Février-mars
Une petite sente dans le cerveau.
Mi-février. Période bénie où les nouvelles affluent pour le concours. Au point qu’on rajoute une semaine de délai pour le plaisir. Des histoires venues de partout remplissent la boîte aux lettres, le rêve de l’éditrice (parfois je me demande si elle ne fait pas ce métier pour recevoir des histoires par La Poste…). Dehors, le débat publication numérique vs édition papier fait rage. Les défenseurs de la première parlent d’idées libres en circulation libre grâce à la si merveilleuse et généreuse Toile. Les deuxièmes, les éditeurs papier dont fait partie servidora, parlent encore du plaisir du livre bien fait et de droits d’auteur. Ne trouvez-vous pas que le fait d’investir de l’argent dans un livre d’auteur donne une légitimité à celui-ci ? Ne trouvez-vous pas que le jour où tout sera libre et gratuit (mon œil !) la créativité descendra d’un cran ? Vous connaissez la musique… Je suis désolée de vous dire, amis du net, qu’il y a des gens qui écrivent tout le temps et attendent bien en vivre, ne serait-ce qu’un peu ! C’est même la différence avec les auteurs du dimanche. Bien joli de dire : idées et textes circulez, y a qu’à imprimer chez soi ! Du free en libre distribution, en somme. Accessible. Et non, ce n’est pas pareil : Le livre papier existe encore.
Que de questions de l’époque passionnante que nous vivons… On me demande de mettre Paypal sur notre site, pour les ventes directes. Au lieu de quoi je passe des journées en coups de fils avec les libraires qui voudraient de nous, qui viendraient même à nous (?) : les vrais libraires, les indépendants. Que d’énergie dépensée me direz-vous. Il vaudrait mieux s’en remettre à Internet qui reconnaîtra les siens. Pourquoi perdre du temps à rechercher de petits libraires qui achèteront trois livres par ci, trois livres par là ? Parce que nous y croyons… Parce que ce sont eux qui font vivre quartiers et villages, eux qui mettent en place d’authentiques rencontres autour du livre. Ce qu’Internet ne fait pas.
A propos de rencontres, je rentre de Madrid où eut lieu la présentation de Diálogos con una montañera feliz, version castillane de Je marche seule. Ça se passait à l’Ateneo, haut lieu des Lettres hispaniques. On m’avait prédit qu’il n’y aurait pas de questions, tu sais, on ne pose pas beaucoup de questions en Espagne… Dans ces cercles érudits, les auteurs sont perçus comme sacrés, ils lisent souvent la présentation à la virgule près, d’une voix morne. Là c’était tout le contraire ; j’avais aidé Paquita à répéter d’après ses fiches et ça a donné cette chose formidable : l’impression d’une totale spontanéité. Le public — salle archi-comble, une soixantaine de personnes dont une partie debout — sortait du fin fond de l’existence de notre auteure : anciennes connaissances, anciens collègues, voisins d’immeuble… Soudain, des cheveux blancs ont levé une main : j’étais votre élève. En 1969. Je me souviendrai toujours, vous disiez que pour apprendre il faut visualiser une petite sente dans le cerveau… Exactement ce que fait Paquita dans les sentiers en voie de disparition de l’Espagne envahie par les 4x4 et les pistes. Elle les visualise avant d’y mettre le pied.
Comme fait la petite Éditrice dans le difficile monde de l’Édition !
© isabel Asúnsolo, février 2008
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