une soupe au lait de coco chez Lao, rue de Belleville, avec Thierry et Catherine, adorables auteurs et amis, oui.
Et tout le reste ce n'est pas grave.
© isabel Asúnsolo, novembre 2009
Trêve de littérature, il faut que j'écrive là-dessus ! J'écarte les papiers pour atteindre les touches de mon clavier (dans clavier il y a vie). Dehors, sur la place de Plouy Saint-Lucien, les enfants comptent jusqu'à trente... Ils jouent à cache-cache, la chance ! Moi je m'occupe de papiers et je compte aussi.
Dans la colonne Recettes j'ai eu la chance ce matin de recevoir le chèque pour mon atelier d'écriture annuel 08-09. J'avais l'impression d'un revenu exceptionnel, j'étais vraiment contente ! Les autres promesses annoncées comme des droits au long de l'année (je pense toujours en année scolaire) ont été refusés : les zérocharges pour les Très Petites Entreprises, nouveau programme. Le motif est fou, flou je veux dire. Et voilà qu'un autre courrier arrive qui fait miroiter une éventuelle nouvelle aide en ces temps de grippe... je veux dire crise. Alors je remplis, je photocopie et je poste. Ça ne coûte presque rien ! Ça tient en haleine, donc en vie.
Pour ceux qui travaillent seuls, ils connaissent la terrible paperasse du chef d'entreprise (la TVA...) mais ceux qui emploient quelqu'un et n'ont pas de comptable (on ne peut pas donner 1800 euros par an car c'est notre revenu !) ils ont appris à faire les fiches de paye super compliquées, les déclarations trimestriels (Urssaf et Asedic), la déclaration annuelle, la DADS, etc. J'ai essayé de remplir des formulaires en ligne, bien sûr, mais la saisie bloquait à chaque écran ; je remplis donc comme je peux en ajoutant : appelez-moi, aidez-moi ! Je veux rester la tête hors de l'eau. En vie ?
Le plus incroyable ce sont les subventions. C'est Isabelle qui fait les dossiers car elle s'y connaît. De préférence, il faut plusieurs organismes subventionneurs pour aider à la publication d'un livre (Région et Centre National du Livre par exemple), votre projet est donc un peu gonflé, recettes et dépenses équilibrés. Le problème c'est que si un seul des deux accepte de donner la subvention (cela vient de nous arriver)... il faut quand même maintenir l'assiette et donc finalement dépenser plus que si on n'avait rien eu. Et le plus drôle est que si jamais (on ne sait jamais) les livres se vendaient bien, et que la ligne « Ventes » dépassait les prévisions dans le budget... il faudrait gonfler les dépenses pour équilibrer ! Puis-je m'offrir le luxe de recevoir une subvention, voilà la question que je me pose et qui me turlupine alors que l'arrière-saison file...
Pour continuer là-dessus, j'ai suivi les démarches pour que le Centre d'Exportation du Livre Français, qui vient de fermer, me paye sa dette. Et voilà que j'apprends que ma créance de 38,07 euros a été acceptée et que je porte le n° 285 des créanciers chirographaires. Je serai donc payée au prorata de ce qui restera Au-marc-le-franc... !! Je suis très curieuse pour la suite à cause de cette expression.
Dehors les enfants jouent toujours, mais au lieu de nombres scandés haut et fort, le front contre le tilleul, j'entends une voix de fille qui crie « Arrêêête »... Je réalise que mon dernier a grandi pendant ce temps. Il va avoir onze ans. La vie.
© isabel Asúnsolo
Extraits de mon journal d'août d'éditrice en vacances.
(Finalement, seules m'intéressent les choses que je découvre en les écrivant, c'est pourquoi je ne copie pas les choses telles quelles ; je modifie sans cesse, sans quoi...)
Ces derniers temps, dans les montagnes fraîches des Asturies, j'ai lu les Carnets de Voyage de R. Caillié, ses explorations et découvertes dans le nord de l'Afrique au 19è où il se fait passer pour un musulman en cours de conversion. C'est répétitif, candide, à la limite maso. Je grappille avec une certaine jouissance en espérant qu'il lui arrivera d'autres choses horribles puisque c'est son lot... Je ne pense pas que j'aurais tout publié de ces carnets. Les villages et les descriptions se valent. Bien sûr, je pense aux carnets de marche de Paquita (alias Françoise Jaussaud) bloqués pour cette même raison : que choisir ? Est-ce que cela a un sens de publier des extraits ? Choisis comment et d'après quels critères ? Est-ce qu'il ne faudrait pas publier tout et tant pis si les arrivées, les départs de villages, de ponts, à droite et à gauche, les hésitations se répètent... ? Evidemment j'aurais tendance à ne prendre que des éclats de mica et pas le bloc de granit entier. Mais l'auteur ne reconnaîtrait plus rien, paraît-il, ni dans les saisons ni dans les chemins... L'éditeur a-t-il le droit et jusqu'à quel point de recréer un texte ??
Curieux appartement ici à Madrid. Je parle des livres bien sûr, la seule chose qui m'intéresse dans une maison. D'un côté (mon père) : tomes épais et sombres narrant des conflits de tous poils, portraits de grands hommes, dictateurs la plupart, exploits militaires et traités géopolitiques... De l'autre (ma mère) : livres clairs, itinérrances d'aventuriers hommes et femmes qui ont cherché de nouvelles voies, la plupart du temps pacifiques et solitaires, brisant les chaînes diverses et oubliant leur « moi » dans les joies du vagabondage... Père-plexité entre ces deux : revers d'une même médaille ? Extrêmes dignes d'une fiction - aucun doute qu'elle naît de la friction !
Le livre de Rosa Montero (La loca de la casa, livre sur la création littéraire et ses sources publié par Santillana) est intéressant par moments. Mais son écriture me lasse, sa voix me lasse, à cause des adjectifs je crois, un peu baroques sur les bords, prévisibles ? Elle va toujours un peu trop loin dans ses phrases, les parachève, m'agace. Comment dit-on m'agace en espagnol – ce sentiment trop commun chez moi ?
Une pub contre les mégots allumés passe à la télé. Par la fenêtre (fraîcheur enfin le matin) les arbres, peupliers très denses, dépassent le cinquième étage de ce quartier du barrio del Pilar. Prolifération de masse végétale qui empêche de voir l'immeuble d'en face où habite mon amie d'enfance. Le quartier a changé. Profusion d'Equatoriens. Et le soir, profusion de perroquets clandestins qui jacassent dans ces mêmes arbres... Le sentiment de racisme coexiste avec tout le contraire. Enchantement et agacement jaillissent au même instant, fusionnés. Dans la fiction aussi (supérieure à tout d'après Montero), fascination et agacement s'entremêlent chez moi.
J'ai beaucoup aimé traverser les Barrios de Luna, ces parages hybrides entre Asturies et Castille, frontière entre montagnes verdoyantes et plateau aride. L'exact croisement entre relief et austérité. Fascinante, la queue de la retenue d'eau (la cola del embalse) où affleurent les anciens champs de boue claire et les murets qui les délimitaient : ces lisières appelées LINDES. Les arbres qui résistent, troncs noirs et nus qui ont connu inondations et assèchements successifs de la main de Franco sont, d'après mon frère Miguel, le plus résistant que l'on puisse imaginer : imputrescibles, incombustibles... morts et immortels.
Les limites de l'eau (de la vie !) à différents stades forment des strates. Lignes de niveau inversées au pied des peñas, transitions envoûtantes entre ce qui ne se voit pas et ce qui se voit, ce que l'on sait et ce que l'on croit.... Un livre qui s'intitulerait Los Barrios de Luna (les Quartiers de Lune) serait beau par nature.
© isabel Asúnsolo, 20 août 2009
Me voici, encore à Beauvais et sur le point de partir à Madrid.
Nous vaquons, Eric et moi à de multiples tâches : compte-rendu du Festival pour envoyer à la Région, évaluation de haïkus pour 575, factures diverses... Faire des factures n'est pas toujours désagréable – nous avons eu une très belle commande hier du Bleuet de Banon... L'autre bonne nouvelle de la semaine est la chronique de Jerôme Garcin sur La volière vide (On aime beaucoup) dans le Nouvel Obs de cette semaine !
Nous guettons le camion poubelle puisque nous avions je ne sais combien de kilos de déchets suite à notre grand rangement... Avec tout cela, envie de t'écrire pour que la lettre parte aujourd'hui et, aussi, envie de boire un thé (dans le bol fait par André) mais... qui vois-je sur le thermos ? Une superbe sauterelle verte ! Du coup je laisse mon thé pour plus tard.
Nous partons cet après-midi, affaires pas prêtes : juste le livre que je veux emporter, découverte fulgurante de cette semaine, éblouissement total, à lire à voix haute : Feuilles d'herbe (Leaves of Grass) de Walt Whitman. Extraordinaires sa force et sa liberté. Veux-tu croire qu'il écrit (en 1850)
Sortez de votre sombre prison !
Sortez de derrière votre écran !
Il aime la Nature avec fougue mais il aime aussi la foule (de New-York), les hommes et les femmes et... soi-même, son corps en bonne santé ! Je te photocopie ci-joint quelques pages. Bien sûr il faudrait se procurer la version anglaise ou bilingue. Trouvaille à la bibliothèque Argentine de Beauvais où j'ai emprunté aussi le journal de Sylvia Plath, poète américaine (décidément, après J. C. Oates, je suis de l'autre côté de la flaque).
L'autre découverte de cette semaine est The reader de B. Schlink (allemand). Je suis allée voir le film : superbe, n'abîme pas le souvenir de la bonne lecture, ne dramatise pas trop. Kate Winslet et R. Fiennes sont bien of course mais la découverte, l'émotion totale pour moi vient du jeune auteur (David Kross) qui joue le liseur jeune. Il n'est pas un acteur confirmé ; trop jeune, il ne contrôle pas tout : sa grâce lui échappe. Aaahhh...
Je suis aussi dans l'enchantement des champs de chaume : blés récemment coupés, la bonne odeur dans la nuit :
seule dans mon lit
j'écoute la rumeur croissante
de la moissonneuse
Toi qui es à la Réunion, tu connais ?
Cette semaine aussi, d'autres belles choses : le dîner sur la terrasse des Vents d'Ange de Beauvais avec Isabelle et Lionel, Michelle qui venait de fermer sa boutique de bouquins et son compagnon Etienne. Instants de vie dehors la nuit si rares ici ! Et d'autant plus goûtus. Après, concert en plein air de rock tribal – assourdissant – puis... nous avons dormi à la belle étoile avec A. J'ai aussi revu Jean-Claude... Le haïku l'influence mais je ne suis pas sûre que ce soit dans le bons sens : il destructure les phrases, les syncope... En tout cas il est heureux car il écrit beaucoup. Avant de partir aussi : plaisir de ciseler avec l'auteure les derniers détails de A l'Etouffée... Et, j'oubliais, la bonne nouvelle du soutien de la Région Picardie pour Haïku mon nounours !
Je me dépêche. Je t'embrasse.
isabel
© isabel Asúnsolo, août 2009
Hier soir, à la médiathèque de Mers, j'ai lu Lorca (verde que te quiero verde, plaisir physique de la lecture lente...). J'étais contente que Gilbert Desmée réclame mes propres textes pour la prochaine fois. Ça me coûte. Est-ce la peur de ne pas être à la (h)auteur ? Modestie (fausse), paresse ? Ou encore orgueil. Celui qui m'a fait jeter mon manuscrit Un corps en automne à la mare l'autre soir (à rebaptiser « Un corps à la mare ? »)
(...)
Je m'espionne.
Est-ce que je me soucie tant que ça des autres ? Moi qui lève les bras au ciel quand les autres se montrent égocentriques ; c'est à dire, quand ils ne s'intéressent pas à MOI... Est-ce que je ne suis pas pire ? Je suis consciente que je joue sur plusieurs registres. Je ne demande qu'une salade au restaurant mais je pique à toutes les assiettes voisines. Qui suis-je vraiment ? Parfois émue aux larmes mais m'observant du coin de l'oeil en même temps pour vérifier si la comédie est bien jouée... Là encore : apparences. Dans le fond c'est autre chose (ou la même ?) à la façon des poupées gigognes.
Hier aussi, je suis allée conduire Irène à l'oral du bac à Clermont. Nous avons revu le pantoum (Harmonie du soir) de Baudelaire. Le dernier vers : « Ton souvenir en moi, luit... » Le seul moment du poème où la première personne affleure, brutalement, lumineusement. Et ta prof ne t'en a pas parlé ? J'explique à Irène que (seuls ?) les grands artistes emploient la première personne. Comme M. Jackson mort hier : ses chansons presque toutes disent « Je ».
A la médiathèque de Mers les Bains, Jean-Pierre Cannet a lu ses « portraits à la boue ». Textes liturgiques. On est envoûté comme à la messe. Cependant il n'emploie pas Je mais Tu. Pourrais-je passer le Je d'Un corps en automne à Tu ?
T'écarteler éolienne, T'improviser aérienne... Mais que deviendrait le Tout ça par amour pour TOI ?
Le soleil se lève, il va faire beau à Mers. Hier soir, après les lectures, délice de rentrer dans la mer à marée basse au soleil couchant-couché. J'aime par dessus tout les mers plein ouest. Il y avait quelques pêcheurs au bord, pour le décor. Et presque à chaque pas, des petites soles sous mon pied. Très vives et musclées. Je les coinçais entre le pouce et l'index pour les regarder puis les lâchais...
Je pense au texte de Thierry (tiré de la Volière vide) :
pieds nus sur le sable
plus de semelle entre
moi et moi
C'est exactement ce que j'ai ressenti là. Les petits poissons sous la plante me donnaient une impression de reconnaissance. Presque renaissance. Délicieuse dissolution : moi se confond avec le monde. Apaisement. Soulagement ! Mon Moi si présent se dissipe comme les nuages brassés par l'éolienne...
© isabel Asúnsolo, juillet 2009
H.B. m'appelle pour me parler du Zen et du Haïku, ce dernier étant, d'après lui, l'instrument du premier. Certains textes de la Volière vide lui semblent vraiment vides car trop pleins. Je lui avais prédit quelques surprises à la lecture. Où on va, où on va ? s'exclame-t-il. Il faudrait élaguer encore. Et surtout, que l'auteur s'efface derrière son texte !... Je comprends son idée mais le Haïku n'est-il pas aussi une forme littéraire ? Il y a mille façons de dire une même image (et des images, il n'y en a pas des millions, si ?) On a le devoir d'explorer. Il est surpris que je ne sois pas vexée par ses remarques. Comme si je pouvais ne pas accepter le cadeau, trop rare, d'une appréciation justifiée et bienveillante.
Puis le célèbre auteur me parle de ses éditeurs et me demande de combien de points d'office nous disposons. (Je ne peux m'empêcher de penser que toutes les phrases qui commencent par Combien sont définitivement vilaines...) Face à nos cinquante librairies, savez-vous combien en a Calman-Lévy par exemple ? Je lui dis que tout est très bien comme ça. Puis il me parle de son plus gros succès :
long coup de fil
Quatre-cent-mille exemplaires
que la pluie est fine !
Tout à l'heure, c'est la Table ronde qui appelle (depuis que j'ai écrit "On a tous un ami éditeur", tout le monde dit me connaître !...) Ils voudraient qu'on présente au Festival les haïkus de R. Wright. Trop tard pour cette année mais l'an prochain, ils pourraient peut-être envoyer un auteur sur le thème du voyage ? J'aime bien l'univers de Wright même si je ne suis pas bien son attachement au 575.
Rencontre chaleureuse à Paris à la librairie Le Divan avec Pascale Senk et Vincent Brochard, auteurs de l'Art du Haïku (Belfond). J'ai enfin rencontré Pascale Senk avec qui j'avais échangé autour de Je marche seule et de l'escapisme...
Pour revenir à notre poème préféré, le débat sur l'ego, la place du moi dans le haïku ne me fait ni fu ni fa.
Nous aurions deux tendances aujourd'hui : la tendance zen qui prône le minimalisme et qui voit dans le haïku un véhicule de la philosophie bouddhiste et celle, à l'opposé ? qui revendique le Haïku comme forme littéraire, terrain d'expérimentation et d'expressions multiples. Comme toujours, il y a de l'intéressant dans les deux et les courants qui se reconnaissent et s'assemblent ne m'attirent pas.
Ce qui m'importe : l'émotion que dégage le poème. Et la force du haïku qui réside dans le « moins c'est plus ». J'ai beaucoup appris à son école.
J'apprends la mort de Jean Féron, auteur actif du monde du haïku...
Je l'ai rencontré une fois en 2005, il symbolise pour moi une étape. Je n'oublierai pas sa gentillesse et lui dédie ce texte qu'il avait aimé :
à droite puis à gauche -
puis au milieu de la route...
l'écureuil
© isabel Asúnsolo, juin 2009
Allez je vous dis tout sans haïku ni rancune, en finissant mon yaourt sur la table de la cuisine, ma feuille posée sur le Matricule des Anges, ouvert page 37 (d'un vieux numéro, c'est encore mieux) juste au-dessous d'un article intitulé « Seul au-dessous de zéro » (Il faudra que je le lise, encore un projet). Et, sous le magazine: de la confiture de figues qui fera tache, accrochera les numéros ensemble. Je le sens déjà... Le petit bruit en les détachant me rappellera aujourd'hui, le moment où je vous écris. Et je penserai : tu te souviens le jour où, aaah, tu étais loin d'imaginer, accoudée à la table, ce jour de mai, tu portais un pull pamplemousse, tu étais bien plus jeune que tu ne pensais, etc. C'est à chaque fois comme ça. Souviens-toi que tu te souviendras. Ou alors ne te souviens pas, oublie. Pourquoi word complète le mot souviens en souffrance et pas en passionnés, je vous le demande.
Quoi dire ? que ça va mal, que les libraires...
que notre distributeur la GL ferme, quelques mois seulement après le Centre pour l'Exportation du Livre Français (CELF) ? que des colis se perdent, que le programme zerocharges si aimablement proposé par l'Etat pour les TPE (Toutes Petites Entreprises, excusez les sigles, dont je suis) ne s'applique pas pour nous, je me disais bien, on y a cru juste un peu, ça nous a occupés, les rendez-vous au Pôle Emploi et les papiers à remplir. Mais je ne peux pas me plaindre : essayez d'avoir un rendez-vous rapidement avec un conseiller si vous êtes Rechercheur d'emploi. Dites Employeur et ça ira mieux.
Plutôt regarder par la fenêtre, seul recours possible ce dix-huit mai deux mille neuf. Tiens, c'est bientôt la moitié de l'année et je me rappelle qu'on m'avait prédit de belles choses pour cette date. Il y avait une voyante à la télé (en Espagne) qui manquait d'appels et ma mère, qui ne fait pas que de la montagne, a composé le numéro de l'émission pour qu'elle ne perde pas le flux. Grâce à ma mère, donc, la voyante de la télé a réussi à garder le fil paramental propice et, sans rien savoir de moi, elle a fait des pronostics très positifs pour la fille de ma mère, c'est à dire pour moi et mon entreprise éditoriale. On n'avait jamais été aussi loin par amour pour moi.
Hier soir mes enfants m'ont redemandé pourquoi je faisais ce métier puisque je ne gagnais rien. Si Isabelle (notre chargée de diffusion et bras droit) se paye avec ses ventes alors toi quoi. Mais tu n'aimerais pas que je redevienne prof, j'ai crié. Et je me suis remise à ma nouvelle Quilt, une commande j'étais contente ; ça ne coûte rien d'écrire et on peut toujours rêver mais ce matin j'apprends que non, que le Courrier Picard ne reconduirait pas l'expérience de la francophonie. Que je ne serais pas publiée (avez vous remarqué qu'un trait minime, une petite queue de rien du tout distingue publiée de oubliée ?) Dommage. Que feriez-vous vous ? On a tous un ami éditeur. Le pauvre. Si jamais il publiait mes textes on crierait au copinage et en plus ce serait vrai, alors...
Mais revenons à nous. La mare a bien changé. La vieille paillasse de roseaux brûlés par l'hiver s'est transformée (transfigurée ?) en une masse verte et verticale. Les deux tortues sont sorties, bonnes filles, alors que la température n'atteint pas les degrés requis. Les poules d'eau ne sont pas revenues nicher ce printemps et le canard est mort, le cou collé à la glace, tordu dans le mauvais sens [1] à deux pas du quignon. C'est triste mais. Trois iris jaunes se sont ouverts hier sous la pluie, hé oui. Et surtout, j'oubliais : l'olivier de Picardie qu'on croyait mort vient de montrer (deux bourgeons cendrés) qu'un de ses troncs est bien vivant. Celui qu'on voulait raser.
[1] Descoyuntado en espagnol
© isabel Asúnsolo, mai 2009
Je me réveille en pensant au film Into the wild, vu hier soir au studio Galande. L'impression qu'il raconte notre histoire à tous, l'errance jusqu'à l'inévitable solitude finale. Je trouve aussi un parallèle entre le vagabondage du protagoniste — "Supertramp" — , et mon métier d'éditrice. Moi non plus je ne sais pas où je vais, ni même où je veux aller. (Et si je le savais, je me rebifferais, je rebrousserais chemin !). J'avance de livre en livre comme la marcheuse de Je marche seule de cabane en cabane. Quelqu'un avait dit que le film était long et triste. Or il n'y a pas une seconde de trop, j'ai tout aimé et la fin ne m'a pas semblé dure... Au contraire, le film est gai : c'est la jeunesse du protagoniste qui l'emporte et nous emporte. Je pensais que le film ne montrerait qu'une trajectoire dans la nature sauvage mais il y a toute la vie antérieure de Supertramp, les années d'errance, quand il pagaye dans les rapides, ses rencontres et les moments partagés, souvent heureux, avec les hippies... C'est Eric (mon compagnon haïkiste) parcourant le Canada en stop, c'est moi il y a vingt ans conduisant des engins agricoles, les camions de betteraves aux Etats-Unis, c'est nous au nord du Mexique au début des années quatre vingt dix et c'est Paquita (mon auteur phare-et-mère) allumant un feu le soir dans une nouvelle cabane.
Je pense au deuxième livre de Paquita, à sa structure que nous peinons à trouver, s'échappant comme un sommet toujours plus éloigné. Into the wild est structuré symboliquement autour des étapes de la vie : Enfance, Jeunesse, Sagesse... mais les étapes du voyage, la succession des lieux, les rencontres du protagoniste n'ont pas de suite logique. Les lieux finalement importent peu. On peut très bien être dans les Alpujarras de Granada un jour et dans les montagnes asturiennes le lendemain. Seul compte le chemin (ou son absence), le pas après pas, le voyage. Pourvu que cette suite en apparence désordonnée, comme dans la vie, comme dans les souvenirs (est-ce que ce ne sont pas ces derniers qui l'emportent, qui importent vraiment ?) aboutisse quelque part. Dans une dernière cabane ou dans un lit d'hôpital. Into the wild c'est Into the World et Into life...
Aussi : parallèle entre Supertramp et Vincent Delfosse (auteur avec Thierry Cazals de la Volière vide, le dernier livre paru aux Editions L'iroli...). Tous les deux étaient jeunes, diplômés, doués, tous les deux avaient rompu avec leurs familles, rejetant l'idée de carrière et la société de consommation. Les deux ont vécu seuls leurs derniers instants dans un genre de bus/caravane... lisant de la poésie, prenant des notes en essayant de trouver leur voie propre. Même si Vincent est mort au bord d'une autoroute au lieu de la nature sauvage, c'est la même histoire. Et ce texte de lui que je ne comprenais pas, me paraît limpide aujourd'hui :
Au fond du bol
les dernières nouilles
sont les plus dangereuses !
© isabel Asúnsolo, avril 2009
Longtemps je me suis obligée à écrire des réponses-type, une phrase laconique, sans adverbe en ment : « Les Éditions L’iroli ne retiennent pas votre manuscrit pour publication. » Le malheureusement eût été de trop. Un de mes auteurs dit que des explications c’est pire. S’il y a quelque chose à dire… cela prendrait trop de temps, motiverait la discussion qui n’irait nulle part. En dire peu cela frustrerait, évidemment. Alors il me dit Fais comme moi, dis « C’est bon »… C’est bon veut dire ce n’est pas bon du tout ! A l’oral ça marche mais allez donc l’écrire. Quand il me faudra répondre à ce manuscrit où une femme raconte la mort de ses deux enfants uniques, noyés, qu’est-ce que je lui écrirai ? Que ce n’est pas assez écrit, que l’émotion racontée ne suffit pas, qu’elle ne va pas au-delà de sa souffrance ? Est-ce que je sais seulement ce que je veux ?
J’ai moi-même envoyé des manuscrits dans le temps. Une fois j’ai reçu une réponse personnalisée du Dilettante, j’avoue mon admiration. Si, dans mon cas, la réponse type a marché longtemps… maintenant c’est selon. Maintenant c’est toujours hybride, incapable et malade que je suis de faire deux fois pareil : lettre type à l’ordinateur avec un grand espace en bas pour compléter à la main, avec ou non ma plume préférée, lettre type sans ma patte ou juste celle du chat, lettre jointe à un mail désespérant (« vous trouverez ci-joint notre réponse… » j’imagine le froid !), message directement inclus dans le mail ou lettre cent pour cent écrite à la main comme cela vient de m’arriver pour les poèmes agricoles de V.D. que j’aime beaucoup mais que je ne publierai pas. Je me mets à chaque fois à la place de l’auteur qui a attendu si longtemps, lui, la réponse. Parfois six mois, mea culpa !
Il m’arrive d’aimer parler au téléphone. C’est si rare un auteur qui appelle que cela ne me dérange pas, jamais. Au pire je vais me précipiter sur son manuscrit pour le (re)lire. Car souvent je lis dès que je reçois, selon l’envie, parfois il y en a qui dépassent tous ceux de la pile, qui s’inverse, s’il pleut, s’il n’y avait rien d’autre au courrier… Parfois… C’était un samedi, en février, j’étais d’une horrible humeur parce que ça fait des mois que j’aimerais aller au marché le samedi matin avec un panier (comme les femmes que je vois dans la rue) et que je n’y arrive pas parce que tous les samedis il y a des factures à faire, des colis… et non seulement maussade, j’étais carrément malade, lisant au lit et pas pour le plaisir… lorsque le facteur en a apporté un, manuscrit, que j’ai lu et qui m’a guérie. Cela faisait trop longtemps !
Mon auteur qui dit C’est bon m’a envoyé un autre manuscrit. Je dois lui donner mon avis, qui n’est pas Si bon. Pourquoi ? Trop d’adjectifs, trop de passé simple, trop d’indicible et pas assez de fil conducteur ? Parce que l’amour dont il parle est désespérément triste, parce qu’il n’y a plus la joie insouciante et vibrante de son premier manuscrit... Pour le lui dire, je vais l’appeler.
isabel Asúnsolo, mars 2009
Discussion sur la liste (haiku-fr) autour du terme vivide. Ses origines latines, sa présence en anglais et espagnol (vívido/a)… Le Haïku est-il vivide ? Dans vivide, le vide et le vif se côtoient. Je pense au conte japonais (offert par Monique) et à la phrase : « le bol est utile parce qu’il est vide »… Et surtout, je pense à notre Volière vide, à l’aventure qui nous attend Thierry, Vincent et moi. Est-ce que j’ai écrit que le couvre-théière du jour de notre rendez-vous à Beauvais ressemblait à une volière avec son ouverture pour le bec (verseur) et une boule dorée au sommet ? Et le dossier « Volière vide » sur mon Mac qui était soudain vide… comme un sourire de Vincent. Et ses lettres signées d’un V entouré d’un cercle ouvert qui ressemble étrangement à la calligraphie d’Erlina pour la couverture… Coïncidences encore. Terrible le texte qui finit la lettre de Vincent, écrite à l’encre de pensée :
Le chat noir est mort
pas de neige non plus
cette année
J’imagine Vincent seul, dans son camion au bord de l’autoroute, son chat pour seule compagnie…
Je viens de rappeler Felipe de Cañedo et il m’a annoncé la mort de Tonia (il y a plus d’un mois déjà, le 9 décembre) des suites de son cancer. Je crois bien que la Panadera est morte à la même date. Peu à peu la volière se vide. Plus que jamais la vie semble moins longue qu’un inspir… La vivre à très petites goulées.
Le rayonnement d’Erlina. Isabelle, la bibliothécaire de Clermont de l’Oise, dit que lorsqu’elle rentre dans la bibliothèque tous ressentent l’effet d’un périmètre de lumière. Isabelle veut qu’Erlina et moi animions un stage de kamishi… (j’ai oublié, depuis je me suis renseignée sur le kamishibaï).
Le matin je m’étais perdue sur les routes de l’Oise sous la pluie torrentielle. Le libraire de Liancourt, monsieur L. m’avait impressionnée. Il voulait un « Haïku sur le coup » mais ce n’est qu’après, en passant dans un sous-bois près de Verderonne :
Liancourt en janvier
sortant de chez le libraire
chatons allumés
J’ai été impressionnée par cette faible mais saisissante première lumière qui annonce le début d’autre chose. Je crois que la Chandeleur approche.
Chaque rencontre en ce moment est un événement. Ce matin c’était Monsieur L, j’ai vu une lueur chez lui et la vraie timidité de ceux qui aiment les livres. Le détour par Liancourt valait infiniment la peine. Puis j’ai rencontré Isabelle, bibliothécaire pro, toujours dedans, même que c’en est trop, dit-elle. Pourtant combien elle est nécessaire, indispensable ! Ces contacts d’aujourd’hui (remercier Erlina pour son repas) étaient impensables au téléphone. Il y a un moment où plonger dans les yeux devient essentiel. C’est là exactement que le temps s’arrête et se dilate : dans les yeux de l’autre. C’était beaucoup pour une journée : le libraire, la bibliothécaire, Erlina revue belle comme jamais. Mais aussi Jean Nicolas, voisin de Jean-Claude à la maison de convalescence. Il était couché tout habillé sur son lit, maigre et barbu. Quelque chose dans les yeux des gens en ce moment est devenu plus intense. Comme si les regards me touchaient très au fond. Et j’avais l’impression d’avoir connu cet homme qui se reposait là, avec ses revues d’Histoire et ses programmations magico-ésotériques pour gagner au loto. (Au Scrabble, dit Jean-Claude, il passe une heure à chercher le mot le plus long…)
J’ai revu Anna ! Encore bien maigre de sa grossesse récente. Elle me montre l’écographie où le bébé se asoma en saluant comme pour dire bonjour. Elle va quitter Beauvais aussi, comme Claire, comme Roger… Les gens pleins de vie partent. Raison de plus pour rester. Cette journée que je viens de passer ressemble à une rivière d’or.
isabel Asúnsolo, février 2009
Je suis dans le métro, j’écris au dos de Haïkus. En face de moi, un Japonais me scrute, pas longtemps, il descend. Cette journée d’octobre, ce soleil, j’aurais aimé en profiter mais non. Je rentre, ligne 4, Gare du Nord, en Picardie. Le train de 16h19.
J’aurais pu rendre visite à la grand-mère dans sa maison de retraite.
Après tout, je suis libre. Mais non.
Avec Isabelle ma collègue nous nous sommes partagé le boulot, c’est son premier jour à l’assaut des libraires… Moi j’avais rendez-vous dans un cinéma près du Luxembourg pour l’avant-première de « Ne me libérez pas, je m’en charge », long métrage documentaire de Fabienne Godet sur Michel Vaujour, l’évadé multirécidiviste. Les prisonniers, la prison, encore. Hubert Grall était déjà là, une chance qu’il soit à Paris : pour un ex-taulard, Michel Vaujour c’est un peu Sœur Emmanuelle. Nous sommes accueillis par Marie-Capucine de la boîtedeprod…
Le film commence par un très gros et long plan des yeux bleus de Michel. Tellement serré entre des bandes noires que je pense à mon atelier de mardi dernier, à l’exercice proposé : la contrainte du prisonnier. Ecrire avec des lettres basses seulement. Commencer par les verves je leur dit. Verbes je veux dire ! Puis continuez par les parties du corps (il y en a plein, tout ce qui peut se faufiler entre des barreaux, sans hampes ni jambages : seins, reins, cerveau, cœur, cuisses, veines, cou, mains, neurones, sexe…). Les iris de Vaujour. Dans les yeux penchés, mi-clos, fermés, un paysage qui alterne avec des paysages défilant à toute vitesse, des champs givrés filmés du train comme en Picardie. Gare du Nord, c’est la prochaine…
J’aimerais revoir le film, quand il parle des oiseaux qu’il élevait, jeune. Je pense aux deux femmes qu’il a réussi à convaincre de tenter de le libérer - alors que ses potes (sauf Gilles…) l’avaient laissé tomber. Jamila est arrivée dans sa vie, a écopé de 7 ans à cause de l’évasion ratée. Et leur amour tient.
J’attends à la sortie de pouvoir lui parler. A l’écran il dit ne jamais pleurer alors que la caméra filme lentement une goutte qui tombe sur sa joue. J’ai beaucoup aimé sa mère, très vieille et énergique. Elle n’est pas allée beaucoup le voir en prison. Et son père, pas du tout. Mais sa sœur, en revanche, oui. (La violence de volcan de la sœur est magnifique, la caméra se garde de la filmer trop… comme si elle en avait peur). En attendant de pouvoir parler à Michel, je demande à Hubert de lui dédicacer son livre J’ai tutoyé des assassins. Pendant ce temps, je serre la main d’une grande femme aux yeux bleus, bonjour Florence (Aubenas, je l’ai reconnue, même si je n’ai pas la télé) qui parle avec le producteur du film qui me glisse : « Il y a un autre éditeur, 12000 exemplaires son dernier livre, beaucoup de pub » Je m’en doutais ! Je m’étonne même d’être là, qu’ils m’aient fait venir. Qu’importe.
Enfin, Michel. Sa main qui me serre très fort, les yeux dans les miens. Hubert lui offre son livre et moi je lui demande s’il connaît les Haïkus… Ces petits poème si courts et denses : oui, il connaît. Je lui offre un exemplaire du Bleu du martin-pêcheur. Ah, des oiseaux ! Exactement ce qu’il aime… Rien que pour moi il imite les mésanges qu’il appelait de sa cellule. Ce chant irrésistible. Ses onomatopées m’avaient déjà frappée pendant le film… Avec ses sons-là, avec ce chant-là (les oiseaux mais aussi les verrous les chaînes les coups) je comprends que des femmes aient tout risqué pour lui.
Je lui dis que ce que j’ai aimé le plus est dans la lettre qu’il avait écrite à Fabienne avant de réaliser le film : mon vrai combat… le moment présent… car la vraie prison… La vraie prison — il cogne ma tête comme on frappe à une porte : la vrai prison est là. Je lui dis Je sais.
Le train défile, très belles scènes de Michel avec, dans le reflet de la vitre, des images de son passé. Les yeux qu’il lève au ciel quand il entend une lourde condamnation, il est jeune et beau. J’ai un projet depuis toujours avec un prisonnier et un oiseau. Ce poème espagnol anonyme du XVIème siècle, le seul que je connaisse par cœur m’inspire. L’oiseau apporte les images de l’extérieur au prisonnier, il est tout pour lui jusqu’à la fin terrible. Que por mayo era por mayo, cuando hace la calor…
Je pense que le haïku est une fenêtre sur la vie, exactement comme l’oiseau pour le prisonnier.
Dans le film aussi : scènes émouvantes dans un marais où l’ex prisonnier et un ami guettent au lever du jour. Passe un très beau renard et j’ai peur que le film bascule. Heureusement : non. L’homme n’est pas devenu un prédateur pour l’animal. Le passage du renard apaise, c’est le chaînant manquant de l’innocence.
Je ne suis pas allée voir la grand mère…
Dans sa maison de retraite, elle est prisonnière à sa façon. Michel disait que les cadeaux de l’extérieur lui crevaient le cœur : À la bouffe faite maison surtout, avec son ingrédient si spécial d’amour, il préférait rien du tout. Pour ne pas s’arracher à sa concentration.
Et moi, j’ai préféré écrire tout de suite et je ne suis pas allée voir la recluse.
Rentrer vite pour écrire dans le train qui défile comme à l’écran, la belle excuse.
Chaque participant à mon atelier de mardi devait dire ce qu’écrire est pour lui.
Ecrire est une libération.
isabel Asúnsolo, novembre 2008
La journée de la petite éditrice
Je reprends mes mails, reçus et envoyés dans cette journée du 2 octobre 2008 : ils racontent mieux que tout mes activités de la journée.
Aujourd’hui, j’ai commencé par répondre à un de nos auteurs de haïkus que oui, nous serions heureux s’il nous achetait une dizaine d’exemplaires de son livre à moitié tarif… L’époque de la rentrée littéraire étant rude pour attaquer les libraires, une petite commande est un soleil. J’ai l’air de mendier un peu je m’en fous, je vais écrire un article sur la petite édition « solidaire, écologique et équitable » qui m’aidera à préparer ma conférence de vendredi prochain…
J’ai répondu à plusieurs auteurs qui m’ont envoyé leurs textes sur l’enfance pour l’anthologie. J’ai proposé une suggestion à l’un d’entre eux (Gérard Dumon) puis j’ai revu tous les textes du futur livre qui ne devra en compter que 88 : les préférés qui le sont toujours, les préférés nouveaux, ceux qui viennent juste d’arriver, heureusement la date limite est tombée. A midi, Eric m’a appelée pour revoir ensemble les derniers arrivages.
Avant cela, j’avais appelé Georges Cathalo, critique de poésie qui publie des chroniques dans la revue Retro-viseur pour le remercier de son papier sur Poèmes au Tournesol de Jean-Claude. Il a aimé les textes, me demande si la petite maison d’édition va bien ; il se souvient très bien de Je marche seule que je lui avais envoyé en 2005, conseillée par Yves Heurté… Je lui ai demandé s’il voulait nous donner les six titres d’incontournables de l’année pour notre liste bibliographique destinée aux bibliothèques pour notre projet de Maison Nomade en Picardie avec Jean Foucault… Il va le faire.
A 11h30, j’avais rendez-vous téléphonique avec le poète Fernando Menendez de Gijon (Asturies) qui me propose de faire un ouvrage à la main illustré par lui avec quatre poètes espagnols et quatre français. Tirage : un exemplaire pour chaque participant ! Je suis surprise par la voie rocailleuse et le fait qu’il va droit au but comme si on se connaissait depuis toujours… Que l’Espagne me paraît loin !
Appelé aussi ce matin Hubert Grall, notre auteur ex-taulard pour lui proposer de venir à Beauvais dédicacer J’ai tutoyé des assassins... Justement notre libraire Colette Beskid n’a personne en dédicace le 25 octobre or voilà qu’Hubert monte à Paris voir sa copine (merci Meetic) et… que la prison de Varces où il fut détenu est d’actualité cette semaine. Du coup, je joins Stéphane Cugnier de l’Oise Hebdo pour lui proposer de faire un article sur Hubert et sa nouvelle vie : depuis la sortie de son livre chez nous, il a retrouvé une de ses filles avec qui il ne se parlait plus mais surtout, il en a découvert une nouvelle qu’il ne pensait pas avoir ! En plus, Sarah a un enfant. Hubert se découvre grand-père aussi… Sarah, coïncidence ? anime des ateliers d’écriture en prison. Elle a écrit un livre sur la recherche de son père, le Grall… en quête d’éditeur (le livre, pas le père).
Pendant ce temps Isabelle, notre chargée de diffusion depuis la rentrée, continuait d’appeler les bibliothèques avec sa belle voix et sa bonne humeur inébranlable. Je l’admire ! Les grandes bibliothèques nous ignorent, alors les petites devraient être contentes que nous allions vers elles, prêts à animer des ateliers en plus, non ? Mais il faut du temps, ai-je dit à Isabelle. Tu fais tout bien, personne ne pourrait faire mieux que toi, que nous.
Nous avons eu toutes les deux un rayon de soleil magnifique pour boire le café après notre partage de repas sarrazin-maquereaux et dessert (merci Pierre).
Le matin j’avais eu aussi au téléphone un auteur dont j’avais refusé le manuscrit : Carnets d’un promeneur pas du tout solitaire de Guy Courrège, un genre de haïbun, des haïkus et de la prose. Il a bien aimé ma lettre manuscrite (alors que d’habitude c’est la lettre type dactylo…) : il habite Saint Etienne et viendrait bien au Festival en juin alors je lui ai envoyé toutes les informations par mail… Il dit ne pas être pressé, qu’il pourra récrire ses textes l’an prochain quand il sera à la retraite. Un autre auteur bientôt à la retraite (Monique Mérabet) m’explique dans son mail qu’elle a fait grève aujourd’hui parce que la nouvelle loi va diminuer leur prime annuelle réunionnaise… de 10000 elle passe à 8000 euros.
J’ai aussi appelé les libraires qui n’ont pas payé leurs factures de début de l’année. Des factures à 7,5 euros qu’il faut qu’ils payent ! Impression d’une nouvelle facture, envoi de fax, envois de mails. Les libraires aujourd’hui étaient sympas, on a demandé à Fabrice de Terra Nova de Toulouse de prendre des livres en rayon pour se faire pardonner… On verra bien.
Je reçois les tentatives de logos pour la revue Gong. Plutôt que de dire que je n’aime pas du tout les logos faits à l’ordinateur par les autres… (j’ai la critique facile) je m’attelle à un logo au pinceau et à l’encre. Je passe un bon moment à faire des cercles vibrants devant Isabelle qui a préparé le thé… Il faudra absolument qu’on achète du vrai thé, oui Isabelle ! Le matin, je l’avais prise en photo en train de travailler, plusieurs tentatives inutiles : elle est belle tout le temps.
Ensemble, nous pensons à l’ordre du jour de la réunion de la Commission Economie du livres à Amiens demain (elle ira seule) en lui proposant d’inclure : « Les difficultés rencontrées par un petit éditeur professionnel pour rentrer dans les médiathèques de la région ». Je lui dis que sa jeunesse et sa naïveté tombent bien.
Ce soir, coup de fil de Cécile Lemire qui organise Lire en fête dans sa médiathèque de Margny les Compiègne. Nous y allons tout le week-end. J’ai dit du mal des médiathèques ? Je retire-rature tout de suite, en voilà une qui s’intéresse à ce que nous faisons ! Elle me dit - merveille pour finir la journée -qu’elle a adoré les nouvelles d’Eric Gilberh et veut savoir quand lira-t-on ses romans… Tout de suite après, j’appelle Eric pour lui raconter, trop contente pour lui. Il me parle de son travail chez Virgin, gros libraire qui a pris le parti de ne pas référencer les petits éditeurs. Il voit enfin la face terrible du métier : le flot de Mussy-Lévo qui rentrent, les bons livre qui repartent, la valse des représentants…
J’oubliais. Aujourd’hui j’ai offerts des livres. Pas des livres publiés par L’iroli, ça jamais, de petits livres écrits par moi que j’achète à l’éditeur et que j’aide à fabriquer. J’oubliais aussi : ce matin j’ai écrit un poème, dédié à Jesus Munarriz, poète et éditeur espagnol pour réagir à l’envoi de son livre « Solo amor ».
Et j’oubliais mais est-ce bien grave : aujourd’hui il y a eu zéro commandes.
Mais la rousse Hong-Ji a pondu son premier œuf !
Récemment, un journaliste du célèbre quotidien El Pais, s’est intéressé aux activités de notre éditrice de Plouy Saint-Lucien. L’occasion pour elle de communiquer en espagnol autour de son métier et de ses choix. Une interview que nous traduisons en exclusivité ici.
Quatre ans bientôt d’activité dans le métier d’éditeur, quel est le bilan ?
Eh bien je suis contente, dix-sept livres ont été publiés dont un en espagnol. Il y a des projets pour l’avenir. La nouvelle m’intéresse toujours même si elle ne se vend pas bien (il faudrait vraiment lui trouver un autre nom, inspiré de l’espagnol ou de l’anglais pourquoi pas). Nous n’en publions pas plus d’un recueil par an… Nous aimerions recevoir plus des textes de femmes. Je suis difficile, je ne publie un livre que si l’enthousiasme est total. A la moindre hésitation, je dis non. Le pire, c’est que je change d’avis : un texte qui me paraissait acceptable il y a six mois peut me sembler léger aujourd’hui... Ce qui m’attire en ce moment : le Haïku, par sa prise directe sur la vie. La vie passe son temps à nous faire signe et sens, le haïkiste attrape cela, crée cela… Mais il y a aussi un genre qui m’intéresse : le haïbun, entre haïku et prose. J’ai des projets dans ce sens. Sinon, L’iroli vend 2000 livres par an. Ce n’est pas beaucoup, ce n’est pas rien non plus.
Et votre objectif serait…
Nous avons une employée (Isabelle Hasenmeyer) à mi-temps pour la partie la plus difficile, la partie commerciale. Elle se charge de la diffusion, des appels aux libraires… Pour le choix des textes et la réalisation des livres, je travaille avec Eric Hellal, mon compagnon haïkiste et emploie parfois des maquettistes. L’objectif serait deux pleins temps rémunérés dont le mien que je ne paye pas pour l’instant. Pas davantage cependant car je ne veux pas crouler sous le travail. Je suis éditrice mais je veux du temps aussi pour moi. Ecrire m’est nécessaire ! Certaines personnes pensent qu’un éditeur est un auteur frustré. Souvent il est plus que ça. Dans mon cas, si je ne prends pas du temps pour écrire, je craque.
Ça ne doit pas être toujours facile, la relation avec les auteurs…
Les auteurs ne comprennent pas que l’on refuse de faire un deuxième livre. Tout va bien du moment qu’on aime leurs textes. Mais si on critique quelque chose, ils le prennent mal. Je comprends un peu. Mais il faut laisser de la place aux autres ! De toute façon j’aime de plus en plus l’idée de livres à plusieurs voix. Mon blog, mon livre on n’entend que ça. Et puis les anthologies se vendent, alors !...
Vous avez peur de la fin du livre papier ?
Non, pas vraiment. Je crois que nous allons publier de plus en plus des textes qui ont besoin de l’objet livre : textes illustrés, haïkus où l’on fait jouer la double page… On va réfléchir dans ce sens. Je pense que la tendance serait de se concentrer sur les livres qui ont un sens comme objet à ouvrir, à toucher. D’autre part, nous développons les rencontres avec le public dans notre région. Internet nous sert de vivier pour connaître nos auteurs et faire connaître ce que nous faisons, mais le contact avec les lecteurs autour de l’objet livre compte de plus en plus.
Quels sont vos thèmes préférés ?
Il y en a plein. C’est vrai qu’un fil conducteur est nécessaire. N’importe quel thème vu sous un nouvel angle, la famille, le travail m’intéressent. L’enfance aussi car c’est un thème grave et difficile.
Justement, vous travaillez sur une anthologie de haïkus sur l’enfance.
Oui. Et c’est plus difficile que prévu. Je ne recherche pas la nostalgie de l’adulte mais bel et bien la capture de l’enfance que l’on a sous les yeux - quand on a cette chance. Pas seulement les mots et les gestes de l’enfant ; ça peut être l’enfance que l’adulte a en lui-même… Vous savez, ce truc qui fait que seul le présent compte. Et qui est propre aux enfants et aux animaux.
Songez-vous à publier des livres pour la Jeunesse…
J’aimerais. Mais c’est encore plus difficile car ce public est plus dur que le public adulte. L’histoire doit être vraiment bonne (appelez-la « nouvelle », « conte » ou ce que vous voudrez !…). L’auteur ne doit pas se faire plaisir à lui-même en l’écrivant. Il doit encore plus se mettre à la place de son lecteur. Je me révolte contre la mièvrerie, l’enfant n’aime pas du tout ça. Il me faut des textes vigoureux. Je ne vois pas pourquoi on emploierait un ton particulier pour les enfants ! Nous avons déjà quelque chose en préparation pour l’automne 2000 neuf.
© isabel Asúnsolo, septembre 2008
Le plaisir de l'éditrice du livre de haïkus
Cet article est paru dans la revue 575 numéro 1 (printemps 2008)
Le plaisir de l’éditrice de Haïkus est la découverte d’une voix qui semble nouvelle, puis le choix des textes. Je souhaite un grand nombre de textes au départ, pour pouvoir élaguer exactement comme on taille après l’hiver. Il y a beaucoup de choses communes entre l’éditeur et le jardinier… Si l’auteur souhaite faire un livre sans changer une virgule au manuscrit de départ, il vaut mieux qu’il ait recours à l’autoédition (papier ou blog). Un éditeur n’est pas imprimeur. Il investit son temps (et son argent) dans des textes, il a le droit d’être exigeant. Cette exigence est un dialogue respectueux de l’éditeur avec l’auteur qui apporte autant à l’un qu’à l’autre — surtout à moi qui suis en train d’apprendre… C’est une Co-création.
Il faut du temps pour faire un livre. Pour relire les textes, laisser de côté, revenir, contrôler son impatience et celle des auteurs. Le regard va changer mais il y aura un mûrissement. Combien de temps prévoir ? Plutôt un an que six mois. Lorsqu’un auteur veut faire vite, je peux parier, avant même de les voir, que les textes ne me plairont pas trop ! Un bon Haïkiste n’est pas quelqu’un de pressé. Et quand un livre ne se fait finalement pas, la plupart du temps je suis… soulagée.
Est-ce que ça arrive souvent qu’un éditeur / éditrice change d’avis ? Oui. On expérimente, le choix des textes évolue parce que le regard change, parce que j’ai lu des choses entre temps… Je ne fais pas confiance à ce qui me plaît d’emblée ni à ce que je n’aime pas tout de suite. Je voudrais être intriguée longtemps (!).
Pour rendre les choses plus intéressantes nous avons décidé de publier, en plus d’anthologies thématiques avec 88 textes de 88 auteurs, des livres à deux voix. On prend moins de textes, ils seront meilleurs. Aussi, ils vont (les textes) se frotter entre eux, il y aura du relief. Même entre les textes du même auteur on peut espérer voir quelque chose de nouveau. C’est le dialogue qui s’instaure avec le lecteur… Idée un peu idéaliste aussi ! (*note1). Je trouve très intéressant le renku de Jean Dorval et Micheline Beaudry (Blanche mémoire, aux Editions David). Le lecteur assiste au dialogue tout en inventant de toutes pièces des liens entre les deux voix. Il re-crée quelque chose à partir de ce qu’il ignore et imagine. Il y a un peu cet équilibre :
AUTEUR


EDITEUR
LECTEUR
Dans le travail de fabrication du livre, la mise en page est un art difficile à maîtriser. L’idéal semble être un seul texte par page. De l’espace donc, mais pas trop de régularité. Pour Le Bleu du martin-pêcheur, il y a un seul texte par double page : à droite l’original, à gauche les traductions (espagnol-anglais). Il faut jouer avec la double page — qui est le grand atout du livre papier — comme d’une composition. Fuir la rigidité et la symétrie. Pour Le Bleu, le texte à droite est toujours à la même place, mais à gauche, ça se promène au fil des pages, ça bouge quand on feuillette. Nous avons tenu compte de la signification des textes pour placer les traductions... Très difficile, en revanche le choix de la police car aucune n’est satisfaisante ! Seule l’écriture à la main pourrait convenir. Quant aux illustrations, il faut très peu de chose, quelques lignes entre figuratif et abstrait. Pas de fignolé ni « joli » : à l’encontre de l’esprit Haïku. Car le Haïku n’est pas un jeu esthétique. Quant aux finitions, elles sont importantes : les rabats qui donnent au livre sa tenue, le format, petit pour être transporté mais pas trop pour qu’il ne se perde pas dans les rayons, les coutures des cahiers qui permettent de bien ouvrir le livre. Autant de points avec lesquels jouer et progresser. Je voudrais faire des livres de Haïkus que l’on emporte et que l’on garde quand on fait le vide… et que l’on a plaisir à offrir pour faire découvrir le Haïku !
Mais le métier d’éditeur ce n’est pas seulement la sélection des textes et la fabrication du livre. C’est aussi autre chose de plus difficile et âpre : la diffusion du livre pour le vendre. Nous défendons le livre papier et la petite librairie qui sait créer de vraies rencontres entre les gens et les livres… Patiemment, nous (avec Eric Hellal et Claire Boissy) sommes en train de constituer un réseau de libraires indépendants ouverts au Haïku et aux petits éditeurs. Nous voulons travailler avec eux dans la mesure du possible, dans la mesure où ils résisteront ! Tout comme l’éditeur et l’auteur, le libraire doit s’investir pour un livre qu’il aime ; nous ne pratiquons donc plus le dépôt mais la vente ferme, sans retour.
Mais revenons au plaisir premier : le choix des textes, la Co-création... Internet, les listes, forums et bien sûr l’édition électronique et les sites spécialisés offrent un vaste vivier de textes et d’auteurs dans lesquels l’Editeur peut puiser. Un atout immense qui est complémentaire de l’édition papier… Il arrive aussi d’assister à la naissance des textes, à leur recréation, presque in vivo. Ce travail de veille que connaît si bien le patient jardinier de Haïkus.
dernier soleil
beaucoup de terre, un peu d’encre
entre les doigts
Livres de Haïkus publiés (www.editions-liroli.net) :
Figues, d’André Cayrel et i.a.,
Le Bleu du martin-pêcheur, anthologie trilingue,
Sur la pointe des pieds, Damien Gabriels et Paul de Maricourt.
En préparation : La volière vide, Thierry Cazals et Vincent Delfosse
Note 1 : Que diriez-vous d’un livre avec des textes de Dominique Chipot et de Jean Antonini ! .
© isabel Asúnsolo, 2008
Une petite sente dans le cerveau.
Mi-février. Période bénie où les nouvelles affluent pour le concours. Au point qu’on rajoute une semaine de délai pour le plaisir. Des histoires venues de partout remplissent la boîte aux lettres, le rêve de l’éditrice (parfois je me demande si elle ne fait pas ce métier pour recevoir des histoires par La Poste…). Dehors, le débat publication numérique vs édition papier fait rage. Les défenseurs de la première parlent d’idées libres en circulation libre grâce à la si merveilleuse et généreuse Toile. Les deuxièmes, les éditeurs papier dont fait partie servidora, parlent encore du plaisir du livre bien fait et de droits d’auteur. Ne trouvez-vous pas que le fait d’investir de l’argent dans un livre d’auteur donne une légitimité à celui-ci ? Ne trouvez-vous pas que le jour où tout sera libre et gratuit (mon œil !) la créativité descendra d’un cran ? Vous connaissez la musique… Je suis désolée de vous dire, amis du net, qu’il y a des gens qui écrivent tout le temps et attendent bien en vivre, ne serait-ce qu’un peu ! C’est même la différence avec les auteurs du dimanche. Bien joli de dire : idées et textes circulez, y a qu’à imprimer chez soi ! Du free en libre distribution, en somme. Accessible. Et non, ce n’est pas pareil : Le livre papier existe encore.
Que de questions de l’époque passionnante que nous vivons… On me demande de mettre Paypal sur notre site, pour les ventes directes. Au lieu de quoi je passe des journées en coups de fils avec les libraires qui voudraient de nous, qui viendraient même à nous (?) : les vrais libraires, les indépendants. Que d’énergie dépensée me direz-vous. Il vaudrait mieux s’en remettre à Internet qui reconnaîtra les siens. Pourquoi perdre du temps à rechercher de petits libraires qui achèteront trois livres par ci, trois livres par là ? Parce que nous y croyons… Parce que ce sont eux qui font vivre quartiers et villages, eux qui mettent en place d’authentiques rencontres autour du livre. Ce qu’Internet ne fait pas.
A propos de rencontres, je rentre de Madrid où eut lieu la présentation de Diálogos con una montañera feliz, version castillane de Je marche seule. Ça se passait à l’Ateneo, haut lieu des Lettres hispaniques. On m’avait prédit qu’il n’y aurait pas de questions, tu sais, on ne pose pas beaucoup de questions en Espagne… Dans ces cercles érudits, les auteurs sont perçus comme sacrés, ils lisent souvent la présentation à la virgule près, d’une voix morne. Là c’était tout le contraire ; j’avais aidé Paquita à répéter d’après ses fiches et ça a donné cette chose formidable : l’impression d’une totale spontanéité. Le public — salle archi-comble, une soixantaine de personnes dont une partie debout — sortait du fin fond de l’existence de notre auteure : anciennes connaissances, anciens collègues, voisins d’immeuble… Soudain, des cheveux blancs ont levé une main : j’étais votre élève. En 1969. Je me souviendrai toujours, vous disiez que pour apprendre il faut visualiser une petite sente dans le cerveau… Exactement ce que fait Paquita dans les sentiers en voie de disparition de l’Espagne envahie par les 4x4 et les pistes. Elle les visualise avant d’y mettre le pied.
Comme fait la petite Éditrice dans le difficile monde de l’Édition !
© isabel Asúnsolo, février 2008
« Tu es devenue très bisenesse »
Alors c’est vrai ? Cinq livres vendus par jour en 2007 ? Eh oui. Avec des problèmes de diffusion la moitié de l’année et les retours inclus, ces terribles retours qui, sachez-le, éditeurs débutants, plombent le métier. Vous imaginez-vous en train de rendre, même pas périmés, des yaourts achetés au supermarché ? Et repartir avec vos euros ? Eh bien pour les livres, sachez qu’il arrive que les libraires achètent et puis retournent. Il faut alors faire un avoir : l’argent rentré ressort aussi sec et les projets, les embauches, les investissements en cours en prennent un coup. Drôle de logique commerciale (si peu sage, si peu monotone…) où même une vente ferme n’est pas acquise. Nous ne faisons plus de dépôts, ingérables pour tout le monde ; nous pratiquons la vente ferme avec les libraires ouverts aux petits éditeurs… Oui ça existe.
Allons bon. Tu fais ce métier pour de l’argent ? TOI ? Pas juste pour le plaisir de faire des livres ? par amour pour les auteurs ? Nous pensions que cela t’amusait follement (lire la revue Panorama Chrétien de Beauvais, de mai dernier), que ça t’occupait ! Décidemment tu es devenue très bisenesse. Tu as changé… (On me regarde du coin de l’œil, je ne cille pas). Apprenez-le une fois pour toutes : dans ce métier il s’agit de vendre des livres. L’iroli est une entreprise à but lucratif. Et je ne suis pas une travailleuse bénévole même si pour le moment…
L’autre jour quelqu’un m’a dit (la même semaine, comme quoi) : il n’y a pas que le commerce dans la vie, isabel. C’était à une réunion sur l’économie du livre. Et bien qu’encore un peu endormie je ne rêvais pas.
Cinq livres par jour en 2007, j’en suis fière mon frère ! Mille six-cents et des poussières ! Dans un marché qui ne croît pas… et auquel on ne croit pas beaucoup. Alors là...
Toujours la même semaine, première de janvier, on me demande d’écrire un article sur ma « passion ». Je dis bon. Mais on ajoute vite : Et pas de logique commerciale, hé ?!... Je vous le dis une fois pour toutes au cas où vous auriez des doutes : la logique commerciale (et la logique financière) ne-sont-pas-incompatibles avec le livre bien fait. C’est l’un dans l’autre. Et même que l’un aide l’autre. C’est parce que je veux vendre que je me débrouille pour faire parler du livre. Cela tombe bien : l’auteur a besoin d’être lu. Et pour le défendre il faut que j’y croie... Titre et couverture inclus ! Et c’est parce que j’y crois et que j’aime ce que je publie que je choisis le bon papier, les rabats, les coutures… sans exagérer : le fond est tout de même plus important que la forme, le contenu que le contenant. Je ne suis pas une richissime éditrice blanchisseuse d’argent ! Voilà pourquoi aussi je suis exigeante (et ch…) et même que je change, hé oui, je change d’avis car j’ai le droit et le devoir de changer. Mais j’aime ce métier et je me laisserais arracher toutes les pattes plutôt que d’arrêter.
L’éditeur n’est pas un imprimeur. Si vous voulez votre recueil à la virgule près : faites-le de grâce à compte d’auteur… Ou photocopiez-le dans votre quartier avec une petite queue de cochon. Pour offrir à vos amis et tout le monde sera content. On m’a appelée paternaliste, man ! Parce que je demande à voir. Le droit de regard de l’éditeur ce n’est pas de la censure, que je te dis, c’est du dialogue ! Je veux du texte bien écrit, on m’a appelée tatillonne. Et je ne supporte plus qu’on m’envoie des rimes c… (coeur/bonheur/douceur) : ça réveille mes instincts sadiques. Et même que… Je me demande… Si je ne vais pas aller à l’essentiel. L’essentiel n’est pas du jeu mais du vrai. Suivez mon regard… Des textes pour les enfants ? Et pas seulement parce que ça se vend. Parce que c’est du sérieux. Et si vous ne me croyez pas, regardez-les donc jouer, les enfants… et participez à notre anthologie Haïku à paraître début deux mille neuf.
Et je vous annonce qu’en 2010 L’iroli lance une collection jeunesse.
Tu es devenue très bisenesse, qu’on m’a dit. Et j’ai pensé à la définition de « negocio » (business en espagnol). Negación del ocio = négation du temps libre. Et alors je dis oui, je suis devenue très business car je n’ai plus le temps, le seul vrai temps qui compte : le temps pour écrire.
… Et Bonne Année 2008 !
© isabel Asúnsolo, janvier 2008
Il faut que je vous donne des nouvelles des Editions L’iroli. Voici des nouvelles de la mare de Plouy Saint-Lucien, siège des éditions et source d’inspiration de servidora ... Les roseaux ont beaucoup grandi, des employés des espaces verts sont venus avec un treuil en enlever une partie : ils mettaient en péril l’habitat des canards, tortues et poissons. Tâche difficile car il a fallu arracher leurs pieds sous l’eau. Il sont en fleur, les roseaux, leurs inflorescences pluchent toutes dans le même sens, toutes vers le sud. Le mâle et la femelle canard colverts sont de plus en plus gros. Au début ils ne mangeaient pas de pain, ils ne semblaient pas le connaître. Aujourd’hui ils l’acceptent mais sont de plus en plus affamés. Cela met Michelle, bouquiniste et amie, hors d’elle : il ne faut pas leur donner du pain, ils ne le digèrent pas, et c’est antiécologique ! Entre temps, un autre canard est arrivé. Sauvage ? Bagué. On l’a bien regardé changer de couleur avec l’automne puis il a disparu, un beau jour. Maintenant je suis sûre de son nom : Canard pilet (Anas acuta) Les colverts immenses disputent la pitance à la seule poule d’eau qui reste de la portée du printemps. La cane est la plus rapide. La poule d’eau, minuscule, ne fait pas le poids et laisse tomber sa proie. Mais tout à l’heure, la poulette a réussi a s’échapper dans les roseaux avec son bout de biscuit… Les deux canards continuaient à la courser alors qu’elle n’avait plus rien dans le bec. Début novembre, la mare était gelée ; elle brillait au petit matin sous la lune… J’entends d’ici la cane qui ricane.
Hier, c’était mon atelier d’écriture du lundi. Femmes en voie d’insertion. Lettres administratives, lettres de rupture, lettres de réconciliation, lettre pour aider quelqu’un dans la détresse. Fausses biographies. Racontez une histoire qui vous est vraiment arrivée et une autre qui ne vous est pas arrivée, d’abord à l’écrit puis à l’oral ; qu’on ne sache pas laquelle est laquelle. Barbara raconte si bien que l’on pleure de rire et de peur et on ne trouve jamais laquelle des histoires est fausse. On les croit toutes les deux vraies et d’ailleurs elles le sont : vraies. Corine écrit des histoires incroyables, sans orthographe ni syntaxe mais avec un rythme hallucinant. Vous voyez que ça aide de savoir écrire, sans compter le plaisir d’inventer… Nous avons écrit des slams à deux, sur des thèmes qui leur tenaient à cœur. Toujours du terrible, pas de la fiction. Hommes qui quittent et battent. Nous avons bien ri aussi. Séverine va se marier pour la troisième fois mais elle se demande comment sera son homme une fois qu’ils vivront ensemble. Elle n’arrive pas à écrire une seule phrase tendre. Toutes ont élevé seules leurs gosses, elles n’ont que le revenu minimum d’insertion.
Mon dernier cours, je me demandais comment il allait finir… J’ai lu un passage d’Etty Hillesum (« Une vie bouleversée, Journal 1941-1943 »). Grand silence. Puis : là oui ça nous plaît, des histoires vraies, pendant la guerre. Ça on lirait bien.
En partant de Saint-André Farivilliers, le jour tombait. Je suis passée devant des éoliennes en cours d'érection. Immenses et belles dans la campagne picarde. Voilà les nouvelles.
© isabel Asúnsolo, novembre 2007
J’allais démarrer moteur morose, tout n’est pas au rose… fixe mais, en ce premier jour d’automne, il y a décidément trop de choses bonnes : le bruit des branches du bouleau pour que j’entende ses feuilles : exagérément, le soleil dans mon dos pendant que j’écris pour que j’écrive : chaleureusement, la silhouette penchée - avec ses deux petites mains et sa houppette : adorablement, de l’écureuil croisé ce matin, sur mon chemin. Et aussi…
Premier jour d’automne
dans la chatière la tête…
de la poule rousse !
Crânement ! Heureusement car la saison n’est pas à la poésie : baisse plus que significative des ventes, diminution plus qu’extrême des commandes, échanges plus que pénibles avec mon diffuseur qui me laisse entrevoir une possible rupture, report de projet annoncé avec un futur probable auteur qui planchait sur un éventuel « romanel » pour la fin de l’année et puis… brouillage mémorable avec mon auteur numéro une, auteur-membre-fétiche et fondateure ! Je ne publie pas ici sa lettre, évidemment, mais elle se résume ainsi : tu fais trop travailler tes auteurs, tu leur en demandes trop, et puis tu les mènes dans un sens puis du jour au lendemain tu les mènes dans l’autre et tu les épuises… Tout cela bien torché, les pieds comptés et tout ! Mais il ne fallait pas que tu le prennes au pied de la lettre ! (tu veux bien me rappeler dans quoi je travaille ? Carrément que je le prends au pied de la lettre). Un vrai de vrai de chagrin qui m’a ouvert les yeux... J’oubliais et j’arrête là le tableau noir de la rentrée : pas un seul bon manuscrit dans ma boîte aux lettres ! C’est peut-être ça le pire de tout. Encore que j’ai(e ?) décidé de n’envoyer que des lettres type. Finies les appréciations personnalisés. Quoi ? Elle n’aime pas ce que j’écris ! D’autres ont dit que c’était bien, cette éditrice n’y connaît rien. C’est bon. C’est fini.
Je suis donc retournée trois journées entières à mon vice préféré cultivé depuis ma tendre-et-maladive-enfance-grâce-à-Dieu-sans-ordinateur : lire au lit. Zola, Bukowsky, lettres de Colette à sa fille… et je reviens d’attaque. Ça me fait penser à une adorable histoire que je viens d’inventer et que je vous mets en bas, avec un dessin. Non, franchement (y a trop d’adverbes ici, ça ne va plus du tout ) vous avez compris que la rentrée littéraire me fout le cafard. Rentrer dans une librairie me produit à peu près le même effet que de rentrer dans un sex-shop. Et ça n’est pas nouveau. Ça vient de loin : j’ai toujours été timide avec les livres, j’ai besoin d’intimité... Les bibliothèques c’est limite limite (pourquoi qu’ils parlent tout bas ??)…
La petite éditrice savait que la troisième rentrée et la troisième année qui va avec serait difficile… Elle savait ! Parfois ça aide, d’être conscient. Mais la plupart du temps ça n’aide pas. La plupart du temps personne ne peut vous aider. Les gens ils veulent de votre enthousiasme alors vous êtes obligés d’en fabriquer. Allez, j’avoue que c’est difficile de reprendre goût au travail sans mes deux adorables stagiaires Mathilde et Alys. Pourquoi donc avoir un bureau nickel, dites-moi, à quoi ça sert ? Le fax n’envoie plus rien, le téléphone ne sonne plus, la voiture du facteur est moins jaune… Pour continuer ce vaste chantier il me faut de l’aide ! Malheureus… (!) je me suis prise trop tard pour chercher/trouver un€ apprenti(e) (vous voulez m’expliquer pour quoi word transforme la paranthèse/e/parenthèse en EUROS !!!) et je me retrouve seule. Avantage : c’est pratique pour lire au lit… ce n’est pas pratique du tout pour ma petite entreprise. Je vais donc avoir une vraie employée cet automne pour aller séduire les libraires : elle ouvrira les yeux, elle, bien grands face aux rayons pléthoriques. Elle assumera, elle assurera… Elle gérera, ELLE !
Mais revenons aux chiffres, car je vous connais… Vous allez dire que je m’épanche/panse et que je ne suis pas objective. Un long coup de fil téléphonique à un éditeur renommé de nouvelles (parfaite…aïe, adverbite aigüe, vous avez bien lu, word arrête de souligner n’importe quoi, tu n’es pas au courant que l’orthographe a changé !) m’a informée de ceci que je suis allée vérifier ensuite chez Google : en petite édition, 10% à peine des livres gagnent de l’argent et plus de 90% en perdent. Bonne nouvelle : L’iroli ce serait plutôt 80% et 20%. Vous avez bien lu : 4 livres sur cinq ont gagné de l’argent et dépassé le seuil de rentabilité (en 2006). L’iroli n’est pas une association, voilà pourquoi je veux vendre et je me démène et énerve et demande aux auteurs d’être actifs/à la hauteur ! Et un bon auteur avec un manuscrit excellent qui sonnerait à ta porte ?… mais qui serait un non-communiquant ? Je dis non, désolée. Il y en a d’autres, des éditeurs ! Je ne suis pas indépendante, moi, je vis des ventes et non des rentes ! J’ai besoin d’auteurs-actifs. (J’ai pas dit d’auteurs-lascifs) J’ai besoin de vous et je regrette amère(… !) de vous avoir appelés les Autres ! Que serais-je sans vous, hein !?
Allez, il y a de bonnes nouvelles : Diálogos con una montañera feliz de Françoise Jaussaud alias « Paquita » lance L’iroli à l’international. Psychologies Espagne lui consacrera deux doubles pages en novembre… Mais aurons-nous d’ici-là réussi le tour de force de la distribution dans ce pays où chaque provincia fonctionne comme au temps des petits règnes maures-taïfas ??
Merci l’auteure d’être si enthousiaste car de ton enthousiasme… j’en ai bien besoin, tu sais !
© isabel Asúnsolo, septembre 2007
SLAM DE MERS-LES-LIVRES
Ecrire avant que ça s’en aille,
écrire avant que ça s’efface…
Le « salon » de Mers-les-livres hier,
Les falaises et l’affiche,
les casetas ( ?), les enfants qui passent et s’arrêtent
devant les bonbons-appâts planqués entre les livres…
Ils s’en vont et reviennent, avec les mamans,
qui se penchent en avant.
Je vous lis un poème ? inspiré par mes enfants,
même qu’on peut les lire aux enfants.
Je me dis qu’il n’y a rien de meilleur que ça
L’ENFANT QUI ECOUTE
et qu’il faudrait faire ça
(peut-être ne faire que ça ?) :
des livres pour enfants, (et pour mamans)
des contes, des histoires magiques…
Peut-être même seulement ?…
Le barnum sous une pluie fine
dans la grosse cafetière en inox du café,
il faut rouler les bords des barnums très haut,
à trois sans faire de pliures,
c’est Hervé qui l’a dit, heureusement Xavier est grand.
Je me hisse et profite
pour regarder le logo de la Somme que j’ai sous le nez,
si beau avec ses enjambements de « m »
qui font comme des falaises reflétées dans la mer.
Merveille de caractères…
les livres l’iroliens prennent une table entière,
bien sûr ils sont un peu plus écartés que les autres,
bien sûr qu’on se pousse un peu.
Très vite des gens arrivent, le soleil aussi, il y a de la place,
de l’air,
pas comme une salle fermée,
Pas de piège, pas de précaution,
rien n’est fait cauteleusement :
je te lis si tu veux,
tu écoutes si tu veux,
ta main glisse sur la couverture un peu,
et même dessous et tu l’arrêtes,
les enfants écornent un peu,
c’est bien bon ! Tu feuillettes,
tu écoutes, je te parle.
Ou tu pars. Pas de peur.
A table, les auteurs parlent un peu des éditeurs,
je ferme un peu mes oreilles…
Ah les auteurs…
Faut-il qu’ils se défendent
Faut-il en plus qu’ils sachent se vendre ?
Quizás, quizás, quizás, (air de Tango)
Il y a Pierrick Bourgault et Isabelle Rossignol,
si belle Isabelle (que ferais-tu
si tu n’étais pas écrivaine,
peut-être éteindrais-tu des feux avec un gros casque brillant,
est-ce qu’il t’arrive parfois d’éteindre tes yeux ?…)
J’ai aimé ton livre les Petites morts
(ahhhhfff et si bien édité…)
et je regrette
de pas l’avoir acheté - le réflexe bête :
je suis là pour vendre et pas pour acheter,
la prochaine fois : je le ferai.
Fascinée par ton histoire amoureuse des insectes.
Je pensais que c’était vrai, si scientifique, si bien inventé…
(extrait : http://membres.lycos.fr/unroman/text/rossigno.htm)
Ah mais les auteurs perdent leurs droits, les auteurs il ne leur reste rien !
Ah les auteurs…
Faut-il qu’ils se défendent
Faut-il en plus qu’ils sachent se vendre ?
Quizás, quizás, quizás…
Un bon moment, vraiment bon
Quand on me dit vos livres sont BEAUX
Des moments vraiment bons
à parler de nos auteurs,
du futur livre d’Eric Gilberh
Merci Cécile de m’avoir donné des noms
d’auteurs de SF anglosaxons,
je ne connais pas Matheson,
bon courage pour ton DEA au Canada !
Merci merci mille fois Blandine pour avoir acheté TROIS livres…
Et ce gars torse nu tatoué (le cri de Munch…)
qui a lu D’amour et de vins nouveaux
debout pendant presque une heure
et qui n’avait pas d’argent pour acheter
et qui parle de ses trois enfants qu’il voit toutes les semaines
et à qui il veut donner « le goût des livres »
et qui s’en va après m’avoir offert une cannette.
Et madame Cozette… si belle Marylin…
(C’est peut-être vous, planquée à Mers les Bains ?),
si belle en blanc, depuis tout ce temps
qui avez lu D’amour…
et même que j’en suis là,
moi qui suis difficile eh bien je passe un bon moment.
Je lis une fois tout et je recommence,
je veux comprendre tous les mots et je les cherche…
c’est à cause du Scrabble.
Merci à deux lecteurs si différents :
Lui tatoué, elle tout en blanc
Elle le caniche, lui la cannette…
Eh Pierrick, souviens-toi
de la belle qui ne s’est pas laissé attraper :
à son balcon avec son débardeur turquoise
de la même couleur exactement que la céramique
du mur : elle se penchait, sortait, rentrait… te narguait
(sans le savoir ?… Comment savoir ?)
juste en face de toi.
Et même pas photo.
Et Loïc, alors qu’on range tout,
Toi scénariste et éditeur malin
- Aux Éditions Charrette -
qui veut me filer tableaux et tuyaux
pour que je calcule le point zéro
et les offsètes
à placer de suite,
que je comprenne vite :
et j’accède, enfin, au smic
avec ton T-shirt noir de bédéiste,
tu sais tu m’as un peu foutu les boules…
ça roule.
Et les vagues, Michelle, la falaise vue des vagues
très très loin de la côte parce que la marée est basse,
ces vagues si grises, la falaise jaune,
vues de dedans
Ton bonnet, tes grains d’beauté.
Se laisser rouler pour rire parce que je t’avais dit
Est-ce que tu as ton maillot de bain ?
parce que je savais que tu l’aurais
rouge, acheté à Abbeville, en chemin,
et que tu ne demandais que ça :
te baigner longtemps.
Parce que tu vois, il y a
définitivement
deux
genres de femmes
bouquinistes, éditrices, pompières
est-ce que cela est clair :
d’une part celles qui se baignent dans la mer
DèS qu’elles la voient et puis… toutes les autres.
Et même que nous, hein :
Nous on fait partie des meilleures.
Se laisser rouler et rire.
Longtemps, longtemps.
Et oublier tout.
© isabel Asúnsolo, août 2007
Rapport de stageS
J'avoue j'avoue, pas trop le temps d'écrire ces temps-ci. Mais pourquoi donc ! Alors que nous avons un diffuseur qui devrait me permettre de me concentrer en me délivrant des tâches ingrates (comme par exemple, rappeler les libraires-pirates qui nous disent avoir toujours le même nombre de livres en dépôt, rien vendu donc... ) Mais quelle idiote, il suffirait de ne pas donner le bon chiffre... Exemple : " Je vous ai laissé 11 exemplaires" ."Ah, eh bien il nous en reste (justement... tiens) ONZE". "Hé hé, répondrais-je alors, perfide, je vous en avais mis 13 ! Je vous envoie la facture ! (Raccrocher, vite). Enfin, vous l'aurez compris : le dépôt c'est finiiii ! Paraît que les libraires achètent ferme. Eh non, tous ne le font pas (et tous ne sont pas... comme plus haut, hein !).
Le problème d'avoir un diffuseur c'est que nous ne savons plus à quel libraire nous vouer. Tout est un peu flou. La seule chose de sûre c'est que les revenus n'augmentent pas. Quel métier, direz-vous et pourquoi donc rester en "Entreprise" alors qu'il y a tant de charges à payer et que finalement l'iroli est, autant qu'une entreprise solidaire une entreprise qui ressemble BEAUCOUP à une association avec des tas de gens CONTENTS d'aider ! Voilà ce que je me disais ce matin au réveil... Attention à ceux qui me sortiront la phrase célèbre : "Arrête d'étaler tes états d'âme" car je leur répondrai : Cette rubrique est faite pour ça ! Hago lo que me da la gana... J'ai le droit, dans ma petite entreprise (pas encore bénéficiaire) de m'exprimer ! Ce n'est pas que je voudrais gagner plus pour dépenser plus, non non... C'est que je voudrais CON-TI-NU-ER !!! Ah........
J'ai une bonne blague. Les petites entreprises sont parfois retorses, voire même truandeuses et madrées. Aussi déjouons-nous la vigilance de la senecefe (sncf est imprononçable, on dirait un éternuement) et surtout de La Poste, héhé. Bon, pour le transport de livres, il y a un moyen tout à fait périlleux et pas cher d'assurer la livraison dans une autre ville. On donne le colis à une personne sympa qui le déposera au destinataire à l'arrivée lequel aura été prévenu, etc. Le voyageur transporteur sympa gagne un livre avec l'opération. Cela s'appelle "®confie-colis". J'expliquais tout ceci à Mathilde, stagiaire numéro un dans l'ordre d'arrivée et elle me répondit, très sérieuse :" Mais la personne pourrait partir avec les livres !". Pourquoi faire ? lui répondis-je, distraite ? Et Mathilde, reine des Maquettes au royaume d'indesign, de rétorquer tout aussi sérieuse : Mais pour les vendre !" Juste ciel. Vive les stagiaires de 20 ans et les fous rires : Merci Mathilde et Alys j'ai cru tout ce temps que j'avais... 19 ans ! QUOI, les vendre ??? Mais innocente, viens que je t'explique... vendre des livres c'est quelque chose de presque imposs... !
Y en a eu d'autres, des fous rires, qui m'ont ramenée à l'âge où on croit encore aux contes... (sans le m !, sans le p !)!. Ah Alys, tu te souviens quand tu as appelé plusieurs fois le Conseil général de l'Oise pour avoir leur logo et que tu as demandé le Service "Consommation" ? Et quand nous sommes allées chercher les affiches chez l'imprimeur Doubitch... et que j'avais oublié son vrai nom? et la fois où... et puis... ? J'ai ri et j'ai eu mal au ventre comme on n'a JAMAIS PLUS mal au ventre PLUS TARD (ahhhhhrrrrggggghh, je sens que je vais me mettre à écrire comme Eric Gilberh dans Tordu, son prochain livre...) La liste des choses que vous avez faites : Logo Lirécrire, couverture de Cinq sens, couverture de Tordu, (voir ici !), demande de devis en français et en espagnol, réception de camionneurs, nouveau catalogue et pubs diverses à l'intention de nos amis les libraires, invitations, envoi de contrats, affichages dans les rues de Beauvais, dépôts légaux et moins légaux, mise en place d'expos, envois de services de presse, référencements sur Google Books, livraisons pour que Monsieur L'Auteur ("l'Auteur c'est l'Autre") ait ses bouquinets à temps pour son vernissage, brainstorming sur un coin de la table de la cuisine (avec encore de la confiture) du Plan Com de Tordu avec des axes dans tous les sens (Folie/mort/tendresse/humour) juste après des calculs féroces de pourcentages pour essayer de comprendre si être diffusé permet de gagner quelque chose... au point que vous avez compris que la patronne était la plus démente de tous, décidément folle (mais sympa...) Sans oublier les marches - eh Mathilde ! - vers Rieux à la recherche de haïkus dans le colza en fleur (c'était quoi déjà ?... Colza en fleur / deux papillons blancs / soudain un troisième...) sans oublier les réunions à la Culture du Conseil Régional... et quand nous avons vérifié un par un les 750 livres venus de Bulgarie... Sans oublier... que vous avez même VENDU, vendu oui, (oui !! si !!!) VRAIMENT des livres en tenant la caisse ! (au Festival de Plouy...)
Me revoilà toute seule. Snif, c'était bien bon !
© isabel Asúnsolo, juin 2007
Les Éditions L'iroli fêtent leurs deux ans.
Interview de Jean-Pierre Hanniet, des Adex, publiée dans la revue Expressions de juin 2007.
Les Éditions L’iroli de Beauvais fêtent leurs deux ans d’existence. Quel est le bilan ?
Même si en 2006 il n’y a pas de revenu comptable dégagé, le bilan est positif : un catalogue a été créé avec bientôt un dixième livre, une traduction à l’espagnol et toute une dynamique autour du concours de nouvelles. Sans compter le site Internet dont s’occupe Xavier, mon mari. Bien sûr, il faut travailler beaucoup, se débrouiller avec des logiciels sans aucune formation et faire aussi quelques erreurs… Et je sais très bien que la troisième année va être très difficile.
Pourquoi ?
C’est une année charnière. Le travail augmente, notre diffuseur nous demande de publier quatre livres par an et il faut consacrer de plus en plus de temps à tout ce qui entoure le livre, la communication autour… Ça ne me fait pas peur mais pour faire face, il faudrait une embauche à temps partiel et elle engloutira le peu de revenu dégagé. J’ai décidé d’abandonner tout ce qui me permettait d’apporter des fonds, ma journée de cours hebdomadaire par exemple. Le jeu en vaut la chandelle.
Crois-tu que tu vas pouvoir vendre des livres encore alors que le marché du livre stagne et que l’édition électronique est en lice ?
C’est vrai, mais tout ce qui est intéressant est difficile ! Et je crois que contrairement à d’autres maillons du métier du livre, il faudra toujours des éditeurs capables de mettre en lumière les textes qui méritent de l’être, quel que soit le support. C’est un peu le travail du jardinier patient sans lequel rien n’est mis en valeur. Il faut parier sur de nouvelles voix et faire qu’on les entende. Ce que seul un éditeur ayant mis son travail personnel et son argent peut faire.
Quels types de livres cherches-tu à publier ?
J’aimerais faire connaître des auteurs espagnols que j’aime et inversement. Pour le moment je cherche de bons récits d’expériences et de nouvelles, le roman ne me tente toujours pas. Ce que j’aime dans les nouvelles, c’est le rôle créatif de l’éditeur. Il faut une vue d’ensemble et une structure qui mène quelque part. J’aime les recueils qui peuvent se lire comme un roman ou buissonnièrement. Le lecteur aussi parvient à créer quelque chose. Je m’intéresse aussi à la poésie très courte dans l’esprit du haïku, d’où la collection « haïkus & co » inaugurée ce printemps avec Figues, des textes co-écrits avec André Cayrel. Un jour peut-être, je publierai des contes.
Ecris-tu encore ?
Oui, un peu, mais je laisse ça pour plus tard. J’ai expérimenté d’être l’auteur qui cherche un éditeur et je préfère jouer l’autre rôle ! Je remercie encore les auteurs qui m’ont fait confiance pendant ces deux premières années…
© isabel Asúnsolo, mai 2007
Dernier printemps des poètes.
La question s’était posée à l’automne : la poésie est-elle en train de mourir ?
J’ai tapé dans Google « je n’aime pas la poésie » et
j’ai trouvé 1060 pages.
J’ai tapé « pourquoi je n’aime pas la poésie » et j’ai trouvé une page.
Curieux. Il serait pourtant intéressant d’essayer de répondre à la question.
C’est quoi la poésie ? (mis à part un genre inconnu dans
les rayons des librairies...)
Un jeu de mots plus ou moins réussi et amusant ? Un jeu tout court ? Un joyeux
compromis entre le «fond» et la «forme» ? De la chair à concours ? Un élancement
du cœur ? Un épanchement de l’âme ? Une façon de chercher la Vérité (?) qui
devient alors une autre religion ? Un délire mystique ? Un plaisir solitaire ?
Une façon de témoigner du monde, de le dénoncer, de donner à voir, de
reconnaître ce qui est ?...
Pessoa a dit que les bons vers finissent toujours par faire
surface.
Vous pouvez lui faire confiance.
Mais C'est quoi un poète ?
Le poète ne prend pas les mots pour des pions.
Le poète travaille ses textes et accepte même de les retravailler.
Le poète ne se croit pas au-dessus de la mêlée. Il se mêle au monde.
Il
s’intéresse aux autres espèces notamment à l’espèce humaine qui l’entoure.
Le poète ne se la pète pas.
Le poète est un être patient, il a tout son temps.
Il ne fait pas une crise de nerfs quand on ne le publie pas.
Il respecte les contrats qu’il signe avec son éditeur.
Il comprend qu'on ne fait pas un livre en deux mois, ni en six.
Et qu'être publié ne veut pas dire être poète. Et réciproquement.
Le poète n’avance pas d’élogieuses préfaces parce qu’il aurait trop la honte !
Le poète est généreux, compréhensif et indulgent.
Il reconnaît ses erreurs.
Le poète ne pleurniche pas.
Et si ses vers ne sont pas pris, il continue d’écrire sans oublier de vivre.
Le poète est actif, n’attend pas la becquée. Il décuple ses forces pour
participer au monde.
Il fait mille choses dans la vie.
Et s’il a le spleen, c’est que sa poésie est mauvaise et l’empêche de regarder
autour.
Le poète donne son temps sans compter.
Le poète partage. Il n’arnaque pas, ne pratique pas le racket.
Il sait que le chemin est long et la vie courte.
Il ne gaspille pas ses forces en pensées négatives.
Le poète sait que le chemin compte bien plus que l’arrivée !
Le poète ne sait rien ! Il tire sa force de ce qu’il
s’interroge sans cesse.
Le poète qui croit savoir est un mort vivant. Il fout la
trouille… (D’ailleurs la plupart du temps, quand le poète est vraiment mort il
est très bien : il épargne au monde ses malheureux traits de caractère !)
Il est celui qui comprend que ses livres ne se vendront pas, qu’il ne deviendra pas célèbre, ni riche et qui en rit...
Car le poète a le sens de l’humour : le poète se rit du
tout et surtout de lui-même.
Sa compassion est sans limites parce qu’il ne croit pas qu’il puisse y avoir
forme de vie supérieure (à une autre).
Le poète est zen. Il fait la fête à la première hirondelle et veille sur la dernière abeille...
Nous cherchons des poèmes très courts, ni imposants ni rimbombants (1), en très petite quantité, très travaillés, non abstraits, avec beaucoup d’air autour... Cela s'appelle des haïkus.
(1) En espagnol : "rimbombantes".
© isabel Asúnsolo, avril 2007
BONNE NOUVELLE...
Nouvelles du printemps à Plouy Saint-Lucien
Bonnes nouvelles du printemps : ça vient.
Même si l’hiver n’était pas particulièrement froid cette année ou peut-être à cause de ça, le printemps a un peu de mal cette année mais il vient... Dans la mare de Plouy Saint-Lucien, il y a des lames vertes qui sortent de l’eau, les roseaux déglingués commencent à se redresser et j’ai déjà aperçu, un jour de février et de fièvre, la rousserolle acrobate… Le printemps arrive et les nouvelles pour le concours aussi. Le thème « cinq sens » mérite un délai supplémentaire parce qu’il est difficile.
Comme nous aimerions recevoir encore quelques bonnes nouvelles avant le 28 février… voici quelques conseils.
Une nouvelle doit raconter une histoire. Le danger du thème « cinq sens » était de tomber dans le poétique ou le philosophique, c’est à dire, ne rien raconter du tout. Un instant ébloui, une cogitation existentielle, ça n’est pas une nouvelle…
Dans la nouvelle, il doit se passer quelque chose même si ce n’est pas grand chose. On a une situation de départ (avec peu de personnages, trois au maximum ?...) et un événement, même petit, qui va changer la donne : le ou les personnages ne seront plus les mêmes à la fin de l’histoire, il y aura eu une transformation. La chute est donc indispensable, même si une absence de chute peut en constituer une. La nouvelle est réussie si pour le lecteur non plus, rien ne sera plus pareil, après lecture. L’événement peut être minime : une conversation entendue, une rencontre, un malentendu, pas forcément quelque chose de transcendant. La nouvelle se distingue du conte justement parce que l’événement central n’a rien de magique ni de trop fantastique à première vue… Donc pour que l’histoire fonctionne il faut le célèbre « élément perturbateur », le célèbre « Mais ». « Monsieur Z se rendait tous les jours à son travail, Madame Y semblait très heureuse dans son pavillon… MAIS ». Voilà, il va se passer quelque chose. Si on était dans un roman (je pense soudain aux Tribulations d’un Chinois de Jules Verne) on aurait une cascade de « Mais » et le lecteur irait de surprise en surprise…
Il y a des trucs pour que le lecteur soit pris et surpris. Soigner le style pour que le texte court ait de la force. Alléger un maximum, reprendre le texte crayon en main et enlever tout ce qui n’est pas indispensable. Les adjectifs trop nombreux, les adverbes, à la poubelle. Le roman peut se permettre des descriptions et des transitions, pas la nouvelle. Le choix des mots est important pour que le lecteur tombe des nues. Fuir les phrases toutes faites : « tomber des nues » par exemple ! Ce que l’on a déjà vu ou lu est à éviter : « Beau comme un Dieu », « longues jambes fuselées » et tout ce qui donne envie au lecteur de bâiller. Il est bon de créer un contraste entre le fond et la forme. Exemple : une nouvelle qui parlerait d’un fait divers tendre (quelqu’un trouve un bébé devant sa porte) devrait adopter un langage un peu dur pour compenser (et même un personnage aux antipodes…) Imaginez une gentille grand-mère à chats qui trouve un bébé devant sa porte et que l’histoire est racontée avec des accents câlins et que tout baigne dans la douceur et dans les larmes de joie jusqu’au bout... L’horreur.
La forme des phrases est importante. Une phrase très courte au milieu d’autres plus longues ça crée un contraste et du sens… Et il faut de l’air… des espaces entre les paragraphes pour respirer et pour le suspense. Ecrire une bonne nouvelle c’est tenir le lecteur en suspens. On peut enfin s’amuser à semer des indices qui permettront au lecteur de se dire : « Ah, je savais bien !… » Mais il est plus amusant encore de semer des indices que la chute viendra contrarier. Ah, lecteur, tu ne savais rien du tout !
© isabel Asúnsolo, février 2007
SACRES AUTEURS !
J’ai dit une fois que la publication de poésie est, pour un éditeur, une histoire d’amour avec l’auteur. Je confirme. En poésie, on est loin des « réflexes économiques » de l’édition classique pour la simple raison qu'elle ne se vend pas et que l’éditeur a peu de chances de récupérer sa mise. La plupart des éditeurs demandent une participation financière aux auteurs ou se font acheter des exemplaires avec une remise variable. Cela ne garantit en rien le travail d’édition pour mettre en valeur des textes choisis. De notre côté - qu’on se le dise - nous faisons un vrai contrat avec nos auteurs, avec des droits d’auteurs. (Voir notre contrat d'édition). Les auteurs nous achètent la plupart du temps des exemplaires qui couvrent une partie des frais d’impression mais ne rémunèrent pas notre travail d’édition : sélection des textes, conseil, maquette sur mesure, réalisation des illustrations s’il le faut, couverture, etc. Pour accepter un manuscrit en poésie, il faut non seulement qu’il nous emballe en nous donnant à voir quelque chose de neuf mais aussi que l’on ait suffisamment d’atomes crochus avec l’auteur. Ce dernier point est plus que subjectif. On demande à l’auteur(e) d’être actif/ve et présent, de réveiller ses réseaux, de se bouger sur la Toile et en personne. En échange, nous passons du temps dans les salons à défendre leurs livres. En 2007, nous serons présents au Marché de la Poésie place Saint-Sulpice. Ce travail, ce temps donné, si ce n’est pas de l’amour, ça lui ressemble.
Voilà pourquoi nous publions très peu de poésie. Voilà pourquoi nous continuons à publier de la poésie !
Mais le vrai travail de l’éditeur est loin de là : faire des livres qui se vendent et tâcher d’en vivre. Il n’y a pas d’amour là-dedans, il y a des calculs à la virgule près, du travail pour chaque heure et des bilans à présenter au banquier et des campagnes de com’ à présenter au diffuseur… Avec les auteurs, sacrés auteurs, il a une lutte parfois âpre, et des engueulades s’il demande de changer un titre au dernier moment, par exemple. Une question où l’ego joue son rôle parce que l’éditrice en herbe a le sien vachement développé (du fait qu’elle est auteure elle-même ?) A ce qu’il paraît, je serais parfois trop autoritaire… Mais pensez-vous vraiment que l’on puisse défendre bec et ongles un auteur en étant douce et gentille ?
Dans ce métier il faut aussi aimer la solitude. L’éditeur est un drôle d’agent triple, quadruple, jamais malade (ni triste) qui travaille pendant des mois avant de toucher un sou pour le fruit de son lent travail de tissage. Il doit comprendre chacun de ses auteurs pour qui le prochain livre est la seule chose qui compte, le tranquilliser sur ce qui va suivre, l’encourager, répondre à ses mails dans la journée… Moi j’aurais bien aimé qu’un éditeur s’occupe de moi comme ça. Je suis devenue éditrice parce que j’aime ce travail avec l’auteur.
Auteur : le plus beau métier au monde. Merci aux nôtres pour l’année qui vient de s’écouler. Vous avez fait plus que de nous confier vos manuscrits : vous avez essuyé les plâtres de notre inexpérience et du manque de diffuseurs jusque-là. Pour votre immense patience et votre sens de l’humour, merci ! Vos livres pourront retrouver une deuxième jeunesse si vous continuez à écrire et à publier. Car un auteur n’a pas le droit d’arrêter d’écrire…
Pour 2007, l’éditrice en herbe fait le vœu de trouver dans sa boîte aux lettres le plus beau des manuscrits.
© isabel Asúnsolo, janvier 2007
Dans la cour des grands.
A l’attention de nos chers auteurs, imprimeurs, libraires, lecteurs…
Dix-huit mois après sa création, L’iroli a la joie de vous annoncer que nous venons de signer un contrat avec POLLEN DIFFUSION. A partir du mois de février 2007, nos livres seront présents dans quelque 650 librairies en France et en Belgique. Le rêve de tout petit éditeur : entrer dans la catégorie des éditeurs professionnels, jouer dans la cour des grands.
Bonne nouvelle : nous perdons une certaine indépendance. Car, si nous restons maîtres de nos choix, nous ne pouvons pas tout à fait faire ce que bon nous semble. L’indépendance - si jamais cet état existe… - voudrait dire que nous ne dépendons pas du marché et que nous avons nos propres ressources ce qui n’est pas le cas. Les Editions l’iroli ne peuvent pas se permettre d’être indépendantes parce qu’elles doivent gagner de l’argent pour vivre. Elles sont heureuses de vous annoncer qu’elles acceptent de devenir un maillon de la chaîne du livre… de la petite chaîne du livre bien sûr.
Quelques chiffres. Lors du colloque sur la petite édition au salon du Livre de Paris on a entendu que les petits éditeurs n’y connaissent rien aux chiffres et qu’ils ne savent pas combien de livres ils vendent… j’étais trop timide à l’époque pour protester, époque révolue. Jugez plutôt : nous vendons 5 livres par jour et nous avons besoin d’en vendre un minimum de 15 (25 serait bien mieux). Voilà les chiffres : le libraire, ce lascar ou cet ange prend 35%, le diffuseur-distributeur 25%, l’auteur 10% (il comprend parfaitement qu’il ne peut pas demander plus et il lui arrive, adorable, d’en demander moins ! ), l’imprimeur 15%... Dans ce cas précis, il reste 15% à l’éditeur : le minimum pour lui assurer un revenu (faible) en échange de son travail (réel) une fois les charges (sociales, sécu, retraite… frais de déplacement, frais de publicité et autres) déduites. Quinze pour cent, bien sûr, lorsque tous les exemplaires du livre sont vendus. Ce qui peut prendre un certain temps, voire des années. Le seul point compressible dans ces calculs ce sont les frais d’imprimeur. Pour que la part de la fabrication reste raisonnable, il faut des tirages « importants » pour un petit éditeur. A moins de 1000 exemplaires, ça coince sérieusement…
Autre point non négligeable (et triste) : les retours. Quand l’éditrice en herbe voit arriver par la fenêtre le Calberson jaune cela signifie : que des livres n’ont pas été vendus dans les six mois, que des livres reviennent dans un état invendable et… qu’il va falloir faire un « avoir » au libraire. Ce fastidieux travail de gestion de retours sera aussi celui du diffuseur. Mais attention, si les retours dépassent un certain taux (25 pour cent généralement) le diffuseur augmente son pourcentage de remise. Il y a donc tout intérêt à viser juste en termes de livres à placer. Ajuster les tirages et le tir !
Un casse-tête ? un défi plutôt ! A nous de faire en sorte que la communication autour du livre crée la demande… Et il paraît qu’un bon livre a plus de chances d’être chroniqué par un journal important si son éditeur joue dans la cour des grands. En 2007, tous les espoirs sont permis.
© isabel Asúnsolo, décembre 2006
Cherchez le poète...
On ne publie pas de la poésie pour gagner de l'argent. On peut juste limiter les dégâts... La poésie est toujours une histoire d'amour.
Et voici que ce 4 octobre j'ai eu affaire à quatre "poètes". J'avais rencontré B. il y a deux ans. Lunettes noires, elle riait à l'époque où elle fréquentait les soirées poésie; la dernière fois, elle a pris la porte parce qu'on ne l'écoutait pas assez attentivement. Ses enfants sont dans des centres d'accueil et elle a été agressée une nuit qu'elle était à la rue. Maintenant elle est à l'hôtel mais elle se sent toujours persécutée, "et si vous me faites faire un scanner, vous verrez, on trouvera une puce magnétique... Comment expliquer sinon que si je vais acheter un billet de train, une patrouille de CRS me tombe dessus"... Elle ne veut rien, dit n'avoir besoin d'aide de personne. Elle ajoute avec un petit sourire roublard : "Mes poèmes, vous savez, mes 300 poèmes que je vous avais montrés, je les ai déchirés et la diskette aussi..." Elle m'avait appris un mot : "je t'alpaguerai".
Un peu plus tard, place du marché, je tombe sur JC. "Tu sais que j'ai essayé de me flinguer. Plus de boulot, rien, même pas comme intérimaire. Ce qui me fait vivre en ce moment : la lecture et le théâtre. Je vais au théâtre et Adjani m'a reçu dans sa loge. En ce moment, dans ma vie, il y a Adjani, Huppert et..." Allez, tu viendras samedi au Café de la Paix ? ça va te plaire, tu vas voir, il y a une poète célèbre qui vient !
Coup de fil de P. Sa voix laconique : J'appelle pour me désister. Le recueil sur lequel nous travaillions depuis trois mois ne se fera donc pas. J'aimais ses textes, comme un jardin visité par le merle. Mais il y a eu la préface, celle qu'un poète belge a écrit à sa demande et qu'il m'a envoyée par la poste, sans un mot d'accompagnement. Le lendemain : "J'ai mon mot à dire, maintenant..." J'ai compris ! Il pense mériter un plus grand éditeur. Moi je n'ai pas eu le courage de lui dire que la préface, je la trouvais bien élogieuse... De toute façon, je n'aime pas les préfaces.
En ville après la pluie, le soir, j'aperçois Jean-Luc qui marche, sac à dos, un livre à la main. J'avais fait sa connaissance au Printemps des poètes dernier. Il me redonne son adresse, bâtiment F, tour X, porte Z, 10è étage. Il n'a pas de téléphone et il est déjà reparti quand je réalise que je ne connais que son prénom. Mais cette fois-ci, je viendrai à la soirée, me dit-il, les autres fois j'ai eu peur. Il est déjà loin, longeant la place des Maréchaux, ignorant les voitures qui le frôlent. Rilke ouvert à la main semble le guider.
© isabel Asúnsolo, octobre 2006
48 heures dans la vie d'une éditrice.
La rentrée littéraire. Les vitrines tapissées de couvertures. À chaque fois qu’elle croise une librairie, la petite éditrice presse le pas en retenant sa respiration, les yeux mi-clos : exactement comme si elle voyait de près le gars à l’imper ouvert... Quant à la presse spécialisée, les couvertures gallimardesques et les visages poupins des auteurs en médaillon la rebutent.
6 septembre 14h30. Rendez-vous à Paris avec un diffuseur. Pire qu’un
rendez-vous amoureux, je suis plus qu’à l’heure. Il fait chaud. Je m’arrête au
coin de la rue pour revoir la disposition du contenu de ma sacoche et de mes
dossiers car il s’agit de vendre non seulement des livres mais une image de marque. Tous les petits éditeurs du monde recherchent un diffuseur et il y a très
peu d’élus. Je sais que je ne dois pas rater cette étape cruciale dans la vie de
L’iroli. La presse nationale ne fera jamais un bon papier si vous n’avez pas de
diffuseur. Être diffusé et distribué, être visible dans les librairies, faire
partie de la « chaîne du livre » c’est rentrer enfin dans cette
profession dont j’ai fait mon métier. Je me suis donc renseignée sur le
fonctionnement de plusieurs diffuseurs, comparé leurs contrats, appelé
longuement les maisons d’édition pour avoir leur retour. Justement, il s’agit
souvent des retours : la plupart des diffuseurs augmente les commissions avec le
taux d'invendus. Le petit éditeur se voit pris à la gorge ou... contraint aux
gros succès.
Ça tombe bien. Je vais présenter nos gros succès et nos futurs gros succès. J’ai
avec moi les articles sur Je marche seule (première édition autodiffusée épuisée), la
maquette de notre prochain livre, l’enregistrement de France3 sur les Perce-oreilles...
et mon baratin. Je mets le paquet. Face à face : deux pros qui ont créé une
entreprise qui doit marcher. J’ai trois quarts d’heure pour le convaincre. Je
comprends soudain une chose : il faut absolument caler la sortie d’Amour et de vins nouveaux de Pierrick Bourgault
sur la diffusion qui ne pourra avoir lieu qu'en 2007.
17h30. Cocktail au Sénat pour la remise des prix des Trophées Oenovidéo. Pierrick m’y attend. J’ai préparé des cartes de visite avec la maquette de la couverture de son livre au dos. Les petits fours sont bons mais il s’agit surtout de mettre la main sur des gens du monde du vin qui pourraient être intéressés par notre livre. Pierrick et moi sommes bien synchronisés : à chaque fois que l’un de nous deux commence la présentation du livre, l’autre le rejoint.
7 septembre au matin. Rencontre avec une célèbre poète outre-atlantique que je ne connaissais pas en personne. Nous devions faire un premier recueil ensemble mais au dernier moment elle avait choisi un autre éditeur. Elle me propose un deuxième recueil et là c’est moi qui lui ai dit que je ne vais pas pouvoir assurer, à cause des délais. Elle est venue en France avec son mari, je la sens gênée, la conversation ne prend pas. Soudain... elle s’effondre dans mes bras : Je voudrais tellement un livre avec toi... Diantre !
7 septembre, p.m. Je dois annoncer à Pierrick que l’on va retarder de trois mois la sortie D’amour... Ce sera en février pour la Saint-Valentin. Or il a déjà annoncé la sortie en novembre avec le Beaujolais nouveau et les souscriptions commencent à arriver. Pendant une heure au téléphone (un des plus difficiles de ma vie d’éditrice) j’essaie de le convaincre du bien-fondé de ma décision. Je sais que j’ai raison. Le livre se vendra mieux s’il est diffusé et si les chroniques arrivent au moment où le livre est en place. Je ne peux pas me permettre de gâcher la parution d’un tel livre, ce serait ne pas lui faire honneur et je ne veux pas rater cette occasion de faire progresser L’iroli !
7 au soir. Un ami m’envoie une photo de la célèbre librairie de Banon, Le Bleuet. Je crois à un montage (or non ! Voir la photo). J’ouvre bien les yeux : à côté du Da Vinci, de Marc Lévy et de Sarkozy : le livre de notre auteure phare et fière marcheuse solitaire Françoise Jaussaud alias Paquita !
© isabel Asúnsolo, septembre 2006
Impressions imprimeur.
Indispensable étape, l’impression. Encore plus cruciale pour l’éditrice débutante que je suis. Le tout premier livre édité par L’iroli - Je marche seule de Françoise Jaussaud - est arrivé un après-midi d’août 2005, il y a exactement un an. Photos du camion arrivant sur la place de Plouy, photos du camionneur, photos de la palette. Roulement de tambour, battement de coeur... et cutter pour ouvrir un des cartons et vérifier que les pages tiennent ensemble, que tout y est, qu’elles peuvent se lire. Le livreur est sympa, il voit tout de suite que je ne suis pas très habituée aux livraisons alors il dit qu’il a tout son temps. La première chose que je vois : la couverture qui m’a tellement fait transpirer et, dessus, la photo de la marcheuse en premier plan mais... non, ce n’est pas possible, elle est toute rouge, la marcheuse ; l’auteure elle est toute rouge ! Ce n’est plus un livre sur les bienfaits de la marche solitaire mais une publicité pour alerter sur les dangers du soleil ! Du coup, c’est moi qui rougis... Non, je ne peux pas accepter cette livraison, il y a quelque chose du drame antique ou rural, ça ne se passera pas comme ça ! Attendez, monsieur le livreur, un petit moment...
Je téléphone à l’imprimeur, furieuse. Je me fais recevoir. Vous êtes du métier n’est-ce pas ? Sa voix un peu ironique. Alors vous saurez que les "Ben Day" et les "Pantone" et les "Chromalin" (je comprends "gros malin") ce n’est pas la même chose, que les couleurs elles changent, c’est d’ailleurs une photo de nuit, nous aurions préféré avoir l’original. Vous voyez les chaussettes de la dame ? Allez voir sur les épreuves de couverture ! Je monte au bureau, les épreuves étaient sur du papier brillant et la couverture est mate, les couleurs ne sont pas les mêmes, les chaussettes effectivement... Mais regardez les cuisses ! Elles sont toutes rouges, bien plus rouges, etc. Le hic c’est que j’aurais dû réclamer d’autres épreuves de la couverture, je le sais, mais j’étais en Espagne les deux semaines avant... Une erreur à faire une seule fois. Je n’accepte pas la livraison, le livreur repart avec la palette à Rungis. J’aurai plusieurs fois l’imprimeur au téléphone pendant les prochaines 48 heures. Je n’en mène pas large. Jamais je ne pourrai vendre un livre pareil ! Je ne peux pas donner cette image de marque pour un premier travail, je suis désespérée, je refuse les explications de l’imprimeur qui essaie tous les registres, d’abord rassurant (Vous verrez, vous les vendrez en 6 mois, vos 600 exemplaires !) pour finir par me parler de tribunaux...
Deux jours plus tard, je propose une solution : des stickers avec la photo moins rouge à coller sur la couverture. L’imprimeur est d’accord, il va envoyer ça à ses frais. Je les ferai coller par les enfants, 600 ça devrait aller assez vite... Mais lorsque l’auteur voit son livre, elle s’exclame : Mais c’est très bien, ça me plaît bien le rouge ! Elle gardera les stickers pour coller sur ses invitations et ses enveloppes à la place de l’expéditeur.... Et le pronostic de l’imprimeur s’avèrera assez proche de la réalité : je vendrai le premier tirage en 8 mois. Maintenant, pour un tirage important, je vais chez l’imprimeur assister au calage de la couverture. Et même s’il y a des imprimeurs en Espagne un peu moins chers, je n’en changerai pas... à cause de nos belles engueulades qui ont créé des liens. Et puis la fidélité a un prix !
© isabel Asúnsolo, août 2006
De la réserve à la vitrine.
Tu vois, Roger(1) , les libraires c’est comme les goûts : il y en a de toutes les couleurs.
On ne sait jamais ce que ça va donner, un rendez-vous avec un libraire. Ça peut être debout entre les rayons, debout dans la remise, assis sur un carton, assis autour d’une table… Parfois on t’accueillera sans rendez-vous et d’autres tu devras employer quelques ruses pour l’obtenir. Il y a autant d’aventure humaine et d’imprévu dans ton métier actuel que dans tes galopades au Tadjikistan. Un petit éditeur, de province, publiant des nouvelles d’un auteur inconnu dont c’est le premier livre… c’est une traversée du désert ! Ne va surtout pas dire que nous ne faisons que de la littérature : joue toutes les cartes. Nous faisons de la littérature ET du pratique, tu auras plus de chances de rentrer, un livre dans chaque main : Je Marche Seule à droite (à mi-chemin entre le guide et la réflexion philosophique sur la solitude en montagne, se vend très bien dans les librairies de voyages, la Ministre espagnole de la Santé a écrit qu’il y avait plus de santé dans ce livre que dans douze pharmacies…) et Les Perce-oreilles d’Éric Gilberh (nouvelles haletantes sur des ados, excellentes critiques, regardez les articles et la vitrine qui lui est consacrée…) dans la main gauche. Sûr que le libraire (ou la libraire) va pencher d’un côté ou l’autre… Pendant qu’il balance, ajouter : L’auteure de Je Marche Seule prépare la suite sur ses rencontres avec les gens en montagne et, côté bonnes nouvelles, Entre deux, soleil voilé de Claude Chabel paraît le 16 mai, les Versets Erotiques de Pierrick Bourgault sont prévus pour le 16 novembre, jour du Beaujolais nouveau. Les Editions L’iroli, bref, tu enchaînes… France 3 Picardie et bientôt France Télévision, les journaux régionaux et bientôt les journaux nationaux, un concours de nouvelles par internet, un Festival de la Micronouvelle le 18 juin prochain…
De toute façon ce sera dur.
J’ai fait la tournée jeudi dernier. Eté voir trois librairies dans trois petites
villes différentes. Toi, dans Paris, tu peux en voir plus dans une journée mais
en même temps tu auras plus de mal à trouver des libraires aussi disponibles
qu’à Creil, par exemple. Essaie d’avoir des rendez-vous à l’ouverture des
magasins. Première librairie pour moi, Compiègne, un gars pas très causant, il a
acheté un Perce-Oreilles, j’ai bien vu que c’était de la pitié mais tant
pis. Il a quand même souri à la fin, son air grognon n’était qu’une façade. A
Senlis, petite ville adorable, libraire adorable, j’ai eu droit à
l’arrière-boutique debout. Elle a pris en dépôt deux JMS et deux PO.
C’était l’équilibre, je n’en revenais pas. Après un petit somme sur un banc de
pierre, troisième étape : Creil. J’ai été reçue par deux sœurs qui tiennent la
librairie depuis trois ans, Anne et Claire. On a parlé pendant une heure !
Debout près de la caisse, une heure entière pour parler de littérature, du
format, du papier de l’interligne des livres, des bons livres. Leur activité ne
tient qu’au scolaire… Elles ont acheté trois Perce-Oreilles et deux Je
Marche Seule. Bilan de la journée : six livres vendus et quatre en dépôt.
Tu auras des surprises. En une semaine, le gros libraire de notre ville nous a fait passer de la remise à la vitrine sans transition. En parlant de remise, reste en dessous de 35%. Parle surtout de livraison ultra-rapide sans « proforma » (facture préalable), et aussi de réassort: en cas de non-vente, nous remplaçons les invendus par les nouveautés ! Refuse tout paiement au-delà de 90 jours (c’est le délai que nous accorde notre imprimeur).
Tu verras, en général, les libraires aiment les livres et leur travail malgré leurs difficultés. Et ils lisent encore lorsqu'ils ne sont pas trop épuisés. Il faut leur dire : si vous arrivez à lire-au-lit nos livres sans vous endormir, c'est qu'ils sont bons. Et si le libraire aime, alors Roger, tous les espoirs sont permis !
(1) Pour des raisons évidentes, le prénom de notre Commercial L'iroli sur Paris n'a pas été changé. Tant mieux si on le reconnaît!
© isabel Asúnsolo, mai 2006
Comment je vois mon métier en tant que femme... voici la question à laquelle je dois tenter de répondre pour préparer la table ronde organisée par la Ville de Beauvais du 8 mars.
Editer c'est marier Imaginaire et Imagination. Contenu et forme. L'intuition et le bon sens. Le cœur et la raison.
Editer c'est écouter, inventer, donner vie et faire vivre.
C'est donner forme au croisement d'un rêve et d'une envie. Le rêve de l'écrivain se matérialise enfin. On parle alors technique, grammage de papier, formats, couverture, finances, publicité...
Editer c'est donc aussi faire redescendre l'auteur sur terre. Le ramener vers la réalité. Son plaisir d'écrivain tout seul ne suffit pas : il faut qu'il pense à son lecteur, au plaisir que le lecteur aura.
Editer c'est parvenir à trouver une voix (celle de l'auteur) et lui trouver des voies dans un monde où la concurrence est rude. Car il s'agit bien de donner envie de lire et d'acheter. Le livre ne peut en aucun cas être abandonné à son triste sort : il faut l'élever.
Est-ce qu'une femme est plus à même de réunir les qualités nécessaires pour exercer ce métier ? je ne crois pas car ce sont des qualités qui relèvent surtout de l'humain. Editer est avant tout une aventure humaine.
Mais l'Editrice est sensible à certaines voix ; elle a une responsabilité en tant que citoyenne et en tant que femme dans ses choix. Et ce n'est pas anodin si le premier auteur (auteure ?) des Editions l'iroli est une femme : Une femme heureuse dans le monde et dans son corps capable de renoncer à son amour de la solitude pour partager un bout de chemin avec les autres (*).
(*) Je marche seule par Françoise Jaussaud, L'iroli 2005.
© isabel Asúnsolo, mars 2006
Les coulisses du Concours de Micronouvelles.
Il s'agissait de choisir quinze nouvelles parmi les 258 reçues par courrier ou e-mail de 13 pays différents. Le jury, composé de trois hommes et de trois femmes d'horizons très divers devait lire toutes les histoires et les noter sur 20. Les nouvelles devaient répondre au thème Un fait banal transformé par un regard nouveau... et ne pas dépasser 2000 mots. Si ce deuxième critère n'a posé aucun problème, celui du "fait banal" était moins évident, la définition du banal ne faisant pas toujours l'unanimité. C'est ainsi, qu'en raison du contexte et des personnages, le jury a accepté une nouvelle ayant un meurtre pour chute !
Voici la méthode employée pour aboutir au choix des 15 lauréates.
Première étape : nous avons sélectionné les dix nouvelles les mieux notées par chacun des membres du jury. Quarante nouvelles ont été ainsi pré-selectionnées, certaines étant communes aux différents membres.
Deuxième étape : nous avons retenu les 25 nouvelles possédant la meilleure moyenne parmi les quarante.
Troisième étape : Le jour de la délibération (le 11 février) chaque membre du jury s'est vu attribuer une édition des 25 nouvelles pré-sélectionnées qu'il devait relire sur place. Il s'agissait de les noter en fonction des critères suivants : "fait banal", "style" et "originalité". Cette nouvelle notation devait permettre d'estomper les éventuels écarts de notation dus au temps écoulé entre les premières lectures (en août 2005) et les dernières (en janvier 2006). Chaque membre du jury a proposé ses quatre nouvelles préférées ce qui nous a permis de retenir sans problème les 15 lauréates.
Quatrième étape. L'attribution des trois premières places a été l'objet d'un débat qui a duré tout l'après-midi. A ce stade, nous avons oublié la notation pour défendre becs et ongles nos coups de cœur (le vin d'Espagne aidant). Il faudra attendre le 15 mars pour connaître les 15 micronouvelles du recueil dont la parution est fixée au 18 juin 2006. Un détail ? La parité la plus absolue a été respectée, le hasard faisant bien les choses...
© isabel Asúnsolo, février 2006
Et de l'Imaginaire et des "bons contes"...
Si l'Imagination est au travail pour trouver des solutions astucieuses et "réalisables" du point de vue technique et financier, l'Imaginaire est ce pays où se promène le bienheureux auteur qui ne vit que par son livre et qui croit que l'éditeur ne pense qu'à lui (à son livre) ! Mais l'éditeur qui reçoit un nouveau manuscrit erre aussi dans les méandres de l'Imaginaire...
Exemple. J'ai reçu un projet de recueil. Une trentaine de nouvelles. D'abord j'en ai aimé certaines. J'ai laissé passer le temps, presque deux mois. L'histoire qui me disait quelque chose au début ne me parle plus. Une autre, plus difficile, m'a touchée depuis. Et je me retrouve avec le lot, le flot de feuilles qui s'égayent comme des flocons autour de moi. J'étale, je grappille, je recommence. En relis une, puis une autre. Je chipote, pars puis reviens. Une petite annotation, un écho retrouvé et je reprends le fil.
Pas question de prendre les choses comme elles viennent. Ou alors si ? Pas question de se rendre à l'évidence. Mais peut-être le faudrait-il ?... Et puis ça non, voyons, c'est trop dur. Je ne peux pas éditer ça ! (Mais pourquoi non ?) Gide disait: "On ne fait pas de la bonne littérature avec de bons sentiments ?" Mais qu'appelle-t-on de la "bonne littérature" ?!
L'admiration aussi me guide. Ce texte, j'aimerais l'avoir écrit. Mais je me méfie de ce qui me plaît trop. Ce qui me plaît d'emblée doit me faire douter. Le doute, source de l'Idée. En revanche, ce qui ne me plaît pas du tout ne fait aucun doute... la plupart du temps. Là aussi je peux me tromper.
L'Edition, métier passionnant au croisement de l'Imaginaire et Imagination... Du rêve et du réalisable. Et je comprends enfin pourquoi les éditeurs mettent si longtemps à faire un bon recueil. Bonne année 2006 à nos lecteurs !
© isabel Asúnsolo, janvier 2006
Où il est question de l'Imagination et de "bons comptes"...
Je m'aperçois que, toute à ma flânerie romantique du mois dernier je n'ai pas abordé des points essentiels au sujet de la diffusion. Les tarifs de la Poste par exemple... On a le droit d'envoyer une lettre contenant des "papiers" de moins de 1 kg pour 2.76 Euros mais on ne peut plus envoyer de livres à ce tarif et encore moins s'il s'agit de marchandises. Dans le cas de vente de livres, le tarif frôle les 5 Euros de port (que je facture 2 Euros). Je continue donc à indiquer "lettre" sur mes enveloppes à bulles qui contiennent les commandes.
Dans l'Edition, je m'en rends compte, il est souvent question d'imagination pour arriver à caser toutes les contraintes sans exploser le budget... Je rappelle que je ne suis pas une Editrice indépendante : j'ai besoin de vendre et de gagner de l'argent... Faire des livres est une passion qui doit être rentable. L'autre jour, au Salon des Editeurs Indépendants, il y avait des livres aux couvertures faites à la main au bleu de Lectoure, toutes différentes... de petits livres cousus à la machine... Tout ça, délicieux. Pour le recueil de nouvelles Les Perce-Oreilles d'Éric Gilberh, notre prochaine parution fin janvier, je rêve d'une typographie merveilleusement lisible mais qui n'augmenterait pas trop le nombre de pages. Idem pour les marges. Qui d'autre que Gallimard peut se permettre des marges aussi confortables ? Et la qualité du papier... Je voudrais du très beau mais je deviens raisonnable : le mieux possible au meilleur prix pour ce recueil édité à compte d'Editeur comme il se doit.
Ceci dit, je vous conseille de commander Les Perce-Oreilles (14 Euros), dont voici les comptes : 2.50 Euros pour l'imprimeur, 2.50 Euros pour l'auteur, 1.50 pour les frais de port (services de presse inclus), 5.00 pour le libraire et 2.50 pour l'éditeur qui doit payer ses frais de déplacements, sa Sécu... avant de songer à se rémunérer un jour...
© isabel Asúnsolo, décembre 2005
Un jour j'aurai un diffuseur !
Ce dernier samedi de novembre je marche sur la route qui relie le hameau de Plouy Saint-Lucien à Beauvais. Je ne croise aucune voiture et mes pieds foulent la première neige... Je porte, dans mon sac à dos, des livres commandés pour les poster. C'est bon de "porter" quelque chose... Porter des livres ou un enfant c'est bon.
La diffusion et la distribution donc. J'ai longtemps confondu ces deux-là. Maintenant je connais la différence bien que ces deux étapes se confondent toujours en la personne de l'éditrice débutante que je suis. La diffusion est une démarche commerciale qui consiste à convaincre les acheteurs de prendre en rayon les ouvrages ou de les référencer dans leur système. Etre référencé chez un grand libraire du genre Fnac ne veut pas dire automatiquement être accepté dans tous les magasins... Le travail est à recommencer à chaque fois. La distribution, elle, consiste à apporter physiquement les livres, les "livrer" : ce que je fais en ce moment. Un jour j'aurai un diffuseur et un distributeur mais pour le moment j'apprends le métier.
J'ai aimé, ces dernières semaines, rencontrer les libraires de Paris et d'ailleurs. J'ai été très surprise par les premiers... Alors que l'on s'attend à une certaine froideur de la part des commerçants de la capitale, j'ai expérimenté le contraire : à Paris, de gros libraires spécialisés dans la randonnée m'ont demandé quelles étaient mes conditions... Je souris en y pensant car j'étais prise au dépourvu, habituée à que l'on m'impose des conditions et non pas le contraire !... Un libraire très pro est celui qui prend le livre et vous demande de le rappeler une semaine plus tard parce qu'il souhaite le lire. Comme Jacques, du Vieux Campeur.
J'avais pensé restaurer la vieille poussette de bébé pour transporter les livres. J'ai finalement opté pour le caddie que je traîne pour faire la tournée des libraires... En septembre dernier - je n'avais pas encore de caddie - j'ai dû livrer des poèmes qui parlaient de nuages... Je les ai transportés à bout de bras de Beauvais jusqu'au coeur de Paris. Je n'aurais jamais cru que des nuages pèsent aussi lourd !
Un jour j'aurai un distributeur mais pour l'instant j'apprends le métier et je pose un pied après l'autre sur la neige.
© isabel Asúnsolo, novembre 2005
CE N'EST PAS TOUJOURS LA MÊME CHANSON...
Hier matin, j'ai reçu la visite de K. qui écrit des chansons d'amour. Elle veut savoir si on pourrait les chanter. Un rockeur (un ro-cœur ?) serait le mieux placé parce que, dit-elle, ces textes sont "tendres et durs à la fois"... Ces derniers temps, je suis assez sollicitée pour des conseils et je ne dis pas encore non, je ne dis pas non souvent, je ne dis pas non assez. K. est adolescente et vit un amour impossible (un amour parfait ?) qui lui inspire beaucoup de chansons... Je m'attends à quoi au fait ? A des clichés ? Sans aucun doute. Je rêve que je suis dans tes bras, ces choses-là... Et c'est exactement ce qu'elle me donne à lire : ce genre de phrases, aussi simples. Moi, l'éditrice de quarante ans -une vieille ! - je lis les chansons à haute voix, je lis tout de A à Z, un texte après l'autre... et il me vient l'envie d'écrire l'histoire d'un vieil éditeur qui reçoit un peu par pitié un jeune compositeur. Les mots d'amour qu'il a toujours trouvés absurdes le touchent.
Ce même jour, l'après-midi, j'ai rendez-vous avec S. pour parler de son roman érotique en cours d'élaboration. Je lui dis que je n'arrive pas à voir les corps (la femme est-elle sur le dos ou sur le ventre ? Il est question de "croupe" un peu trop souvent !...). Nous rions de bon cœur.
L'érotisme -si l'on ne choisit pas la voie délibérément "canaille"- semble la chose la plus difficile à écrire qui soit parce qu'il demande peut-être un niveau de conscience supérieur et l'acceptation d'une certaine innocence. Je dis à S. : Ecris comme si tu voyais tout pour la première fois et que tu n'avais jamais rien lu d'autre sur ça !... Enlève tout ce que tu as déjà lu/vu ailleurs ("la courbe d'un mollet", la "sensualité débridée", etc.) parce que ces choses-là cachent les vraies trouvailles.
Car il faut beaucoup de créativité en la matière. Pas pour trouver des positions nouvelles ni même des contextes défiant la gravité. Mais dès que l’on sent que l’auteur(e) s'applique ou qu'il veut nous montrer sa panoplie - comme le bon élève s’empresse de nous débiter sa leçon...- on a hâte que ça se finisse.
Si la créativité géniale fait défaut, il reste d’autres voies possibles : une sincérité désarmante (ou très bien imitée ce qui revient au même), une totale absence de recherche littéraire : les corps sous les projecteurs, offerts au meilleur cadrage, dans une absence préméditée de cuisson... Difficile à réussir aussi.
Plus qu'ailleurs, le lecteur/lectrice a le premier rôle. C’est bien lui/elle que nous prenons par la main pour lui faire sentir ce que l’on veut, comme une première fois. L'auteur et le lecteur deviennent des enfants qui se seraient mis d’accord pour jouer : On dirait que tu..., et tu aurais très très peur ... Et on se regarde et on frémit de voir l’autre frémir... Un état de trouble qui ne peut venir que d'une certaine innocence.
Si difficile. Ecrire des textes érotiques serait peut-être aussi difficile que d'aimer.
© isabel Asúnsolo, octobre 2005
LA QUESTION DU POURQUOI.
Si je me pose la question du pourquoi du choix du métier d'éditeur, il faudrait remonter à l'enfance, à une mère terriblement critique qui taillait à n'en plus finir dans les phrases et qui était rarement satisfaite d'un livre ou d'un film... A mon tour je suis devenue terriblement critique, peut-être parce qu'étant à cheval entre deux cultures, j'observais tout avec la distance nécessaire.
Quoi qu'il en soit, depuis toujours, dès que j'ouvre un livre, je tombe sur la faute. Même s'il n'y en a qu'une, je l'attire comme un aimant. Et ça me scandalise toujours autant. Parce que je me dis que l'œil qui aurait dû tout regarder ne s'est pas attardé suffisamment... Comment est-ce possible que l'on ait mis tellement d'argent dans un beau papier et que les subjonctifs soient faux ? Il me semble que la littérature, avant de donner à comprendre donne à voir d'autres mondes. C'est donc une question d'œil qui regarde...
Ces dernières années, j'étais chef d'équipe dans une entreprise. Un travail très difficile parce que c'était une entreprise de profs et j'étais chef des profs de langues étrangères. Je me heurtais tous les jours à l'éternel dilemme du contenu et du contenant. D'un côté, les professeurs voulaient faire passer un message pédagogique plus ou moins au goût du jour, plus ou moins logiquement structuré et cadencé dans le temps mais tout à fait défendable. De l'autre côté, il fallait que tout ça soit bien enrobé, norme ISO comprise pour attirer les clients (les futurs élèves) et cela devait coller avec des impératifs financiers résumés la plupart du temps à la recherche du moindre coût. J'étais au milieu de tout ça et il me semblait que le débat était un peu celui qui oppose parfois littéraires et scientifiques : une mutuelle incompréhension envers le monde de l'autre. Etant littéraire et scientifique à la fois (ayant fait le choix de ne pas choisir) j'ai toujours pensé qu'il devait y avoir moyen de faire des choses intéressantes pourvu que les contenus soient bons. J'ai démissionné.
Après deux ans au "chômage créatif", j'ai réalisé que je n'écrivais pas assez bien moi même. Mais surtout, que je n'écrirais jamais toutes les choses que mon imagination me demande d'écrire chaque jour... Il fallait que j'aille donc voir du côté de ceux qui écrivent. Des rencontres extraordinaires m'y ont aidée. Non seulement j'ai découvert une forêt mystérieuse peuplée de voix toutes différentes, mais il m'arrive parfois de leur donner envie de chanter plus fort encore. Et je peins en bleu l'oiseau.
© isabel Asúnsolo, septembre 2005
"JE N'ARRIVE PAS A TRANCHER" OU POURQUOI IL FAUT PARFOIS SE LAISSER ASSAILLIR PAR LE DOUTE.
Je peux le sentir, c'est tactile, olfactif : je tiens le bon bout.
Après bien des tâtonnements, j'ai réglé le problème de la couverture et de la photo de l'auteure. Les rabats sont au millimètre près, j'ai joué avec les marges, connu quelques sueurs froides parce que le dessin d'un rabat ne s'imprimait plus nulle part. (Mais l'informatique n'est pas une affaire de sorcellerie). Je me soucie aussi de la tranche, comment ne pas donner des torticolis aux pauvres lecteurs dans les librairies... J'hésite entre le sens à l'Américaine ou à la Française, j'appelle mon libraire préféré (La Mouette Liseuse de Calais) et, finalement, je tranche pour une écriture du haut en bas... Je soigne le logo qui devra être à la même hauteur pour tous les livres à venir quel qu'en soit le format... Bref.
Tout à coup, alors que je suis sûre qu'il n'y a plus la moindre coquille, il me vient l'idée de vérifier une citation de Saint-Exupéry. Même pas vrai : c'est mon compagnon-éditeur qui me souffle l'idée. Je fouille dans ma bibliothèque, le Petit Prince doit bien être quelque part ! Même si je sais que l'on trouve les textes sur Internet, je me fie aux livres, je ne m'en fiche pas... Je m'aperçois que la phrase rapportée comme une citation ("On voit des choses extraordinaires sur la planète Terre") est une amalgame de plusieurs phrases et qu'il faut la corriger.
Affolement. Comment une telle chose a pu se produire après tant de mois de travail et de relectures ? Ce n'est pas fini. Soudain, du côté de la quatrième de couverture, l'accord en nombre n'est plus du tout évident : la double négation sujet est-elle suivie du singulier ou du pluriel? Je ne sais plus rien, rien du tout. J'enjambe mes découpages et je me précipite dans la chambre où le Grévisse a bel et bien disparu de dessous mon lit.
© isabel Asúnsolo, août 2005
"IL N'Y A QU'UN MOT A CHANGER" ET AUTRES FRISSONS.
Ce livre, j'y travaille depuis bientôt un an.
Je connais bien l'auteure. Malgré cela, ou peut-être à cause de cela, j'ai essayé de mettre une distance "professionnelle" entre nous.
Je viens de passer quinze jours près de la mer, je devrais être reposée. Mais j'ai pris en charge une maison, des invités, (pourquoi inviter tant de monde ?) tout en travaillant pour finir le livre : le deuxième des Editions l'iroli - le premier à être imprimé en offset - 600 exemplaires, un gros pari. Je branchais mon ordinateur entre les seaux et les pelles, je me concentrais avec peine pour suivre l'évolution des devis, parler Pantone, dpi, rabats... Je luttais pour m'isoler entre les courses et les repas à préparer.
Le corps du livre, nous l'avons lu et relu avec l'auteure un grand nombre de fois. Avec nos moyens un peu rudimentaires, nous avons réglé tous les détails, vérifié l'orthographe de tel nom étranger présent dans la bibliographie... Oui, Ffyona Campbell a bien deux "f" à son prénom !
L'éditeur assure un cadrage dans le temps et l'espace. Il procède à la mise en forme, apporte des conseils quant à la structure, voire le contenu même de l'ouvrage. Il écoute attentivement le message de l'auteur jusqu'au jour fatidique où il impose une date, un délai. Car l'auteur pourrait avoir la tentation de ne pas aboutir, recherchant une perfection impossible, retardant à son insu (ou pas) l'échéance de la publication... A partir d'un certain moment, toute correction plus ou moins justifiée apporte un risque réel de fautes supplémentaires.
Le délai symbolique que j'impose pour la publication est le 1er septembre. J'ai envie, en tant qu'Editrice en herbe, de passer à l'étape suivante : présenter le livre et me mobiliser pour le vendre.
Aujourd'hui, au téléphone, l'auteure. Elle rentre de vacances, et pendant sa marche dans les Cévennes, elle a bien réfléchi. Il faut absolument changer un mot du livre. Oh, pas grand chose, un seul mot qui ne doit pas revenir bien souvent, un adjectif. Sa voix se fait moins sûre à l'autre bout du fil.
Mais l'adjectif en question n'est pas un détail. Il fait partie du sous-titre et qualifie le contexte dont on parle tout au long de l'ouvrage ; il est présent dans l'Avant-propos et certains chapitres s'y réfèrent. Je suis furieuse et je ne le dissimule pas. Même si j'aime bien en rajouter, je sens que je frôle là un certain désespoir.
L'Editrice que je suis n'a pas marché dans les Cévennes, n'a pas bronzé sur la plage parce que quelques heures d'exposition au soleil lui ont valu une belle allergie... Je continue à travailler en me demandant quand est-ce que les vacances vont finir.
Le lendemain.
Alors que je m'apprête à tout envoyer à l'imprimeur, voici que je m'avise de faire le tour des libraires avec la couverture sous le bras. J'aurais dû le faire il y a longtemps au lieu de papoter avec eux mais le doute ne m'effleurait même pas (ou plutôt je ne lui laissais aucune chance de m'effleurer). Un dessin à la main poético-onirique devait convenir à ce style de livre où la méditation l'emporte sur le pratique... Mais un soupçon, tout de même, de dernière minute me pousse à vérifier ma certitude. Las ! Les avis des libraires et éditeurs contactés (merci JPH !) concordent : la couverture ne convient pas du tout à cet ouvrage, je n'ai qu'à regarder autour de moi les livres sur le même thème, il y a toujours une photo, etc. J'avais longtemps fermé les yeux sur cette éventualité, je n'avais pas voulu sortir des rails de mon idée, j'avais ignoré les clignotants qui disaient : Mais pose-toi au moins la question ! Et voilà que je dois recommencer ce travail de base de l'éditeur : tenter de réaliser une couverture qui donnera envie à un éventuel lecteur d'acheter le livre.
Je remets tout sur l'établi et c'est parti pour quelques poignées d'heures à scanner, traiter les photos, recadrer... tout en regardant par la fenêtre de temps en temps bien sûr. J'ai une belle vue sur les tilleuls de la place de mon hameau et sur l'abribus. Il y a un défilé de mobs qui ne me gêne pas du tout : elle me permet de mesurer mon degré de concentration dans mon travail d'artisan du livre.
© isabel Asúnsolo, juillet 2005
PREMIER RENDEZ-VOUS...
J'ai rendez-vous avec Martine (*) à neuf heures au Café de la Paix. Je suis en avance, je prends place sur la terrasse et reprends ma lecture de l'excellente revue Ecrire & Editer, achetée samedi au Marché de la Poésie...
Ce matin à l'aube, j'ai essayé de préparer ce que je vais dire à Martine...
Une dizaine de jours plus tôt, Martine m'a envoyé par la poste un projet de recueil de poèmes accompagné de quelques aquarelles. Quinze poèmes que l'on pourrait qualifier de "bon enfant" : un lutin dans la forêt, une histoire d'arc-en-ciel, un poème sur un cerf-volant... Elle a travaillé les rimes, un peu trop, mais je ne me sens pas très bien placée pour en discuter depuis qu'un éditeur de poésie chevronné m'a dit que je ne travaille pas assez la forme de mes poèmes !
J'aime surtout le dernier : "Je n'ai pas su leur dire Je t'aime" où elle évoque l'éducation rigide reçue de ses parents. Une photo en noir et blanc -lui en tenue militaire, elle coiffée d'un chapeau- accompagne ce poème que je trouve intéressant car pouvant toucher un lecteur éventuel. Je vais lui dire aussi que son poème sur les femmes battues est trop régulier, harmonieux même, alors que le thème mériterait une forme abrupte...
J'ai aussi relevé quelques fautes au crayon pour "faire sérieux".
Je vais surtout lui dire : Il faut un grand nombre de poèmes pour faire un choix, trouver un fil conducteur, créer quelque chose de nouveau. Je vais lui dire exactement ce que l'éditeur chevronné m'a dit quelques jours plus tôt...
Je ne suis pas encore rodée à cet exercice qui deviendra routinier le jour où... j'aurai une grande expérience derrière moi. Ce jour-là est loin encore.
Martine arrive, très bien habillée, de punta en blanco, elle pourrait se rendre à un mariage avec sa veste en lin vert d'eau assorti à son sac à main et à ses yeux. Tout de suite, je m'aperçois qu'elle tremble. Je connais ce tremblement de la trop grande émotion et je ne veux pas le faire durer. Après deux ou trois questions sur sa famille -ses petits enfants vont venir passer quelques jours et son mari n'a pas une grande sensibilité poétique- je sors l'enveloppe avec son recueil. Nous passons en revue chaque poème et je lui explique pourquoi certains m'ont tapé dans l'œil... Avec le plus de sympathie possible, je m'entends lui dire que le recueil n'est pas publiable en l'état.
A mon grand étonnement, un sourire radieux
éclaire le visage de Martine...
- Je suis contente ! me dit-elle.
J'avais très peur que tu me fasses signer un contrat !
Puis elle enchaîne :
- Mon fils aîné m'avait dit : "Si
elle te demande de signer quelque chose, méfiance ! ".
J'apprends alors qu'il y a quelques années, Martine s'était fait arnaquer par des soi-disant éditeurs qui lui avaient pris de l'argent sans qu'elle voie l'ombre d'un recueil.
Martine se lève, prend congé, radieuse :
- Maintenant je sais ce que je dois faire... Tu sais, j'ai du pain sur la
planche !...
Je la regarde s'éloigner dans les rues de juin.
(*) le prénom a été changé.
© isabel Asúnsolo, juin 2005
"VIVIR DEL CUENTO" OU COMMENT VIVRE DE LA PETITE HISTOIRE...
Le premier juin, il m'est arrivé une rencontre extraordinaire.
En fait il ne m'arrive que des choses extraordinaires depuis le début de LA grande aventure... Je suis à Madrid, dans le Parque del Retiro, assise sur un banc, en train d'écrire un poème en attendant l'ouverture de la Feria. Je n'avais pas le souvenir que les merles criaient d'une façon tellement tropicale dans les marronniers. Ou alors quand on est enfant on a un peu les oreilles bouchées. Bref, c'est beau le printemps dans une ville natale. Je me sens chez moi et étrangère à la fois, ni tout à fait d'ici ni d'ailleurs. Exactement comme au temps où j'habitais ici, il y a vingt ans. C'est parfait.
J'attends l'ouverture de la Feria à onze heures. Depuis que je viens ici, le nombre de casetas (stands) n'a cessé de s'allonger avec l'arrivée de tout un tas de petits éditeurs, plus ou moins spécialisés. On n'en voit pas le bout de ces casetas bien closes à onze heures moins cinq. La veille, sur Internet, je suis tombée sur un colloque sur les "Jeunes Editeurs" qui va se tenir là, dans quelques minutes. Je rentre dans la grande carpa (barnum) et m'assois sur une chaise pliante. C'est agréable d'être là, à attendre, dans un moment comme suspendu... On peut même ne rien faire du tout. Les éditeurs invités arrivent, ponctuels, et s'assoient derrière leurs micros. Il y a deux personnes dans le public : une femme qui se révélera par la suite être une auteure frustrée en quête d'éditeur... et moi. Je crois rêver. J'ai en face de moi des éditeurs que je connais parce qu'il y avait un reportage sur eux dans Le Pais Semanal il y a quelques semaines. Je reconnais Juan Casamayor de Páginas de Espuma, celui qui a consacré l'expression Vivir del cuento et l'Editeur de la Uña Rota. Il y a aussi Jesus Munarriz, fondateur et responsable des Ediciones Hiperión, le plus grand éditeur de poésie espagnole. Je peux poser toutes les questions que je veux et je ne me gêne pas. Il est bel et bien fini le temps où j'étais priée de ne pas sortir du lot, là ce serait tout le contraire. Des moments comme ça vous font oublier bien des heures de travail solitaire.
Le "colloque" se poursuit devant unas cañas (bières) dehors. Jesús (Munárriz) se moque de moi gentiment parce que je le vouvoie : On voit bien que tu n'habites plus en Espagne...
Je prends note de tout. Etre un éditeur "indépendant" ne veut rien dire parce qu'on dépend de tout, des finances pour commencer, des lecteurs, des libraires... Je suis bien d'accord.
Je pose enfin LA question : Acceptez-vous d'éditer des livres à compte d'auteur ? Question cruciale s'il en est parce qu'en tant qu'éditeur débutant je ne peux pas me permettre de tout refuser... Or un vrai de vrai (éditeur) ne devrait pas, non, jamais, faire une chose pareille, même si des auteurs comme Lorca ou Alberti ont payé leurs premières éditions... Tout cela face au micro. En off, le ton change : Tu sais, le plus important, c'est ton catalogue. Il faut qu'il soit bon, que les textes soient bons, que tu croies en les auteurs. L'origine de l'argent... Message reçu.
Quand je vois la qualité des recueils édités que ce petit monde s'échange, j'ose à peine sortir mon petit Marmotades de mon sac. En Espagne, les Editeurs de Poésie font des livres exquis où la qualité du papier rivalise avec l'originalité et la grâce de la mise en forme. A tel point que je n'ose pas dire ce que je pense : que je trouve parfois que les textes ne valent pas tous ces efforts et qu'une présentation plus modeste permettrait de diffuser des auteurs qui mériteraient d'être lus...
© isabel Asúnsolo, mai 2005
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