La sève et le printemps
C'est agréable d'être rappelée à l'ordre : tes paroles d'éditrices nous manquent, nous les aimions bien ! Merci et me voici, cet hiver passé, tant de choses. Tant de paroles non publiées. Voyons, dans l'une je m'insurgeais contre l'Auteur-aux-Quatre-cents-mille-exemplaires qui dit qu'il faut faire chanter le verbe... Je connais un autre auteur qui fait chanter le verbe, les pieds dans le fumier, té ! Un jour j'écrirai dessus, ce ne sera pas gore (vous saviez que gore veut dire sanglant ?), ce sera cochon façon goret... Il faudra quand même un peu de fiction, je pense. Ah, la Littérature.
Dans une autre, de parole, je parlais des romans que nous recevons, de celui, faux-terroir, que nous allions peut-être publier... et que nous ne publierons pas même si l'auteur est adorable et que je m'enthousiasme avec les auteurs adorables (et que j'adore m'enthousiasmer). Dans une autre, j'exposais mes réflexions sur le haïku, avec une constante : peut-on faire de la littérature uniquement à partir de littérature ? S'ensuivait un hommage à l'observation directe, il faut partir des sensations, des images vraies (le bouquet de rhubarbe sur les genoux roux dans le métro, vous voyez) ou alors le texte perd sa sève. J'évitais le mot fraîcheur qui commence à bien faire... De tout cela, j'étais tellement sûre, Ah !
Puis je m'appesantissais sur le corps de la femme, thème de notre prochain recueil de haïkus, refaçonné suite à un appel pour un livre à deux voix qui n'aura pas lieu : ne peut-on pas parler d'autre chose que de grossesses et douceur féminines ? La femme aussi a des poils aux jambes, et même un corps à l'intérieur, et une voix, les siens à elle je veux dire.
Je m'enlisais aussi dans la grippe, porcine évidemment. Et, tellement más rico : je me goinfrais des mangues du jardin de Kamille, là où les daturas dansent au son de l'accordéon diatonique au réveil, avec les cardinaux rouges on se draguait mutuellement... Et puis, le 12 janvier 2010, c'était la cata, le tremblement à Haïti mais aussi la mort de mon grand-père (de mon dernier grand-père) et je ne savais pas ce qui était pire, pour moi. Plus de grand-père, de grand-mère, de maison de famille et de vacances (¡Qué lástima que yo no tenga una casa solariega y blasonada ! poème de Leon Felipe, ici http://www.elalmanaque.com/poesias/estrada/poemas5.htm).
Et j'écrivais sur mon enfance madrilène, au lit, un mélange de fiction et de l'autre truc, la non-fiction, et j'apprenais que la Creative non-fiction c'est tout ce qu'il y a de branché, j'en avais des échos par gougueule. Et puis février arriva, d'autres fièvres après les fèves... et d'autres appels aux libraires. Un peu affaiblis par l'hiver, la mare gelée trois mois non-stop jusqu'à la sainte-isabelle, nous décidions, Isabelle et moi, de privilégier les libraires suisses, tellement sympathiques au téléphone... Sans compter qu'il est moins cher d'envoyer des livres en Suisse, tarif livres-et-brochures, qu'en France.
Et nous accueillions des stagiaires, toutes belles et impressionnantes ! Des Aime-bi-é commerce international, des Bacpro secrétariat... Et Leena, qui vient juste d'arriver. Avec, vous ne devinerez jamais, des études de Lettres ! Exactement ce qui nous manquait.
© isabel Asúnsolo, février 2010
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