INTERVIEW DE PIERRICK BOURGAULT
i.A. – D'amour et de vins nouveaux se compose d'instants, comme des haltes au sein d'un voyage... D'ailleurs, la plupart des histoires parlent de voyages. Cela vient d’où ?
P.B. – Le voyage est la confrontation d'une personne avec le monde – ou sa fuite, certaines sont salutaires ! L’intérêt d’un voyage dépend davantage du voyageur, de sa sensibilité à ce qu’il voit et entend, que du kilométrage parcouru ; nul besoin de partir loin pour vivre fort, car tout voyage est intérieur. Le but du voyage se situe en lui-même. Et la vie est un voyage, avec ses accélérations, ses arrêts sur image.
Tu n'arrêtes pas de bouger, d'aller d'un monde à un autre, d'un métier à un autre – ton pedigree est effarant ! Que cherches-tu ? Que fuis-tu ?
Pour l’exercice intitulé "présentation de l'auteur", je me suis amusé à compiler des petits métiers que j'ai pratiqués. Tout est exact, même les activités les plus incongrues ou cocasses. Chaque nouveau job est un défi, l'occasion d'apprendre, de faire spécialement attention. C’est à la fois stimulant et déstabilisant, car je ne suis spécialiste de rien… Dans mon enseignement du journalisme à Paris XI, j’essaie de transmettre cette curiosité aux étudiants.
Peut-on trouver l'amour un jour et s'arrêter de chercher ?
Amour est un mot vague. Il y a ceux qui aiment l’état amoureux (excitation éphémère liée à la découverte d’une personne) ou la personne rencontrée (étape suivante…). Ceux qui préfèrent « chercher » à « trouver ». Entre ces différentes personnalités, des relations intéressantes et évolutives peuvent se tisser. Même si, dans le domaine vivant, rien n’est éternel !
Peut-on cesser de goûter aux différents vins et se contenter d'un seul ?
Formulée ainsi, c’est une question réponse… Non, bien sûr, vive la biodiversité ! Dans la relation amoureuse, on se trouve face à ses limites humaines : le temps et l’espace. Il est difficile de vivre intensément plusieurs relations en même temps, et dommage de ne pas les vivre intensément… Qui trop embrasse mal étreint, affirme un proverbe. L’esprit humain réussit (en particulier grâce aux nouvelles technologies) à être ici et là-bas, à se projeter dans le passé et l’avenir. Aux dépens de l’émotionnel, toujours ancré dans le présent.
Je suis curieuse de ton enfance. Petit garçon, tu étais comment ? Qu'aimais-tu ? Que lisais-tu ?
Une enfance et une adolescence solitaires, car j’allais peu à l’école. J’aimais observer la nature, bricoler, écrire de petites histoires et dévorer les ouvrages de la bibliothèque municipale de Mayenne.
Quel vieux monsieur seras-tu ?
D’abord j’espère vivre vieux, car « c’est mieux que d’être mort », disent les vieux. Deux hypothèses : pétri de regrets, aigri de ne plus pouvoir vivre comme avant, car les possibilités se rétrécissent. Ou alors, serein, heureux de ce que j’aurai vécu. Et toujours en lien avec le monde via l’écriture, cette fidèle amie…
Pourquoi écris-tu ?
Pour vivre ! Car c’est mon métier de journaliste, car l’écriture aide à vivre plus fort en reformulant ce qui se passe, ce que l’on ressent. Pour transmettre des instants de vie à d’autres personnes, inconnues ou lointaines – bouteille à la mer. L’écriture est un art abordable à tous, ne nécessitant aucun talent physique particulier comme le dessin ou la musique. Contrairement à la peinture, l’écriture n’exige pas d’acheter toiles et couleurs coûteuses ; papier et stylo suffisent pour créer des univers. En principe, je ne travaille qu’avec des stylos publicitaires et sur du papier de récupération. Les difficultés de l’écriture sont ailleurs : rester proche du lecteur, le tenir par la main et le conduire plus loin. Autre défi : le fond doit être aussi intéressant que la forme. Pour cela, il faut lire, écrire, réécrire, et… vivre !
janvier 2007
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