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Parole d'Editrice !


 

Retraite à Verbe. sur O.

 

J'aime Verbe. sur O., il fait toujours beau, c'est toujours l'été, même au printemps, même l'hiver. Les oiseaux ont toujours quelque chose dans le bec en haut des murets.

Il y a des rues et des maisons, ni grandes ni petites, des pans d'ombre et de soleil, c'est pourquoi je lui trouve une ressemblance avec les villages espagnols. Le ciel est plus bleu que les volets. Sur le bord du trottoir, à l'ombre, il y a un tas de bois qui déborde sur la rue. Des bûchettes de taille parfaite. Les entailles du bois, là où il a été coupé, est très claire. Deux messieurs un peu vieux sont en train de les ramasser en chemise bleue.

À Verbe. sur O. il y a tous les magasins que j'aime : un magasin de laines, un magasin de plantes. Une Poste aussi. Je ne suis pas encore rentrée dans le magasin de laines mais je sais que je trouverai toutes les couleurs que j'aimerais trouver... Et si ce n'est pas exactement la couleur que je cherche ce sera une autre, que j'aimerai aussi.

Le magasin de plantes est très bien aussi. C'est le seul où je trouve tout ce que je peux imaginer : les plantes que je connais et celles que je ne connais pas et même celles que je connais mais dont j'ignore le nom. Par exemple, à l'instant, Céropégia. Ni sur la Toile ni ailleurs nous ne l'avions trouvé avec Irène. Aucun mot clé, même anglais. Il a suffi que je la montre du doigt dans la vitrine à la fleuriste qui était précisément sur le trottoir et elle m'a dit : chaîne de coeurs. Chez cette fleuriste, il y a aussi tout ce que je rêve d'offrir : des plantes vues en photo ou en vrai, comme des pieds de vigne ou des bébés ginkgo. Il suffit que je désire une plante pour que je la trouve là, avec ses fleurs, avec ses graines. Avec son nom.

 

À Verbe. sur O., il y a aussi un pressing qui fait le coin, ses volets sont plus bleus que le ciel. Il y a une épicerie avec tout, absolument tout ce que je pourrais rêver : le camembert Bons Mayennais, de petits sachets de noisettes exactement de la bonne taille.

À Verbe. sur O., il y a une boulangerie qui fait les meilleures meringues aux amandes du monde. Parfois elle a un retard d'un jour, mais d'habitude c'est le mercredi qu'elles sont prêtes pour moi.

À Verbe. sur O., il y a des hirondelles et des voitures jaunes de la Poste. Souvent un 4 avril elles déboulent, rue Saint-Pierre.

Il y a aussi un château, des pelouses et de très grands marronniers. À toutes les saisons, ils ont des boutons sur le point d'exploser. Et d'autres, un peu plus ouverts, en forme de chandeliers. Je n'ai jamais vu des bouquets de violettes plus fournis que ceux qui poussent dans le sous-bois du parc de ce château. Je n'ai jamais vu non plus des murs couverts d'autant de mûres que ceux de l'enceinte du château.

Il y aussi des camions très gros qui s'arrêtent tous au même stop.

 

Le plus incroyable, à Verbe. sur O. c'est qu'il pousse des pommes sauvages sur un pommier et que juste après, il y a un noyer avec des noix, et juste après, un coin d'herbe au bord de l'O. où s'allonger après manger. Parfois on se réveille avec une petite couche de neige. Mais la plupart du temps, c'est l'été, on s'endort en écoutant la ragondine jouer avec le sachet de chips.

 

Le pont de Verbe. sur O. en forme d'arc, en métal bleu (plus bleu que le ciel), est le plus intéressant que j'aie jamais traversé. Quand on est pile au milieu, il y a des péniches qui passent juste au-dessous. Souvent elles portent un nom. Tout à l'heure, pendant que j'attendais E. en regardant l'ombre du mur manger mon chapeau, un garçon en short rouge a grimpé dessus. Nous l'avons hélé au cas où hélàs, il aurait eu l'idée de sauter, une mauvaise idée parce qu'il n'y a pas beaucoup d'eau. Comme il avait des écouteurs, il ne nous entendait pas. Je pense que c'est pour ça aussi qu'il n'a pas sauté. Quand il est redescendu, en dérapant un peu, il avait un beau torse nu et un sourire d'être aimé.

À Verbe. sur O., il y a aussi un pont du TGV avec des trains qui passent à toute vitesse dans le ciel bleu au-dessus des plantes de l'été, comme le cabaret des oiseaux. Quand nous marchons la nuit, les grenouilles sont très bruyantes.

 

À Verbe. sur O., il y a aussi une usine qui s'entend la nuit, avec des équipes de nuit - plus débrouillardes car elles travaillent sans chef. Une usine qui fabrique des lames de rasoir. Le bruit est de plus en plus faible parce qu'E. a fait changer les compresseurs. La porte de l'atelier est ouverte pour laisser rentrer le frais de la nuit. C'est la consigne. Il y a aussi, chaque semaine, un litre de White Spirit qui n'ira plus dans l'O.

 

© isabel Asúnsolo, été 10

 

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