INTERVIEW DE CLAUDE CHABEL
Né à Tunis, Claude Chabel vit à
Montpellier après avoir passé une partie de sa vie en Picardie et à Paris. Prof
de lettres, il anime des ateliers d’écriture et rebâtit des maisons.
Premier prix de la Ville de Castres en 1997 avec « Marine », il fait partie des lauréats 2006 du Concours de la Micronouvelle de Plouy Saint-Lucien dont le recueil est publié par les Editions L’iroli.
Séance de travail avec l'éditrice
De l'enseignement à l'écriture ça se passe comment ?
J’ai toujours été un
touche-à-tout... J’ai exercé plusieurs boulots différents, petits ou grands,
avant d’entrer dans l’Education nationale. Parallèlement, je découvrais les
joies de la truelle et du ciment, de la guitare et des chansons... Au cours de
mes années d’enseignement du Français, j’ai souvent animé des ateliers
d’écriture. Lire et écrire : les deux faces d’une même passion. Bien sûr,
j’écrivais moi-même depuis longtemps, de façon ludique et un peu désordonnée.
Mais il y a eu des rencontres déterminantes : Daniel Zimmermann à Paris VIII ;
un petit stage avec Aleph-écriture à Beauvais ; et plus récemment isabel
Asúnsolo, des éditions l’iroli, qui m’a engagé dans de nombreuses et salutaires
remises en question, et qui m’a fait accomplir un réel travail en profondeur au
cours duquel j’ai beaucoup appris.
Quelle
trajectoire entre le nord et le sud, la Picardie et Montpellier ? et quelle
influence cela a eu sur ta façon d'écrire ?
Né à Tunis, j’ai
longtemps vécu à Paris. Puis dans les années 80 j’ai eu des envies de campagne
et de jardin. Ce fut l’Oise, la naissance de mes deux enfants, le CAPES avec un
poste de prof titulaire. Pourquoi Montpellier ? Geneviève, ma compagne, et
moi-même avons de fortes attaches personnelles dans le sud. Nous avons retapé
une vieille baraque dans l’Aude ; nous avons ressenti le besoin de nous
rapprocher de la Méditerranée et des ses lumières (Geneviève peint). Et
Montpellier est une ville foisonnante, belle, jeune, culturelle, qui reste
encore à taille humaine. Un des livres qui m’a beaucoup marqué quand j’avais
vingt ans, c’était « Noces » suivi de « l’Été » d’Albert Camus. Mon écriture
garde cependant l’empreinte des grands ciels blancs du nord – à qui je conserve
ma tendresse. Mon écriture restera, je crois, nomade.
Il
y a une nostalgie dans tes textes, une nostalgie d'une certaine période (années
60-70)... Raconte.
Je découvrais le
monde avec ses clairs-obscurs. Même dans les moments les plus difficiles il y
avait une dynamique sociale et culturelle fantastique. Attention, je ne dis pas
qu’elle est absente aujourd’hui ! Je ne suis pas un passéiste, je vis avec
intensité notre époque actuelle. Mais ces années 60/70, c’était ma jeunesse...
au cœur d’une période historique exceptionnellement riche que j’ai eu la chance
de connaître. Une période qui portait en germe tout ce que nous vivons
aujourd’hui, pour le meilleur et pour le pire.
Un texte
est venu assez tardivement s'incorporer dans le recueil : l'Armoire. Quelle
place a cette histoire dans ton histoire personnelle ?
Cette nouvelle a pris la place d’un texte que mon éditrice et moi-même avons finalement éliminé après moult réécritures et qui revivra peut-être un jour sous une forme plus développée. « L’Armoire » évoque une époque et des gens que je n’ai pas connus directement ; cependant ils sont encore là, quelque part dans ma mémoire. C’est la vie de gens simples confrontés à l’horreur d’une « épuration ethnique » comme notre Histoire en est, malheureusement, coutumière. Quand on entend : « Retourne chez toi ! », c’est où, chez soi ? c’est où, chez moi ? Le Français est ma langue maternelle et je suis au carrefour de plusieurs cultures, au moins trois : l’Europe avec la France, la Méditerranée avec le monde juif et le monde arabe. Je hais toutes les exclusions, toutes les épurations, tous les racismes (au sein desquels certaines voix contemporaines voudraient banaliser l’antisémitisme en le faisant passer pour un message "politique"). Et tous les intégrismes. Tous, sans aucune exception.
Quel est ton moteur pour écrire ?
Il m’arrive de foncer dans l’écriture tête baissée, quitte à tout laisser en plan, à reprendre mes brouillons ultérieurement, à tout réécrire. Je réécris beaucoup. La plupart du temps, mes histoires se construisent toutes seules à partir de situations et de personnages qui se baladent dans mes fantasmes. Il n’y a pas d’autobiographie dans mon recueil ; et pourtant j’ai vécu tout ce que j’ai écrit, au moins dans ma tête ! ou alors je l’ai inventé... à partir de situations possibles ou improbables, à partir des failles de l’existence, à partir des moments où on a l’impression que notre réel peut basculer... Je suis fasciné par le temps, la mémoire... la littérature me permet d’aller où je veux, quand je veux...
mai 2006
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